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Mali : L’« Africa Corps », contrôlé par la Russie, a massacré des villageois

Les combattants ont tué 9 civils et incendié des maisons incendiées dans un village tenu par un groupe armé islamiste

Un drapeau malien et un drapeau russe attachés au même mât flottaient ensemble à Bamako, au Mali, le 22 septembre 2020.   © 2020 H. Diakite/EPA-EFE/Shutterstock

(Nairobi) – Les forces de l’Africa Corps, contrôlées par le gouvernement russe, ont tué sommairement neuf civils, dont quatre enfants, et ont battu des dizaines d’autres civils dans le centre du Mali au début du mois de juillet 2026, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les combattants de l’Africa Corps ont également pillé et incendié au moins huit maisons, alors qu’ils cherchaient probablement des personnes ayant des liens avec les groupes armés islamistes.

Le 10 juillet vers 5 heures du matin, plus de 100 combattants de l’Africa Corps, accompagnés de plusieurs soldats maliens, circulant à bord de pick-up et de motos, ont pris d’assaut le village de Bombori dans la région de Mopti. Ils ont fait irruption dans des maisons du quartier peul, ont traîné des personnes hors des habitations et ont rassemblé au moins 80 hommes et garçons sous un arbre. Là, les combattants ont battu les hommes et les garçons, les ont interrogés sur des liens présumés avec les groupes armés islamistes et ont menacé de les tuer s’ils dissimulaient des informations. Ils ont abattu six civils qui ont tenté de s’enfuir et en ont arrêté et exécuté trois autres, dont un qu’ils ont décapité.

« La junte malienne semble avoir donné aux forces russes de l’Africa Corps le feu vert pour tuer des civils », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Les autorités maliennes ne peuvent pas se soustraire à leur responsabilité juridique en laissant l’Africa Corps commettre des atrocités. Elles devraient enquêter rapidement et de manière impartiale sur ces abus, et traduire en justice tous les responsables, y compris les militaires maliens qui seraient impliqués. »

Entre le 19 et le 30 juillet, Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 13 personnes, dont quatre témoins de l’attaque et neuf membres de la société civile et chefs de communauté.

Des témoins ont indiqué que les forces russes conduisaient l’opération à Bombori et étaient accompagnées de quatre soldats maliens jouant principalement le rôle d’interprètes. « Les Russes étaient aux commandes… Ils étaient plus de 100, tous en tenues militaires et lourdement armés », a raconté un villageois de 39 ans. « Un Blanc [avec] deux talkies-walkies semblait être le chef. Chaque fois qu’il posait une question, il tirait en l’air. »

Un autre témoin, un boucher de 57 ans, a décrit qu’il a vu « sept pick-up avec des mitrailleuses en dessus, et plus de 60 motos avec des drapeaux maliens ».

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM) lié à Al-Qaïda contrôle Bombori depuis 2017 et possède une base à un kilomètre de là. Des témoins ont déclaré que ses combattants avaient quitté le village la veille de l’attaque.

Depuis 2012, des gouvernements maliens successifs luttent contre les groupes armés islamistes. Après les coups d’État de 2020 et 2021, la junte militaire a expulsé les forces françaises et onusiennes et a renforcé les liens avec la Russie. Depuis 2021, la junte s’appuie sur l’aide du groupe Wagner lié à la Russie pour gérer la sécurité. En juin 2025, le groupe Wagner a annoncé son retrait du Mali après avoir « accompli » sa mission. Le groupe armé a été remplacé par l’Africa Corps, placé sous le contrôle du Kremlin et qui comprend à peu près les mêmes effectifs, dont de nombreux anciens combattants de Wagner et certains des principaux dirigeants du groupe.

Depuis 2021, Human Rights Watch documente des abus généralisés commis par l’armée malienne, le groupe Wagner et l’Africa Corps lors d’opérations de contre-insurrection à travers le pays.

Des témoins ont raconté que le 10 juillet, les forces de l’Africa Corps ont tiré sur des civils qui s’enfuyaient de Bombori avant de détenir et de frapper des hommes et des garçons. « J’ai vu deux hommes tomber sous les balles », a indiqué un homme de 40 ans. « J’ai regardé sur ma gauche et j’ai vu deux motos avec deux militaires blancs, à le premier assis sur une moto continuait de tirer sur les deux hommes à terre. » Il a ajouté qu’un combattant russe l’avait ensuite emmené jusqu’à un arbre où des dizaines d’hommes et de garçons étaient gardés sous la menace d’armes à feu. « Les combattants russes ont pointé leurs armes sur nous, fouillé nos poches, saisi tous nos téléphones et nous ont photographiés », a-t-il poursuivi. « Un [combattant] russe nous donnait des coups de pied, un autre nous frappait avec son arme, et j’ai reçu plusieurs coups dans le dos et la poitrine … alors que d’autres continuaient à amener des hommes qu’ils avaient arrêtés dans le village. »

L’homme de 39 ans a expliqué qu’il s’était caché dans sa maison avec sa femme et ses enfants ; puis trois combattants russes sont arrivés, « m’ont pris par la main et m’ont violemment mis dehors à plat ventre », avant de le pousser vers le point de rassemblement.  « On était tous assis par terre, la tête baissée », a-t-il relaté. « Un combattant russe frappait tous ceux qui levaient les yeux, avec la crosse de son fusil. »

L’homme a décrit la façon dont les combattants de l’Africa Corps ont interrogé les détenus : « Un soldat malien traduisait : “Où sont les djihadistes ? Celui qui montre un combattant rentre chez lui, celui qui montre les caches d’armes aura une récompense. Si vous ne collaborez pas, on vous tue tous !  »

Des témoins ont déclaré que les forces de l’Africa Corps avaient sorti trois jeunes hommes du groupe de détenus et étaient parties avec eux à bord d’un véhicule. « Vers 9 heures du matin, ils ont emmené trois jeunes hommes … et les ont conduits vers la base du GSIM », a raconté un homme de 38 ans. « Plus tard, on les retrouvera morts. » Les habitants ont expliqué que les trois hommes avaient parfois aidé le GSIM à collecter les « impôts » (« zakat » en arabe), mais qu’ils n’étaient pas des combattants.

Les habitants ont indiqué que le GSIM, qui commet des abus généralisés à travers le Mali depuis 2017, contrôlait Bombori depuis neuf ans, collectant des « impôts », recrutant et entraînant de jeunes hommes et appliquant la charia (loi islamique). Ils ont noté que le nombre de combattants islamistes dans le village avait considérablement augmenté après les attaques coordonnées d’avril et de juillet menées par le GSIM et ses alliés à travers le Mali. « Depuis les offensives du GSIM, la situation sécuritaire dans notre région a changé », a constaté le boucher. « De nombreux combattants [du GSIM], des étrangers pour la plupart, se sont ajoutés à ceux qui étaient déjà ici. »

Des témoins ont cependant déclaré que le 10 juillet, les combattants du GSIM n’étaient pas à Bombori. « Les combattants du GSIM sont partis pendant la nuit, alors que tout le monde dormait », a raconté l’homme de 39 ans. « Ils ne nous protègent pas en cas d’attaque de l’armée. »

Lorsque l’Africa Corps a quitté Bombori vers 14 heures, les habitants ont récupéré les corps de neuf personnes, dont cinq hommes âgés de 19 à 34 ans et quatre enfants âgés de 6 à 17 ans.

L’homme de 40 ans a décrit que les corps des deux hommes abattus devant lui présentaient « de grosses plaies sanglantes ouvertes au niveau de la poitrine et du dos ». Concernant les trois hommes emmenés, il a indiqué que « l’un avait été décapité, sa tête exposée au milieu du village ... les deux autres avaient été égorgés et ligotés, les mains derrière le dos ».

L’homme de 38 ans a expliqué avoir trouvé « les corps de deux enfants, tous deux âgés d’environ 6 ans, tués par balle à côté d’une maison incendiée » et deux autres corps « près de la route nationale [avec] des signes des balles à la tête et … couchés à plat ventre l’un à côté de l’autre ».

Le village de Bombori comprend un quartier habité par l’ethnie Rimaïbé et l’autre par les Peuls. Les forces de l’Africa Corps n’ont attaqué que le secteur des Peuls. « Je suis resté assis à la forge de mon frère, et je n’ai eu aucun problème », a constaté le boucher, un Rimaïbé. « Les assaillants ne sont pas entrés dans nos maisons, ni fouillé l’intérieur et personne n’a été arrêté ni tué chez nous. »

Le GSIM a longtemps concentré ses efforts de recrutement sur les Peuls, et les gouvernements maliens ont fait l’amalgame entre la communauté peule et les combattants islamistes, ce qui a conduit à de graves abus contre les Peuls.

Les forces de l’Africa Corps ont également volé de l’argent et des bijoux et ont incendié au moins huit maisons appartenant à des familles peules dont les fils, selon des témoins, étaient des combattants du GSIM. « Je voyais la fumée monter du quartier peul vers la mosquée », a indiqué l’homme de 57 ans. « C’est après que j’ai vu qu’ils [les assaillants] avaient brulé huit huttes et ils avaient également détruit cinq greniers de céréales. ». 

Le 4 et le 5 août, Human Rights Watch a adressé des courriers respectivement au ministre de la Défense russe, ainsi qu’à Assimi Goïta, président et ministre de la Défense du Mali, présentant ses conclusions et posant des questions, mais n’a reçu aucune réponse à ce jour.

Toutes les parties au conflit armé au Mali sont soumises au droit international humanitaire, notamment à l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949, et au droit de la guerre coutumier. Les attaques délibérées ou aveugles contre des civils ou des biens de caractère civil sont interdites ainsi que le meurtre, les traitements cruels et la torture de toute personne en détention. Les individus qui commettent des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle ou qui sont impliqués au titre de la responsabilité de commandement peuvent faire l’objet de poursuites pour crimes de guerre.

« Le massacre de Bombori est emblématique des atrocités commises au Mali », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Les villageois ont été pris au piège entre un groupe armé islamiste et le gouvernement avec ses alliés russes, aucun des belligérants ne respectant le droit international. »

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