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États-Unis : Hausse du nombre de décès de personnes détenues par l’agence ICE sous Trump

Cette agence fournit des soins médicaux inadéquats, est peu surveillée et restreint sa publication de données

Les silhouettes de deux personnes détenues par l’agence américaine de l'immigration et des douanes (ICE) étaient visibles derrière une fenêtre du centre de détention de Delaney Hall, à Newark (New Jersey), le 26 mai 2026. © 2026 Adam Gray/Getty Images
  • 52 personnes détenues par l’agence ICE (Immigration and Customs Enforcement) sont décédées au cours des 500 premiers jours du second mandat du président Trump, ce qui reflète une forte hausse du taux de mortalité. 
  • L’agence ICE limite si fortement les informations qu’elle fournit au Congrès, aux familles et au public que tout contrôle est pratiquement impossible. 
  • Le Département de la sécurité intérieure (DHS) et le Congrès devraient agir immédiatement pour réduire le nombre de personnes en détention et garantir l’accès à des soins de santé adéquats, conformément aux obligations des États-Unis en matière de droits humains.

(Washington, 25 juin 2026) – Le taux de décès parmi les personnes détenues aux États-Unispar l’agence de l'immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE) a fortement augmenté, avec au moins 52 décès signalés depuis le début du mandat actuel du président Donald Trump, ont déclaré Human Rights Watch et Physicians for Human Rights dans un rapport conjoint publié aujourd’hui.

Ce rapport de 73 pages, intitulé « Dying in Detention: Rising Deaths in an Expanding US Immigration Detention System » (« Mourir en détention : Hausse du nombre de décès dans un système de détention des migrants en expansion aux États-Unis »), documente la hausse du nombre de décès survenus sous la garde de l’ICE, à l’aide d’analyses statistiques et médicales menées par des experts. Le rapport, en exposant cette augmentation du taux de mortalité, soulève de sérieuses questions quant à l’adéquation des soins de santé fournis par l’ICE et de son personnel sous contrat. La hausse du taux de mortalité est observée alors que l’administration Trump soumet un nombre record d’immigrés à une détention obligatoire, y compris dans des conditions inhumaines et dégradantes, tout en démantelant les mécanismes de contrôle interne.

« Le taux de mortalité des personnes placées en détention par l’ICE atteint son plus haut niveau depuis de nombreuses années, même en tenant compte de la forte augmentation du nombre de détentions », a déclaré Brian Root, conseiller senior auprès de la division Technologie et droits humains à Human Rights Watch. « Le Département de la sécurité intérieure et le Congrès devraient agir immédiatement pour réduire le nombre de personnes en détention et améliorer les conditions de détention, notamment en garantissant l’accès à des soins de santé adéquats, conformément aux obligations des États-Unis en matière de droits humains. »

Human Rights Watch a mené une analyse quantitative des décès survenus sous la garde de l’ICE entre le 1er octobre 2015 et le 4 juin 2026, et a examiné les tendances de l’évolution du taux de mortalité durant cette période. Parallèlement, Physicians for Human Rights a réalisé une analyse médicale des 39 décès survenus sous la garde de l’ICE au cours de la première année de l’actuelle administration Trump, en s’appuyant principalement sur des informations publiques limitées.

Les deux organisations ont examiné plusieurs cas de manière plus approfondie que ce qui avait été rapporté précédemment, en s’appuyant sur des entretiens avec des proches des personnes décédées, des avocats et d’anciens codétenus, et, dans deux cas, en examinant des dossiers médicaux complémentaires. 

Dans l’un de ces cas, Maksym Chernyak, un homme ukrainien âgé de 44 ans, a été victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC) après avoir présenté des signes clairs d’une urgence médicale, dont le personnel pénitentiaire a été témoin sans y réagir à temps. Le retards pris pour son transfert vers un centre de soins spécialisés a presque certainement contribué à son décès, selon les deux organisations.

Dans un autre cas, Lorenzo Antonio Batrez Vargas, âgé de 32 ans, est décédé en détention de l’ICE en 2025, après avoir été diagnostiqué positif au Covid-19 et avoir passé 12 jours en isolement. Pour accéder aux dossiers relatifs à sa détention, à son traitement et à son décès, la famille de Lorenzo Vargas a déposé une demande en vertu de la loi sur la liberté d’information (Freedom of Information Act) en octobre 2025, suivie d’une action en justice en décembre. Début mai 2026, elle n’avait toujours reçu aucune information supplémentaire. 

« Seule une mère qui a perdu son enfant sait ce que je ressens », a déclaré sa mère. « Je voudrais que mon fils soit en vie, mais suis impuissante. » 

Au cours de la première année du second mandat de Trump, le nombre de personnes placées en détention par l’ICE a augmenté de 77 %, passant d’environ 40 000 personnes à plus de 71 000 personnes en janvier 2026. 

Nombre de personnes personnes migrantes détenues aux États-Unis (moyenne mensuelle)
Ce tableau montre la hausse du nombre de personnes migrantes détenues aux États-Unis, de décembre 2015 à juin 2026. De gauche à droite, ces chiffres correspondent à la présidence de Barack Obama, de Donald Trump (1er mandat), de Joe Biden et de Donald Trump (2ème mandat). Les chiffres ont fortement baissé lors de l’épidémie de Covid-19, avant de grimper lors du mandat de Biden et du 2ème mandat de Trump. Sources : Immigration and Customs Enforcement (ICE), Deportation Data Project. Graphisme © 2026 Human Rights Watch

Durant cette même période (second mandat de Trump), le taux de décès en détention sous la garde de l’ICE a grimpé de 140 %. 

Nombre de décès mensuels dans les centres de détention de personnes migrantes aux États-Unis (décembre 2015 – 4 juin 2026)
Ce tableau montre la hausse du nombre de décès mensuels dans les centres de détention de personnes migrantes aux États-Unis, de décembre 2015 au 4 juin 2026. De gauche à droite, ces chiffres correspondent à la présidence de Barack Obama, de Donald Trump (1er mandat), de Joe Biden et de Donald Trump (2ème mandat). Sources : Immigration and Customs Enforcement (ICE), American Immigration Lawyers Association (AILA). Graphisme © 2026 Human Rights Watch

Human Rights Watch et Physicians for Human Rights ont documenté des conditions de détention abusives dans des centres de rétention aux États-Unis depuis les années 1990.

Le gouvernement Trump a démantelé les mécanismes de contrôle interne, déjà limités, au sein du Département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) dont l’ICE fait partie, rendant ainsi plus difficile l’obtention d’informations, l’exercice de recours en cas d’abus ou la mise en cause de la responsabilité de l’agence et de ses sous-traitants.

Human Rights Watch et Physicians for Human Rights ont constaté que l’ICE ne divulguait pas suffisamment d’informations sur les circonstances entourant les décès survenus sous sa garde, laissant sans réponse des questions cruciales concernant les soins prodigués aux personnes détenues et la conformité de ces soins aux normes internationales en matière de droits humains. De plus, les rapports de l’agence sont souvent tardifs, ce qui constitue une violation manifeste de ses propres obligations en la matière, qui prévoient la divulgation publique d’un décès dans les 48 heures, ainsi qu’un rapport public plus détaillé dans les 30 jours. Le caractère limité des informations actuellement disponibles soulève de graves inquiétudes quant à la nature de bon nombre de ces décès et à l’adéquation des soins prodigués aux personnes en détention. 

« L’ICE limite si sévèrement les informations qu’elle fournit au Congrès, aux familles et au public que tout contrôle est pratiquement impossible », a déclaré Dre Katherine Peeler, co-auteure du rapport, professeure adjointe de pédiatrie à la Harvard Medical School et conseillère médicale auprès de Physicians for Human Rights. « Dans les cas où nous avons accès aux dossiers de l’ICE et à ceux d’hôpitaux externes, nous constatons un manquement stupéfiant au devoir de diligence. »

Les décès de personnes placées en détention par les services d’immigration américains indiquent des violations potentielles du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), qui protège le droit à la vie et oblige les États à prendre des mesures pour préserver la vie des personnes placées sous leur garde. Les mauvaises conditions de détention et l’absence de soins médicaux adéquats peuvent également constituer des violations de l’interdiction des traitements cruels, inhumains ou dégradants prévue par le PIDCP et la Convention contre la torture (Convention Against Torture, CAT).

Le Département de la Sécurité intérieure (DHS) et ses sous-traitants devraient rendre compte pleinement, publiquement et en temps opportun de chaque décès survenu sous leur garde. Le Congrès devrait réduire le nombre de personnes placées en détention, privilégier les mesures alternatives et suspendre tout financement destiné à une nouvelle extension du système de détention. Le Département devrait aborder résolument les problèmes de l’augmentation du nombre de décès, de l’insuffisance des soins médicaux, ainsi que des manquements chroniques du DHS en matière de transparence et de communication d’informations. Le Congrès devrait également mettre en place de nouveaux mécanismes de contrôle indépendants dotés d’une réelle capacité de suivi, notamment des enquêtes indépendantes obligatoires sur chaque décès survenu en détention, ainsi que la publication de tous les rapports d’enquête sur les décès et des rapports d’autopsie, et imposer des sanctions à l’ICE en cas de non-respect de ces dispositions. 

Le financement du DHS a considérablement augmenté avec la récente allocation de 70 milliards de dollars jusqu’en 2029. Le Congrès devrait légiférer pour mettre en place des mécanismes de contrôle autonomes, afin de garantir que ces fonds ne servent pas à étendre un système abusif qui n’a pas su protéger des vies. 

« Les familles ont le droit de savoir ce qui est arrivé à leurs proches placés en détention par l’ICE », a conclu Katherine Peeler. « Tant que des personnes sont détenues par les services d’immigration américains, le gouvernement a l’obligation légale et morale de protéger leur vie, et lorsqu’il y parvient pas, il a l’obligation publique de rendre compte de ce qui s’est passé. À l’heure actuelle, il manque à toutes ces obligations. »

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