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Cameroun : La promesse non tenue de réduire les violences basées sur le genre

Des lois discriminatoires et un sous-investissement dans les services publics favorisent les abus

© 2026 Diana Ejaita pour Human Rights Watch
  • Les femmes et les filles au Cameroun sont confrontées à des violences domestiques et à une discrimination de genre continues, sans véritable protection ni accès à la justice.
  • Les inégalités de genre systémiques enracinées, les lois discriminatoires et la faiblesse des institutions, exacerbées par le sous-investissement chronique dans la prévention et le soutien aux survivantes, alimentent les violences. 
  • Le gouvernement devrait d’urgence réformer les lois discriminatoires sur la famille, actualiser et adopter le Code de la famille en projet depuis longtemps, instaurer une réponse nationale coordonnée aux violences domestiques et veiller à ce que les services soient accessibles dans tout le pays.

(Nairobi) – Le gouvernement du Cameroun a manifestement failli à son engagement pris il y a plus d’une décennie de réduire considérablement les violences à l’égard des femmes et des filles, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Cet échec laisse les victimes et les survivantes exposées à des préjudices sans véritable protection ni accès à la justice, alors même que les autorités reconnaissent que les violences à l’égard des femmes et des filles s’aggravent.

Le rapport de 86 pages, intitulé « “Je vis dans l’insécurité permanente” : Discrimination, manque d’autonomie économique et violences à l’égard des femmes au Cameroun », documente les violences généralisées faites aux femmes, y compris les violences physiques, psychologiques et économiques, qui sont le plus souvent infligées par les maris et les partenaires intimes. Les chercheur-euse-s ont constaté que les abus physiques et économiques étaient utilisés pour restreindre l’accès aux ressources financières, à la sécurité sociale, à l’emploi, à la propriété et à l’indépendance économique. Ces violences ne sont pas des incidents isolés ; elles sont en réalité enracinées dans des inégalités de genre bien ancrées, des lois discriminatoires et des institutions faibles, et sont exacerbées par un sous-investissement chronique du gouvernement dans la prévention et le soutien aux survivantes.

« La violence à l’égard des femmes n’est pas simplement le fait d’actes violents commis par des individus : elle est rendue possible et aggravée par des lois discriminatoires et des défaillances institutionnelles du Cameroun qui laissent les survivantes sans protection », a déclaré Juliana Nnoko, conseillère senior auprès de la division Droits des femmes à Human Rights Watch. « Le gouvernement a un besoin urgent de lois, de politiques et de services qui répondent aux réalités des violences domestiques, donnent la priorité à la prévention et aident les survivantes à accéder à la justice. »

Entre septembre et décembre 2024, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 60 femmes qui ont été victimes de violences domestiques et/ou de discrimination, ainsi que trois chefs religieux et sept responsables gouvernementaux qui gèrent des services sociaux à Maroua, Douala et Buéa. Les chercheur-euse-s ont également examiné plusieurs politiques et rapports gouvernementaux sur les violences basées sur le genre.

Bon nombre des femmes interviewées ont subi des conséquences économiques qui les ont enfermées dans des relations violentes en raison de la perte d’accès à leur revenu, à leur terre, à leur logement, à un emploi rémunéré et à la sécurité sociale. Les maris ont vendu des biens acquis conjointement sans consulter ou indemniser leur épouse, saboté des opportunités d’emploi, annulé des baux commerciaux et détruit du matériel professionnel.

Une femme a raconté qu’elle a passé près de trois décennies confinée dans la propriété familiale : il lui était interdit de sortir, de parler à d’autres personnes ou de réaliser son souhait de créer une petite entreprise, et elle était battue lorsqu’elle désobéissait.

Les femmes ayant demandé de l’aide aux autorités ont décrit avoir subi des pressions pour les amener à se réconcilier avec leurs agresseurs, avoir été tenues pour responsables des violences subies ou avoir fait l’objet de représailles après avoir dénoncé des abus. Plusieurs ont indiqué que leurs maris avaient des liens avec des policiers ou des autorités locales, ce qui rendait le signalement encore plus dangereux ou impossible.

« Je suis allée au commissariat de police, pensant qu’ils convoqueraient [mon mari] », a relaté Yvonne D., une femme de 54 ans travaillant dans le traitement de données à Douala, dont le nom complet, comme celui des autres femmes, n’est pas mentionné pour des raisons de sécurité. « Au lieu de cela, le policier a écouté sans prendre de notes, a souri et a simplement dit : “Vraiment ! Les femmes !” Quand je suis rentrée à la maison et que mon mari a découvert que j’étais allée voir la police, il m’a battue sévèrement devant nos enfants et m’a mise à la porte. »

L’obligation de rendre des comptes pour les abus reste limitée, ce qui renforce le climat d’impunité. « La famille, les affaires sociales et la police m’ont conseillé de persévérer [dans la préservation de mon mariage] pour le bien de mes enfants », a expliqué Rosalind E., coiffeuse de 44 ans vivant à Buéa. Lorsqu’elle s’est rendue au poste de police, une commissaire lui a recommandé « d’abandonner parce que c’est une affaire de famille ». Le procureur de l’État lui a également conseillé de stopper la procédure après l’arrestation de son mari, parce que celui-ci n’était pas disposé à coopérer avec la police.

En raison de la discrimination structurelle au Cameroun, les femmes sont systématiquement dépossédées de leurs terres et de leurs biens par des proches et des parents par alliance de sexe masculin, même lorsqu’elles possèdent des documents prouvant la propriété. Les frères et les oncles exploitent leur autorité pour s’emparer des terres ou les vendre, souvent au mépris des souhaits des parents décédés, tandis que les veuves sont intimidées en vue de les faire renoncer à leurs droits.

Toutes les femmes âgées interviewées ont décrit avoir subi des formes de discrimination multiples et croisées, y compris des obstacles à l’héritage de leurs parents, des droits discriminatoires sur les biens matrimoniaux pendant le mariage et lors du veuvage, et des barrières sexospécifiques à l’accès aux pensions et aux services publics essentiels. Malgré les procès et les documents officiels, les femmes restent vulnérables et privées de leur droit à la propriété.

En 2011, le gouvernement camerounais s’est engagé à lutter contre les violences basées sur le genre, notamment en réduisant leur prévalence de moitié. Cependant, au cours des 15 années qui ont suivi, le gouvernement n’a pas pris de mesures significatives pour respecter cet engagement. Un Code de la famille révisé, une réforme juridique indispensable pour protéger les droits des femmes et se conformer aux obligations du Cameroun en vertu du droit international, est en projet depuis plus de 20 ans. Le Cameroun ne dispose d’aucune politique ou directive nationale sur les violences domestiques.

Le cadre juridique actuel régissant les relations familiales contient des dispositions discriminatoires qui désignent les maris comme chefs de famille et principaux gestionnaires des biens matrimoniaux. Ces dispositions affaiblissent le pouvoir de décision des femmes quant au lieu de résidence, à l’emploi et à la gestion des biens immobiliers, piégeant les femmes dans des mariages violents.

La police, les professionnels de santé et les autorités judiciaires sont mal équipés pour protéger les survivantes ou traduire en justice les auteurs d’abus. Le gouvernement ne possède pas de système global et coordonné pour le recueil ou la ventilation des données sur les violences basées sur le genre, ce qui dissimule la véritable ampleur du problème, y compris la prévalence des violences domestiques et même des féminicides, aux décideurs et au public.

Le Cameroun est un État partie à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et au Protocole de Maputo de l’Union africaine; ces deux traités exigent que les gouvernements éliminent les lois discriminatoires, préviennent la violence à l’égard des femmes et des filles et garantissent des recours efficaces aux survivantes. Ces obligations comprennent l’adoption de mesures pour respecter, protéger et appliquer les droits des femmes à l’intégrité corporelle, à la non-discrimination et aux droits économiques, sociaux et culturels, y compris leurs droits à la propriété, au logement, à la santé, à la sécurité sociale, au travail et à un niveau de vie suffisant. La violence domestique n’est pas une affaire familiale privée : c’est une atteinte grave aux droits humains que les gouvernements doivent s’employer à prévenir et à résoudre, a déclaré Human Rights Watch.

Les obligations internationales du Cameroun exigent une réforme légale, un financement durable des services centrés sur les victimes et une responsabilisation efficace des auteurs d’abus. Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais et son président, Paul Biya, gouvernent le Cameroun depuis plus de quatre décennies. Il n’est pas question ici de l’inaction de plusieurs gouvernements successifs : c’est le même parti et le même président qui portent la responsabilité continue de l’absence de mesures législatives significatives depuis des décennies pour éliminer les violences à l’égard des femmes.

« Le gouvernement devrait d’urgence réformer les lois discriminatoires sur la famille, actualiser et adopter le Code de la famille en projet depuis longtemps, instaurer une réponse nationale coordonnée aux violences domestiques et veiller à ce que les services soient accessibles dans tout le pays », a conclu Juliana Nnoko. « Être une femme au Cameroun ne devrait pas signifier d’avoir à subir la discrimination et la violence. »

 

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