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Iran : Les frappes israéliennes contre des dépôts pétroliers ont créé des dangers sanitaires et environnementaux

Les attaques du 7 mars, en causant des dommages prévisibles, ont probablement constitué des crimes de guerre

Des habitants de Téhéran, en Iran, regardaient les flammes et un épais nuage de fumée noire à la suite d’une frappe aérienne israélienne contre une installation de stockage de pétrole près de la capitale, dans la nuit du 7 mars 2026. © 2026 Alireza Sotakbar/ISNA via AP
  • Les attaques israéliennes contre quatre dépôts pétroliers autour de Téhéran le 7 mars pourraient causer des dommages à long terme pour la santé des civils et l’environnement.
  • Les frappes visant principalement des infrastructures civiles et causant des dommages prévisibles à la population civile constituent des violations du droit international humanitaire, et sont susceptibles de constituer des crimes de guerre. 
  • Les forces israéliennes ne semblent pas avoir pris en compte les dommages prévisibles à long terme dans les environs de Téhéran, dont elles devraient être tenues responsables.

(Beyrouth) – Les attaques israéliennes du 7 mars contre quatre dépôts pétroliers situés aux alentours de Téhéran, en Iran, risquent d’entraîner des dommages sanitaires et environnementaux à long terme pour les civils, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les frappes visant principalement des infrastructures civiles et causant des dommages prévisibles à la population civile constituent des violations du droit international humanitaire, et sont susceptibles de constituer des crimes de guerre. 

Le 8 mars, la société nationale iranienne de distribution de pétrole a indiqué que « quatre sites utilisés pour le stockage et la distribution de produits pétroliers, ainsi qu’un centre de transport de produits pétroliers, dans les provinces de Téhéran et d’Alborz ont été attaqués par des avions ennemis ». Le même jour, l’armée israélienne a indiqué sur X qu’elle avait pris pour cible « plusieurs complexes de stockage de carburant appartenant au CGRI [Corps des gardiens de la révolution islamique] à Téhéran ». 

« Les attaques menées par Israël le 7 mars contre des dépôts pétroliers situés aux alentours de Téhéran risquent d’avoir des conséquences dévastatrices sur l’environnement et la santé des habitants pendant de nombreuses années, et ont probablement constitué des crimes de guerre », a déclaré Bahar Saba, chercheuse senior sur l’Iran à Human Rights Watch. « Les forces israéliennes ne semblent pas avoir pris en compte les dommages prévisibles à long terme dans les environs de Téhéran, dont elles devraient être tenues responsables. »

Human Rights Watch a mené des entretiens, directement ou par l’intermédiaire de tiers, avec huit personnes à Téhéran et à Karaj au sujet des effets des frappes, ainsi qu’avec neuf experts en environnement et en santé. Les chercheurs ont analysé des images satellite et vérifié des vidéos liées aux attaques. Le 26 mars, Human Rights Watch a écrit aux autorités israéliennes et iraniennes afin d’obtenir des éclaircissements supplémentaires concernant ces attaques. Les autorités iraniennes n’ont pas répondu.

Le 30 mars, les autorités israéliennes ont répondu à Human Rights Watch, affirmant que les attaques avaient été « menées conformément aux principes de distinction, de proportionnalité et de précaution ». Elles ont indiqué que les dépôts pétroliers attaqués « étaient destinés à fournir du carburant directement aux unités des forces armées du régime [iranien], afin de soutenir les opérations de l’aviation militaire, des drones, des navires de guerre et d’autres infrastructures militaires ». 

Human Rights Watch a pu confirmer que les dépôts de pétrole étaient utilisés à des fins civiles, mais n’a pas été en mesure de déterminer s’ils servaient également à soutenir l’armée iranienne. Une source bien informée a déclaré à que ces dépôts de pétrole ne contenaient que de l’essence et du diesel, qui ne seraient pas utilisés pour des avions militaires, des drones ou des navires de guerre.

Human Rights Watch a confirmé les attaques contre les quatre dépôts pétroliers à l’aide d’images satellite et de vidéos vérifiées, dont certaines ont été géolocalisées par le site GeoConfirmed, géré par des bénévoles. 

Attaques confirmées contre des installations pétrolières à Téhéran, en Iran (7 mars 2026)
Carte montrant les sites de quatre attaques confirmées contre des installations pétrolières et gazières dans la banlieue de Téhéran, en Iran, le 7 mars 2026. © 2026 Human Rights Watch (infographie)

Des images satellite enregistrées le 9 mars, soit plus de 24 heures après les frappes, montraient encore de gros panaches de fumée s’élevant au-dessus des dépôts pétroliers de Shahran, d’Aghdasieh et de Shahr-e Rey.

Effets des frappes du 7 mars 2026 contre quatre dépôts pétroliers à Téhéran et dans ses environs
Quatre images satellite, enregistrées après les quatre frappes du 4 mars 2026. : EN HAUT À GAUCHE : Dépôt pétrolier de Fardis. Image satellite du 11 mars, montrant des réservoirs de pétrole détruits, ains qu’une école endommagée et une installation médicale détruite, à proximité. : EN HAUT À DROITE : Dépôt pétrolier de Shahran. Image satellite du 9 mars, montrant un épais nuage de fumée noire. EN BAS À GAUCHE : Dépôt pétrolier de Shahr e-Rey. Image satellite du 9 mars, montrant un panache de fumée noire. : EN BAS À DROITE : Dépôt pétrolier d’Aghdasier. Image satellite du 9 mars, montrant aussi un tel nuage noir. © 2026 Planet Labs PBC (images satellite) / © 2026 Human Rights Watch (analyse et graphisme)

Des images du 11 mars montrent des réservoirs de stockage de carburant détruits dans le dépôt pétrolier de Fardis. L’Université des sciences médicales d’Alborz a signalé qu’un centre de dialyse situé près du dépôt de Fardis « a été incendié et que son équipement et son bâtiment ont été détruits » lors de l’attaque. Des images satellite haute résolution datant du 18 mars montrent des dégâts apparents sur un établissement médical et une école primaire situés près d’un réservoir détruit, sur le site du dépôt pétrolier de Fardis.

Des images satellite du 11 mars montrent également un panache de fumée noire s'élevant au-dessus du dépôt de Shahr-e Rey en direction du centre de Téhéran. Des dizaines de réservoirs de stockage de carburant sont visiblement endommagés ou détruits sur les quatre sites sur les images du 17 mars ; des flammes et de la fumée sont visibles sur l’image du dépôt pétrolier d'Aghdasieh.

Panache de fumée provenant du dépôt pétrolier de Shahr-e Rey, Iran (11 mars 2026)
Cette image satellite du 11 mars 2026 montre un panache de fumée noire s'élevant au-dessus du dépôt pétrolier de Shahr-e Rey (vers le centre de l’image), au sud de Téhéran, non loin des zones densément peuplées de la capitale de l’Iran. © 2026 Copernicus Sentinel-3 (image satellite) / Human Rights Watch (graphisme)

Le gouverneur de la province d’Alborz a déclaré que la frappe sur le dépôt pétrolier de Fardis avait fait au moins six morts et 21 blessés ; Human Rights Watch n’a pas été en mesure de vérifier ces chiffres. Aucun bilan des victimes n’a été communiqué pour les trois autres attaques. 

Une habitante du nord de Téhéran a déclaré à Human Rights Watch : « Le lendemain de l’attaque [contre des dépôts pétroliers], on ne voyait plus le ciel – il était noir. »

« La ville avait un aspect apocalyptique », a déclaré une habitante de Shahrak-e Gharb, au nord-ouest de Téhéran. « Les façades des bâtiments blancs, les voitures, les mosaïques dans les cours, les buissons et les plantes, et même les chats de la ville étaient recouverts d’une couche de suie noire. » 

Un gigantesque écran de fumée noire était visible derrière un immeuble résidentiel dans la banlieue nord-ouest de Téhéran, en Iran, le 8 mars 2026, à la suite de frappes aériennes israéliennes menées le 7 mars contre la raffinerie de pétrole de Shahran, non loin de là. © 2026 AFP via Getty Images

Des habitants ont décrit des symptômes respiratoires immédiatement après les attaques, tels que l’essoufflement, une toux persistante, des douleurs thoraciques et des irritations cutanées et oculaires. 

Des experts en environnement et en santé ont déclaré que les attaques contre les dépôts de pétrole avaient provoqué l’émission de polluants atmosphériques dangereux, gazeux et parfois visibles ; ils ont ajouté que ces polluants risquent d’avoir des effets sévères et chroniques sur la santé des habitants des environs, peut-être pendant des décennies.

Le 13 mars, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a observé ceci : « La fumée dense provenant de la combustion du pétrole, qui contient des composés dangereux, est désormais directement inhalée par la population iranienne – y compris les jeunes enfants –, ce qui soulève de graves inquiétudes quant aux impacts à long terme sur la santé humaine et l’environnement… La pollution issue d’incendies incontrôlés peut également pénétrer dans le sol et l’eau, s’infiltrer dans les nappes phréatiques et être absorbée par les cultures, contaminant ainsi les réserves alimentaires. » 

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que ces attaques soulevaient « des inquiétudes quant à une pollution élargie dans la région », ajoutant que « les pollutions toxiques et les polluants qui affectent la santé respiratoire et contaminent l’eau peuvent avoir des effets à long terme ».

En vertu du droit de la guerre applicable au conflit armé international en Iran, les attaques ne peuvent viser que des objectifs militaires. Les parties belligérantes doivent prendre toutes les précautions possibles pour minimiser les dommages causés aux civils et aux biens de caractère civil, notamment en évitant de placer des cibles militaires à proximité de zones densément peuplées. 

Les dépôts de pétrole et autres infrastructures énergétiques sont présumés être des biens de caractère civil, mais ils peuvent devenir des objectifs militaires s’ils sont utilisés pour soutenir l’armée. Toutefois, les attaquer serait illégalement disproportionné si les dommages attendus pour les civils et les structures civiles dépassaient le gain militaire escompté. 

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a publié des Directives sur la protection de l'environnement naturel en période de conflit armé, selon lesquelles les évaluations de proportionnalité doivent prendre en compte les impacts environnementaux indirects « raisonnablement prévisibles ». Ceux-ci comprennent les « effets de répercussion » (« reverberating effects », parfois appelés « effets domino ») sur l’eau, sur les systèmes alimentaires et sur la santé des civils. Les attaques contre des objectifs militaires sont également illégales si elles sont susceptibles de causer des dommages « étendus, durables et graves » à l’environnement naturel, mesurés en mois ou en années.

« Israël, tout comme les États-Unis et l’Iran, devrait savoir que le droit de la guerre prévoit des protections spécifiques pour l’environnement », a conclu Bahar Saba. « Les attaques visant les infrastructures pétrolières et gazières sont susceptibles d’affecter des millions de personnes bien plus longtemps que le conflit lui-même. »

Suite détaillée en anglais.

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