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Bahreïn : Décès en détention de Sayed Mohamed Almosawi

Une enquête devrait être menée sur le décès de cet homme, dont le corps présentait des signes de torture

Le drapeau du royaume de Bahreïn, photographié lors du Grand Prix automobile de Bahreïn 2023 à Sakhir, le 2 mars 2023.  © 2023 Jakub Porzycki/NurPhoto via AP Photo

(Beyrouth) – Un homme de 32 ans qui a subi une disparition forcée à Bahreïn le 19 mars est décédé en détention plus d’une semaine plus tard, ont déclaré aujourd’hui Human Rights Watch et l’ONG Bahrain Institute for Rights and Democracy (BIRD) ; son corps présentait des traces de torture.

Après que la famille de Sayed Mohamed Almosawi eut perdu tout contact avec lui pendant plus d’une semaine, ses parents ont reçu un appel leur demandant de se rendre à l’hôpital militaire de Bahreïn. À leur arrivée, ils ont récupéré le corps sans vie de Mohamed Almosawi, qui présentait des signes visibles de torture. Le ministère de l’Intérieur a par la suite déclaré que l’Agence nationale de renseignement (NIA) l’avait placé en détention.

« Des parents ne devraient jamais recevoir un appel leur demandant de venir récupérer le corps de leur fils après l’avoir cherché pendant neuf jours », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Le fait que Mohamed Almosawi soit décédé lors de sa détention par les autorités, et de manière aussi brutale, rend cette affaire d’autant plus horrible. Les autorités bahreïniennes devraient garantir ce ce type d’incident ne reproduira plus. » 

Les autorités bahreïniennes devraient mener immédiatement une enquête impartiale sur la mort de Mohamed Almosawi et rendre publics les résultats de cette enquête, ont déclaré les deux organisations. 

Human Rights Watch et BIRD ont mené des entretiens avec huit personnes, dont des membres de la famille, des amis et des militants des droits humains ayant connaissance de l’affaire. Un expert médical de Physicians for Human Rights (PHR) a examiné des photos et des vidéos montrant les traces de torture sur le corps de Mohamed Almosawi. Human Rights Watch et BIRD ont également examiné le rapport officiel sur la « cause du décès » fourni par les autorités.

L’expert médical de PHR a conclu que les blessures correspondaient à « des traumatismes contondants répétés infligés sur une longue période, avec une utilisation possible des deux mains et d’instruments, des blessures infligées dans un environnement contrôlé, impliquant potentiellement une contention, [et] des traumatismes contondants ciblés sur des régions anatomiques spécifiques (visage, torse, pieds) ». L’expert médical a déclaré que les preuves issues des photos étaient « tout à fait compatibles avec les allégations de torture », et a écarté les hypothèses d’une blessure accidentelle, ou d’un arrêt cardiaque.

Sayed Mohamed Almosawi, propriétaire d’une petite entreprise et ancien prisonnier politique, a été vu pour la dernière fois tôt dans la matinée du 19 mars dans un café de Tubli, où il s’était rendu pour le suhoor, le repas pris avant l’aube pendant le ramadan. Il s’y trouvait après s’être rendu à la mosquée Imam Mojtaba, dans le village de Sanabis, près de la capitale Manama, en compagnie de son cousin Sayed Ahmed Almosawi et d’un ami, Mustafa Youssef.

Un témoin les a vus quitter le café vers 3 h du matin le 19 mars, en direction de Sanabis, apparemment pour récupérer la voiture de Mohamed Almosawi avant de retourner à Muharraq, où les trois hommes vivaient. Entre 3 h 10 et 3 h 30 du matin, Mohamed Almosawi était en communication téléphonique avec un membre de sa famille alors qu’il se trouvait dans la voiture, mais l’appel a été brusquement interrompu. Il s’agit de la dernière communication connue avec l’un des trois hommes avant la mort de Mohamed Almosawi. 

Entre 8 h et 9 h environ, le compte WhatsApp de Mohamed Almosawi a été brièvement activé. Ses messages ont été marqués comme lus, ce qui laisse supposer que les autorités avaient accès à son téléphone. Selon les membres de sa famille, il se trouvait près du commissariat de police du quartier sud de Madinat Hamad (« Ville de Hamad » - Hamad Town), au rond-point 17. Sa famille a appelé le commissariat, mais les autorités ont nié qu’il s’y trouvait.

Les familles de son cousin et de son ami ont alors contacté le ministère de l’Intérieur, mais on leur a répondu qu’aucun des trois hommes n’était détenu. L’une des familles a déclaré n’avoir pu officiellement signaler les disparitions que le 25 mars en raison des vacances de l’Aïd, après quoi la police les a appelés à plusieurs reprises pour leur demander si les hommes étaient rentrés chez eux ou si les familles avaient eu de leurs nouvelles. 

Le matin du 27 mars, la famille de Mohamed Almosawi a reçu un appel de l’hôpital militaire de Bahreïn, lui demandant de se rendre à l’hôpital sans préciser la raison. Ce n’est qu’à leur arrivée que les proches ont appris que Mohamed Almosawi était décédé. 

Les autorités ont déclaré qu’il avait été amené à l’hôpital suite à une crise cardiaque et qu’elles avaient tenté en vain de le réanimer. Naji Fateel, un militant des droits humains qui a vu le corps avant l’enterrement, a déclaré à Human Rights Watch que le corps était « couvert de contusions » et présentait des « blessures profondes ». Une autre personne ayant vu le corps a indiqué qu’une grande partie de celui-ci était décolorée, voire complètement noire à certains endroits. Le certificat de décès indique qu’il est décédé à 2 h 29 du matin, mais une personne ayant aidé aux procédures d’inhumation et ayant vu le corps à 13 h 30 ce jour-là a déclaré à BIRD que le décès ne semblais pas être aussi récent, et que Mohamed Almosawi « était mort depuis 24 heures, voire plus ». Il a ajouté qu’« il n’y a aucune preuve ni aucune marque sur le corps de Sayed Mohamed [Almosawi] suggérant qu’il ait reçu une réanimation cardio-pulmonaire, ce qui pourrait indiquer qu’il était déjà mort à son arrivée ».

Le communiqué du ministère de l’Intérieur publié à 21 h cette nuit-là indiquait que « le défunt avait été placé en détention par l’Agence nationale de renseignement [NIA] pour espionnage ». En supposant que la NIA l’ait placé en détention le 19 mars et que les autorités aient refusé de fournir des informations sur le lieu où il se trouvait à sa famille, cela constituerait un crime de disparition forcée. 

Sa famille a nié les accusations d’espionnage, affirmant que Mohamed Almosawi n’avait participé à aucune activité politique depuis sa sortie de prison en avril 2024.

Le communiqué du ministère de l’Intérieur indiquait que « les images circulant sur les réseaux sociaux et censées montrer les blessures subies par le défunt sont inexactes et trompeuses, et ont été délibérément diffusées pour induire l’opinion publique en erreur ».

Le 30 mars, Sayed Ahmed Almosawi et Mustafa Youssef ont pu appeler leurs familles pour la première fois, mais n’ont pas révélé où ils étaient détenus, ni quelles accusations pesaient contre eux. Ils n’ont pas été autorisés à recevoir la visite de leurs familles ou de leurs avocats, a déclaré un membre de la famille à BIRD. 

Les disparitions forcées, dans lesquelles les autorités détiennent une personne puis refusent de révéler où elle se trouve ou quelle est sa situation lorsqu’on leur pose la question, constituent des crimes graves au regard du droit international et sont interdites en toutes circonstances tant par le droit international des droits de l’homme que par le droit international humanitaire de l’ . Les disparitions sont particulièrement douloureuses pour les familles des victimes. 

Depuis le début de la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, Human Rights Watch et BIRD ont documenté la répression accrue de la liberté d’expression par les autorités bahreïniennes, notamment par la détention de dizaines de personnes pour avoir participé à des manifestations pacifiques, pour avoir protesté contre les attaques américaines et israéliennes en Iran, ou pour avoir publié des images de ces attaques sur les réseaux sociaux. Au 10 avril, BIRD avait recensé la détention d’au moins 286 personnes depuis le début de la guerre.

« Les autorités bahreïniennes devraient rendre des comptes pour la mort de Sayed Mohamed Almosawi, ainsi que pour les nombreuses autres violations du droit international qu’elles continuent de commettre à l’encontre de détenus », a déclaré Sayed Ahmed al-Wadaei, directeur du plaidoyer du Bahrain Institute for Rights and Democracy (BIRD). « Le gouvernement bahreïnien et les organes des Nations unies chargés des droits humains devraient garantir une enquête impartiale et indépendante sur la mort de Sayed Mohamed, afin de rendre justice à sa famille et de demander des comptes aux responsables. » 

 

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