- Des milliers de détenus en Iran, y compris des prisonniers politiques et des enfants, risquent d’être blessés ou tués par des frappes américaines et israéliennes, tout en continuant d’être exposés au risque d’atrocités commises par les autorités iraniennes, dont des exécutions massives, secrètes et arbitraires.
- Au lieu de libérer des prisonniers sans condition ou pour des raisons humanitaires, les autorités iraniennes continuent de procéder à l’arrestation de dissidents réels ou présumés, ainsi qu’aux exécutions arbitraires de prisonniers politiques.
- Les États membres de l’ONU devraient faire pression sur les autorités iraniennes pour qu’elles libèrent immédiatement toute personne détenue arbitrairement, mettent fin aux exécutions et appliquent les dispositions permettant la libération ou la permission de sortie temporaire de prisonniers pour des raisons humanitaires. Les États devraient aussi exhorter toutes les parties au conflit à respecter le droit international humanitaire, et à donner la priorité à la protection des civils.
(Beyrouth) – Des milliers de détenus en Iran, parmi lesquels des prisonniers politiques et des enfants, risquent d’être blessés ou tués par des frappes menées par les États-Unis et par Israël, ont déclaré aujourd’hui Human Rights Watch et le Kurdistan Human Rights Network (KHRN) ; ces détenus continuent aussi d’être exposés au risque atrocités commises par les autorités iraniennes, notamment des exécutions massives, arbitraires et secrètes.
Depuis des décennies, les autorités iraniennes procèdent en toute impunité à des arrestations arbitraires à grande échelle, emprisonnant des dissidents, des personnes suspectées de dissidence, ainsi que diverses personnes pour d’autres motifs dont l’endettement. Au cours des semaines qui ont précédé le début de l’actuel conflit armé, le 28 février, les autorités iraniennes ont procédé à des arrestations arbitraires massives de dizaines de milliers de manifestants, y compris des enfants, ainsi que de dissidents réels ou présumés, de défenseurs des droits humains, d’avocats et de membres du personnel médical. De nombreuses personnes ont été incarcérées dans des centres de détention secrets et non officiels gérés par les services de sécurité et de renseignement, et ont été ainsi victimes de disparitions forcées.
« Les prisonniers en Iran, y compris les milliers de personnes détenues arbitrairement, sont confrontés à une double menace : d’une part la violence des autorités, qui ont déjà commis des massacres dans des prisons, et d’autre part les bombes américaines et israéliennes », a déclaré Bahar Saba, chercheuse senior sur l’Iran à Human Rights Watch. « Ces détenus, dont beaucoup n’auraient jamais dû être arrêtés et qui sont déjà exposés au risque d’abus, ne peuvent se mettre en sécurité et sont exposés au risque supplémentaire de blessures graves, voire mortelles. »
Human Rights Watch et le Kurdistan Human Rights Network ont mené des entretiens avec 12 personnes, dont des proches de prisonniers, des défenseurs des droits humains et des sources bien informées au sujet de plusieurs prisons ; les chercheurs ont aussi examiné les rapports d’autres organisations de défense des droits humains, des informations partagées sur les réseaux sociaux, des déclarations officielles et des reportages des médias d’État.
« Nous n’avons pas d’autre choix », a déclaré un prisonnier dont le témoignage a été transmis aux deux organisations. « Ici, nous ne pouvons ni nous protéger du danger, ni avoir accès à des abris. »
Depuis le début du conflit actuel, des détenus, leurs familles et des organisations de défense des droits humains ont appelé à plusieurs reprises les autorités iraniennes à libérer des prisonniers, notamment pour des raisons humanitaires. Si un certain nombre de détenus ont été libérés, en particulier après avoir versé des cautions exorbitantes, les autorités ont refusé de libérer toutes les personnes détenues arbitrairement, dont les prisonniers politiques, et d’accorder à d’autres prisonniers une remise en liberté temporaire sur la base de critères humanitaires.
Au contraire, les autorités continuent d’arrêter des activistes, des dissidents, des membres de minorités ethniques et religieuses, tels que des Kurdes et des bahaïs, ainsi que d’autres personnes pour avoir prétendument filmé ou photographié des frappes et transmis ces images aux médias. Le 24 mars, la police a annoncé que 446 personnes avaient été arrêtées pour avoir « troublé l’opinion publique, semé la peur et l’angoisse dans la société, porté atteinte à la sécurité mentale, fait de la propagande pour l’ennemi, et incité et organisé en ligne des éléments perturbateurs de la sécurité ».
Les autorités ont également procédé à des exécutions, y compris sur la base d’accusations à motivation politique, ce qui a exacerbé les craintes d’exécutions massives, arbitraires et secrètes dans le contexte de la guerre. Entre le 18 et le 31 mars, au moins huit hommes ont été exécutés arbitrairement sur la base de chefs d’accusation dont « espionnage », « rébellion armée contre l’État par l’adhésion à l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran » et « guerre contre Dieu ».
Les personnes interrogées par Human Rights Watch et KHRN, notamment des proches de prisonniers, ont fait part aux chercheurs des graves menaces auxquelles sont confrontés les détenus en raison des frappes militaires américaines et israéliennes, ainsi que des violations flagrantes des droits humains commises par les autorités iraniennes.
« Les prisonniers d’Evin ont entendu des explosions bruyantes et terrifiantes », a déclaré le proche d’un prisonnier de la tristement célèbre prison d’Evin. « Ils ont eu l’impression que [les explosions] étaient très proches, mais leur accès à l’information est très limité […] Lors d’une des nuits quand il y a eu de terribles explosions, vers 2 h du matin, ils ont pu ressentir plus de 20 ondes de choc dans leurs cellules en l’espace d’une heure. »
Les commissariats de police et les installations de sécurité gérées par le ministère du Renseignement et le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont figuré parmi les cibles frappées par les forces israéliennes et américaines. Dans certaines de ces installations, des prisonniers – en particulier ceux qui ont été arrêtés pour des motifs politiques – sont détenus au secret, dans des conditions s'apparentant à des disparitions forcées.
Les détenus sont également confrontés à une détérioration des conditions de détention dans un système déjà connu pour ses mauvaises conditions et le refus systématique et délibéré de soins médicaux aux prisonniers. Des sources ont indiqué au Kurdistan Human Rights Network et à Human Rights Watch que depuis le début du conflit armé, il y avait eu une baisse tant de la quantité que de la qualité de la nourriture, et que les prisonniers se voyaient refuser l’accès aux médicaments et aux soins médicaux en dehors de la prison.
« La quantité de nourriture que reçoivent les prisonniers a diminué, tout comme sa qualité », a déclaré une source. « Même ceux qui souffrent de pathologies graves ne sont pas transférés à l’extérieur [de la prison] pour recevoir des soins médicaux… les prisonniers ne sont même pas emmenés à l’infirmerie de la prison. »
Les prisonniers qui protestent contre la détérioration et l’insécurité des conditions de détention s’exposent à des représailles et à des violences. Les deux organisations ont reçu des informations selon lesquelles, dans au moins trois prisons, les forces de sécurité ont recouru à la force, y compris à la force meurtrière, pour réprimer les protestations de prisonniers qui craignent pour leur sécurité et/ou s’opposent aux mauvaises conditions de détention.
Les autorités iraniennes ont également proféré des menaces répétées, laissant craindre de nouvelles atrocités, afin de prévenir et d’étouffer toute forme de dissidence. Le 10 mars, Ahmadreza Radan, commandant des forces de police de la République islamique d’Iran, connues sous le nom de FARAJA, a averti : « Nous ne considérerons pas quiconque descend dans la rue, conformément à la volonté de nos ennemis, comme un manifestant ou quoi que ce soit d’autre, mais comme un ennemi lui-même. Nous les traiterons donc de la même manière que nous traiterions l’ennemi. » Il a ajouté que les forces de sécurité iraniennes avaient « le doigt sur la gâchette ».
Le 11 mars, l’Organisation du renseignement du CGRI a publié un communiqué avertissant que toute manifestation serait réprimée « avec [encore] plus de sévérité que le 8 janvier », date à laquelle les autorités iraniennes avaient massacré des manifestants.
La réglementation nationale iranienne prévoit des libérations humanitaires en temps de crise. Une résolution de 1986 du Conseil judiciaire suprême autorise la libération conditionnelle ou la libération sous caution de prisonniers en cas d’urgence, en temps de guerre. En outre, l’article 201 du règlement pénitentiaire iranien prévoit la libération de prisonniers dans certaines circonstances, par exemple lors de « crises telles que des catastrophes naturelles, des incidents imprévisibles ou des épidémies de maladies infectieuses dangereuses », ou d’autres crises.
En vertu du droit international humanitaire, qui rassemble les lois de la guerre, les prisons et les centres de détention sont présumés être des biens de caractère civil. Les violations graves des lois de la guerre commises par des individus avec une intention criminelle – c’est-à-dire de manière délibérée ou par imprudence – constituent des crimes de guerre.
Les États membres de l’ONU devraient exhorter les autorités iraniennes à libérer immédiatement toutes les personnes détenues arbitrairement, à suspendre toutes les exécutions prévues, et à appliquer les réglementations nationales permettant la libération ou la permission de sortie temporaire de prisonniers pour des raisons humanitaires, ont déclaré les deux organisations. Les États devraient en outre appeler toutes les parties au conflit à donner la priorité à la protection des civils.
« Au lieu de libérer des prisonniers, les autorités iraniennes arrêtent sans relâche des dissidents réels ou présumés et procèdent à des exécutions, affichant une fois de plus leur mépris total pour la vie humaine », a déclaré Rebin Rahmani, membre du conseil d’administration du Kurdistan Human Rights Network. « De nombreuses familles angoissées ne savent même pas où leurs proches sont détenus, alors que des bombes et des missiles frappent quotidiennement divers quartiers des villes. »
Suite détaillée disponible en anglais.
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