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L’armée israélienne appelle à évacuer le sud du Liban

De telles mesures de déplacement sont fortement susceptibles de violer les lois de la guerre

(Beyrouth) – Les ordres d’évacuation immédiate de l’armée israélienne à la totalité de la population du Liban vivant au sud du fleuve Litani sont fortement susceptibles de violer les lois de la guerre, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Des centaines de milliers de personnes vivent dans cette zone, qui représente environ 8 % du territoire libanais.

La porte-parole arabophone de l’armée israélienne a publié un message sur les réseaux sociaux, le 4 mars 2026, appelant les habitants du sud du Liban à « évacuer immédiatement leur domicile pour gagner la rive nord du Litani » afin de « garantir leur sécurité » Le communiqué avertissait que « tout déplacement vers le sud pouvait mettre [leur] vie en danger » et que « toute personne située à proximité de membres, de bâtiments ou d’équipements de combat du Hezbollah risquait sa vie ». 

« Appeler toute personne vivant au sud du Litani à évacuer sur-le-champ soulève de graves préoccupations sur les plans juridique et humanitaire et craintes pour la sécurité des civils », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Comment les personnes âgées, malades ou handicapées pourront-elles évacuer immédiatement ? Et comment leur sécurité sera-t-elle assurée lors de leur départ ? »

Le 2 mars, après l’escalade des hostilités entre le Hezbollah et Israël, l’armée israélienne a d’abord appelé à l’évacuation de plus de cinquante villages et villes du sud du Liban. Quelques heures après, un porte-parole de l’armée israélienne a appelé les habitants ayant quitté leur domicile à ne pas y retourner – un communiqué réitéré le lendemain. À la date du 3 mars, l’armée israélienne avait appelé à évacuer plus de cent villages et villes du sud du Liban et de la vallée de la Bekaa, d’après Tom Fletcher, secrétaire général adjoint aux Affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence aux Nations Unies. Des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays depuis.

La radicalité des ordres d’évacuation du gouvernement israélien à l’encontre des habitants libanais fait craindre que leur objectif ne soit pas de protéger les civils, surtout dans le contexte de déplacements de grande ampleur au Liban, a déclaré Human Rights Watch. 

Entre septembre et novembre 2024, plus de 1,2 million de personnes ont été déplacées au Liban en raison d’une escalade des hostilités. Bien que la grande majorité des personnes déplacées aient pu revenir après l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu en novembre 2024, plus de 64 000 demeuraient déplacées dans le pays, incapables de retourner dans leur ville ou village, en octobre 2025

Plus de 10 000 bâtiments ont été fortement endommagés ou détruits dans le sud du Liban entre octobre 2023 et janvier 2025. Des villages frontaliers entiers ont été réduits en poussière. Les attaques israéliennes ciblant illégalement du matériel et des installations permettant de reconstruire ont encore plus entravé les travaux de reconstruction et empêché des dizaines de milliers de personnes déplacées du sud du Liban de retourner chez elles.

Le droit international humanitaire, également appelé « lois de la guerre », interdit le déplacement forcé de civils lors d’un conflit armé, à moins que la sécurité des civils impliqués ou des raisons militaires impératives ne l’exigent, mais ces exceptions sont strictement limitées. Même lorsqu’il est qualifié d’« évacuation », un déplacement doit être temporaire et les civils doivent pouvoir revenir à la fin des hostilités. 

Les civils qui demeurent sur place après un tel avertissement ou ordre d’évacuation ne perdent pas leur qualité de civils ni la protection du droit international humanitaire. Ils ne peuvent pas être ciblés pour la simple raison qu’ils ont refusé de partir. L’appel à une évacuation générale lancé par Israël afin que des centaines de milliers de personnes partent immédiatement ne semble pas avoir pris en compte les besoins des personnes incapables de se déplacer sans assistance.

Les lois de la guerre exigent par ailleurs que les belligérants « pren[nent] toutes les précautions pratiquement possibles » en vue d’éviter ou réduire au minimum les pertes en vies humaines parmi la population civile et les dommages aux biens de caractère civil qui pourraient être causés incidemment. Parmi ces précautions, figurent le fait d’« averti[r] en temps utile » des attaques, à moins que les circonstances ne le permettent pas. Les avertissements qui ne donnent pas aux civils suffisamment de temps pour partir vers une zone plus sûre ne seraient pas considérées comme « efficaces » en vertu de ces textes internationaux. Les avertissements de portée trop générale, non liées à une attaque imminente, ne peuvent être considérés comme « efficaces ». Au contraire, leur effet peut être de répandre abusivement la peur au sein de la population affectée.

Les lois de la guerre interdisent également « les menaces de violence dont le but principal est de répandre la terreur parmi la population civile ». Les appels à évacuer qui ne constituent pas de véritables avertissements ni des ordres légitimes, comme ceux qui visent réellement à protéger la population civile, mais qui ont plutôt pour but de semer la panique chez les habitants ou de les forcer à quitter leur domicile pour des raisons autres que leur sécurité, sont interdits. 

« Depuis 2023, l’armée israélienne a commis de graves crimes internationaux au Liban, alors que ses alliés sont restés passifs, sans prendre de mesures décisives pour y mettre fin », a conclu Ramzi Kaiss. « Le gouvernement libanais devrait cesser de tergiverser et agir pour faire avancer la justice et l’établissement des responsabilités, notamment en accordant à la Cour pénale internationale la compétence d’enquêter sur les crimes de guerre et de les juger. »

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