(Beyrouth) – Les récentes attaques menées par les Houthis contre des navires commerciaux en mer Rouge et dans le golfe d’Aden ont probablement constitué des crimes de guerre dans au moins trois cas, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Les Houthis, qui contrôlent la partie nord-ouest du Yémen, ont mené ces attaques après avoir annoncé, le 20 juillet, leur intention d’imposer un embargo maritime à l’Arabie saoudite, qu’ils accusent d’imposer un blocus maritime et aérien saoudien à l’encontre du Yémen. Ces attaques ont visé au moins deux navires battant pavillon saoudien, un navire battant pavillon tanzanien et un navire battant pavillon dominiquais. Les attaques contre des civils ou des biens civils, commises avec une intention délibérée ou de manière imprudente, constituent des crimes de guerre.
« Les Houthis mettent à nouveau la vie de marins en danger de mort en attaquant des navires commerciaux, dans le cadre de leur conflit avec la coalition dirigée par l’Arabie saoudite », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Quelles que soient les considérations géopolitiques, les attaques contre des équipages civils menées délibérément ou par imprudence constituent des crimes de guerre. »
Lieux approximatifs des attaques houthies contre des navires commerciaux, documentées par Human Rights Watch (juillet-août 2026)
Le 24 août, les Houthis ont affirmé avoir pris pour cible au moins neuf navires depuis le 20 juillet. Les autorités saoudiennes et yéménites, une compagnie maritime et le capitaine d’un navire ont confirmé quatre de ces attaques : celles contre l’Encelia, le Daisy, le Tihamah et l’Amzan. Les Houthis ont affirmé que seule l’attaque contre le Tihamah visait un objectif militaire, précisant que ce navire transportait du matériel militaire saoudien.
Par ailleurs, le 24 juillet, l’Agence de presse saoudienne (SPA), et la société exploitante du navire NCC Masa ont déclaré que ce navire avait été pris pour cible par les Houthis en mer Rouge, une attaque que les Houthis n’ont pas revendiquée.
Human Rights Watch a examiné les données fournies par le site UKMTO (United Kingdom Maritime Trade Operations - Opérations commerciales maritimes du Royaume-Uni), ainsi que celles provenant de sites web de suivi des navires afin de corroborer le type de navire attaqué, ainsi que les lieux et les horaires signalés. Les chercheurs ont vérifié les photographies et une vidéo publiées en ligne après l’attaque contre le Tihamah.
Human Rights Watch a écrit à la société Bihar International Company (qui gère le Daisy et l’Encelia), à la société Bahri (qui gère l’Amzan), et à la société Thubab for Marine Services (propriétaire du Tihamah), au sujet de ces attaques, mais n’a reçu aucune réponse.
Les éléments de preuve examinés par Human Rights Watch, notamment les déclarations des Houthis et les informations accessibles au public concernant ces navires, indiquent que les Houthis savaient ou auraient dû savoir que l’Encelia, le Daisy et l’Amzan étaient des navires commerciaux transportant des civils. Human Rights Watch n’a pas pu confirmer la nature de leur cargaison. Cependant, les Houthis n’ont produit aucune preuve démontrant la présence de cibles militaires à bord de ces navires.
Le 23 juillet, les Houthis ont déclaré avoir pris pour cible la veille deux pétroliers battant pavillon saoudien, dont l’Encelia, en employant des missiles balistiques et de croisière, ainsi que des drones. L’Agence de presse saoudienne, citant l’Autorité générale des transports, a confirmé que l’Encelia avait été touché et avait pris feu au niveau de la proue. L’Autorité a également confirmé que tous les membres d’équipage étaient sains et saufs et que les autorités avaient sécurisé le navire et pris des mesures pour protéger l’environnement marin.
Le 25 juillet, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a mené des frappes militaires contre des sites qui, selon Turki al-Malki, porte-parole de la coalition, avaient été utilisés par les Houthis pour menacer des navires commerciaux en mer Rouge. Il a déclaré que la coalition « continuera à mettre en œuvre toutes les procédures et mesures opérationnelles nécessaires […] pour protéger nos navires ». Human Rights Watch n’a pas enquêté sur les frappes de la coalition, et n’a pas pu confirmer de manière indépendante la description des sites visés.
Le 5 août, les Houthis ont annoncé avoir pris pour cible le Daisy, un pétrolier battant pavillon de la Dominique. À 17 h 30, heure locale, le 5 août, le capitaine du Daisy a signalé une forte explosion alors que le navire naviguait vers l’ouest dans le golfe d’Aden et a indiqué que les ondes de choc de l’explosion avaient causé des dégâts mineurs, mais que l’équipage était sain et sauf, selon le site UKMTO. Par ailleurs, Marine Traffic, un site web de suivi des navires, a par la suite indiqué que le pétrolier avait ensuite poursuivi sa route vers Djibouti.
Le 11 août, les Houthis ont annoncé avoir pris pour cible le Tihamah, un cargo à pont battant pavillon tanzanien, dans le détroit de Bab el-Mandab. À 5 h 07, heure locale, Wadah Al-Dubaish, porte-parole des forces conjointes alliées au gouvernement yéménite sur la côte ouest du Yémen (opposé aux Houthis), a publié sur X qu’un ferry civil utilisé pour transporter des citoyens et des denrées alimentaires avait été pris pour cible près de Bab el-Mandab. Le dernier signal émis par le Tihamah a été reçu par le site web de suivi des navires Marine Traffic à 4 h 39, heure locale.
Selon le ministère des Transports du gouvernement yéménite, le navire a été touché par « trois missiles balistiques consécutifs ». L’attaque a tué au moins quatre membres de l’équipage – trois Pakistanais et un Indonésien – ainsi que deux sauveteurs de la garde côtière yéménite. L’attaque a également fait au moins dix blessés.
Bien que les Houthis aient déclaré par la suite que le Tihamah transportait du matériel militaire saoudien, le communiqué du ministère yéménite des Transports précise que le Tihamah est un navire civil commercial qui transportait des denrées alimentaires. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de confirmer la nature de la cargaison transportée par le navire. Trois photographies et une vidéo vérifiées par Human Rights Watch et géolocalisées dans le détroit de Bab el-Mandab montrent les conséquences de l’attaque. La vidéo montre de la fumée s’élevant du Tihamah. Human Rights Watch a écrit aux Houthis le 7 septembre pour leur demander de fournir des preuves de la présence de cibles militaires à bord, mais n’a reçu aucune réponse.
Le 24 août, les Houthis ont annoncé avoir pris pour cible l’Amzan, un pétrolier battant pavillon saoudien, à l’aide d’un missile balistique. Une heure plus tard, la société exploitante du pétrolier, Bahri, a publié un communiqué confirmant un incident lié à la sécurité impliquant ce navire et a annoncé que tous les membres d’équipage étaient sains et saufs, sans qu’aucun blessé ne soit signalé.
Le droit international humanitaire protège en tout temps les civils et les biens de caractère civil contre les attaques. Les parties à un conflit doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour s’assurer qu’une cible est un objectif militaire avant et pendant l’attaque, et doivent prendre des précautions pour minimiser les dommages causés aux civils. Toute personne qui commet des violations graves des lois de la guerre avec une intention criminelle – c’est-à-dire de manière intentionnelle ou par imprudence – peut être poursuivie pour crimes de guerre. Des individus peuvent également être tenus pénalement responsables pour avoir aidé, facilité, soutenu ou encouragé un crime de guerre. Les commandants et les combattants qui, sciemment ou par imprudence, attaquent des civils ou des biens civils, ou qui aident d’autres personnes à mener de telles attaques, peuvent être tenus pénalement responsables de crimes de guerre.
Dans le cas du Tihamah, Human Rights Watch n’a pas pu vérifier s’il y avait du matériel militaire à bord du navire. Toutefois, même si tel était le cas, toute attaque contre ce navire dont l’équipage est civil reste soumise aux exigences de proportionnalité. Les attaques disproportionnées comprennent celles susceptibles de causer des dommages excessifs aux civils et aux biens de caractère civil par rapport à l’avantage militaire concret et direct escompté de l’attaque.
Depuis novembre 2023, les Houthis ont attaqué à plusieurs reprises des navires commerciaux en mer Rouge mettant ainsi en danger les marins civils. Les Houthis avaient également déjà détenu 25 membres de l’équipage du Galaxy Leader, un transporteur de véhicules appartenant à une société britannique et exploité par une société japonaise, immatriculé aux Bahamas, et saisi ce navire. Ils ont retenu l’équipage pendant plus d’un an et continuent de détenir le navire. Human Rights Watch avait précédemment conclu que ces attaques constituaient probablement des crimes de guerre.
« Les membres d'équipages de navires civils ne devraient pas avoir à risquer leur vie pour exercer leur métier », a conclu Niku Jafarnia. « Les Houthis devraient mettre fin immédiatement et sans condition à toutes les attaques illégales contre les navires civils en mer Rouge et dans le golfe d’Aden. »
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