(Beyrouth, 9 septembre 2026) – Le Hezbollah a tiré illégalement des armes à sous-munitions, largement interdites, contre un village du nord d’Israël le 4 mars et le 15 mars 2026, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Ces attaques, qui n’ont fait aucune victime civile, ont été menées depuis le Liban lors d’une forte escalade du conflit entre Israël et le Hezbollah à partir du 2 mars, dans le cadre du conflit plus large dans la région entre les États-Unis et l’Iran.
« Les armes à sous-munitions ne devraient en aucun cas être utilisées, et leur emploi peut constituer un crime de guerre », a déclaré Patrick Thompson, chercheur auprès de la division Crises, conflits et armes à Human Rights Watch. « Non seulement ces armes sont intrinsèquement indiscriminées, mais les sous-munitions non explosées peuvent tuer et blesser des civils longtemps après la fin des hostilités. »
Les armes à sous-munitions sont tirées par des roquettes, des missiles ou d’autres projectiles, ou larguées depuis des avions. Elles s’ouvrent généralement dans le ciel, dispersant de manière indiscriminée sans discernement des dizaines de sous-munitions explosives (« mini-bombes »), sur une vaste zone. Mais de nombreuses sous-munitions n’explosent pas lors de l’impact initial au sol ; ces sous-munitions non explosées peuvent donc ensuite tuer ou blesser des personnes pendant des années, voire des décennies, tout comme des mines terrestres, à moins d’être retirées et détruites.
En mai dernier, des chercheurs de Human Rights Watch se sont rendus à Metula, dans le nord d’Israël, et ont confirmé l’utilisation d’armes à sous-munitions, analysé les sites d’impact et interrogé quatre témoins. Le Hezbollah a revendiqué sur les réseaux sociaux des tirs de roquettes contre Metula les 4 et 15 mars, mais, en réponse à une demande de commentaires de Human Rights Watch, a nié avoir utilisé des armes à sous-munitions, voire d’en posséder.
Malgré les cessez-le-feu proclamés le 17 avril et le 20 juin, les attaques israéliennes ont tué au moins 4 381 personnes au Liban depuis le début de l’escalade du conflit, dont 261 enfants, 399 femmes et 135 professionnels de santé, selon le ministère libanais de la Santé. Israël a continué à ordonner à des civils libanais de quitter leurs foyers, provoquant le déplacement de plus d’un million de personnes, ce qui pourrait constituer une forme de déplacement forcé, un crime de guerre.
Les tirs de roquettes menés par le Hezbollah contre le nord d’Israël entre mars et juin y ont tué deux civils, selon un article publié par le Times of Israel le 30 juin. Le Hezbollah a également tiré des roquettes non guidées sur des zones peuplées en Israël, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. L’utilisation de ces armes, qui ne permettent pas de faire la distinction entre les objectifs militaires et les civils ou les biens de caractère civil, est illégalement indiscriminée et fait courir un danger prévisible et durable aux civils, en violation des lois de la guerre.
Human Rights Watch a précédemment documenté l’utilisation fréquente d’armes à sous-munitions par Israël dans le sud du Liban, ainsi que l’utilisation de ces armes par le Hezbollah en Israël. Selon le journal britannique The Guardian, Israël a de nouveau utilisé des armes à sous-munitions dans le sud du Liban en 2025.
L’attaque menée par le Hezbollah le 4 mars a frappé une rue résidentielle au sud de Metula, près du cimetière de cette localité. Un homme âgé de 57 ans, Hagai (dont le nom complet n’est pas divulgué pour des raisons de sécurité), y vit dans avec sa femme et ses deux enfants. Il a raconté que sa famille s’est réfugiée dans un abri situé à l’extérieur de leur maison, après avoir entendu les sirènes locales vers 16 heures, ce jour-là. Ils venaient tout juste de fermer la porte de l’abri, lorsqu’ils ont entendu plusieurs explosions à l’extérieur.
Conformément aux consignes des autorités israéliennes, ils ont attendu 10 minutes avant de sortir de l’abri. Mais les soldats postés à l’extérieur leur ont demandé de rester à l’intérieur jusqu’au lendemain, le temps qu’ils procèdent au déminage de la zone.
Les sous-munitions ont endommagé les deux voitures de Hagai de manière irréparable ; une sous-munition a atterri sur le toit de sa maison. Douze fenêtres ont été endommagées, et des sous-munitions ont sectionné deux canalisations d’eau. Il craint désormais pour la sécurité de ses enfants.
« Mon fils joue au basket ici », a-t-il déclaré. « Si le ballon roule en bas de la colline dans l’herbe, je lui dis de ne pas y toucher. Ils ont inspecté toute la zone à la recherche de bombes non explosées, mais qui sait ? Je ne sais pas dans quelle mesure ils peuvent inspecter minutieusement les buissons. »
Hagai a ajouté que l’armée israélienne avait dénombré environ 50 cratères d’impact. Bien que la route ait été déjà repavée lorsque les chercheurs de Human Rights Watch sont arrivés, ils ont encore pu identifier sept cratères d’impact qui correspondraient visiblement à des sous-munitions, compte tenu de leur taille relativement petite et de leur répartition.
Human Rights Watch a analysé des photographies prises par un journaliste avant le réaménagement de la route, qui montraient d’autres cratères à l’extérieur de la maison de Hagai. Des éclats provenant des sous-munitions ont touché une autre maison située à environ 50 mètres de là, endommageant les fenêtres. La propriétaire, qui a souhaité rester anonyme, a déclaré qu’il y avait encore plusieurs sous-munitions non explosées à l’extérieur de sa maison.
Le 4 mars, à Metula un porte-parole de la police israélienne a déclaré qu’une arme à sous-munitions avait frappé le nord d’Israël. La police a diffusé une photo d’une sous-munition non explosée qui semble être une sous-munition de type BRB1. Cette sous-munition est lancée à partir d’une roquette de 122 mm, qui contiendrait entre 45 et 56 sous-munitions de BRB1 (ou A-09).
Human Rights Watch n’a pas pu confirmer le lieu où la photo a été prise, mais les chercheurs n’ont trouvé aucune version de cette photo mise en ligne avant le 4 mars. Les témoignages faisant état d’environ 50 impacts de sous-munitions à Metula le 4 mars concordent avec le nombre de sous-munitions que le système de lancement BRB1 est censé contenir, tout comme les cratères analysés par Human Rights Watch. De telles sous-munitions avaient déjà été identifiées dans le sud du Liban en septembre 2024. Une déclaration publié peu après par la Coalition contre les armes à sous-munitions (Cluster Munition Coalition) suggérait qu’elles avaient été éjectées d’un site de stockage qui avait été attaqué.
L’attaque du 15 mars a frappé la zone près de l’entrée de Metula. Une habitante du quartier a déclaré avoir entendu plusieurs explosions quasi simultanées. Les autorités municipales ont contacté le compte WhatsApp d’un groupe dédié à la sécurité des habitants, indiquant qu’il s’agissait d’une arme à sous-munitions. L’habitante a ajouté que l’armée avait demandé aux habitants de ne pas quitter leur domicile pendant 24 heures, le temps de procéder au déminage.
La route de cette zone de Metula était encore en cours de réfection lors de la visite de Human Rights Watch, mais les chercheurs ont repéré un cratère correspondant à l’impact d’une sous-munition. Ils ont géolocalisé une vidéo mise en ligne sur Telegram le 15 mars, montrant une trentaine de petites explosions autour de l’entrée du village, ce qui correspond à une attaque employant une arme à sous-munitions. Les chercheurs ont pu identifier cette zone comme étant celle où des témoins avaient déclaré avoir vu la frappe de l’arme à sous-munitions. Aucune victime civile ni aucun dommage majeur aux infrastructures n’ont été signalés.
La Convention de 2008 sur les armes à sous-munitions, qui compte 112 États parties et a été signée par 12 autres États, interdit totalement ces armes, et impose le déminage des zones contaminées ainsi que l’aide aux victimes. Bien que le Liban soit un État partie, le traité ne lie pas formellement le Hezbollah en tant que groupe armé non étatique.
Néanmoins, le Hezbollah est soumis au droit international humanitaire, qui rassemble les lois de la guerre. Le droit international humanitaire impose aux parties à un conflit de veiller en permanence, lors des opérations militaires, à épargner la population civile et de prendre « toutes les précautions pratiquement possibles » pour éviter ou réduire au minimum les pertes accidentelles de vies civiles, et les dommages causés aux biens de caractère civil.
Le droit international humanitaire exige également que toutes les parties fassent la distinction entre les objectifs militaires, d’une part, et les civils et les biens de caractère civil, d’autre part, et ne visent que des objectifs militaires. Les personnes qui commettent des violations graves des lois de la guerre avec une intention criminelle – c’est-à-dire de manière intentionnelle ou par imprudence – sont susceptibles d’être poursuivies pour crimes de guerre.
Comme les armes à sous-munitions dispersent des sous-munitions sur une vaste zone et que les sous-munitions non explosées constituent un danger longtemps après la fin des hostilités, leur utilisation dans des zones civiles équivaut à une violation des principes de précaution et de distinction. Le fait de diriger intentionnellement de telles attaques contre la population civile constitue un crime de guerre.
Israël n’est pas un État partie à la Convention sur les armes à sous-munitions. Ce pays devrait adhérer d’urgence à cette convention et cesser la fabrication, le transfert et l’utilisation d’armes à sous-munitions, ainsi que s’engager à déminer les armes à sous-munitions non explosées dans toutes les zones sous son contrôle effectif.
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« L’utilisation d’armes à sous-munitions dans des zones civiles constitue une violation flagrante du droit international », a conclu Patrick Thompson. « Le Hezbollah et toutes les parties au conflit devraient respecter les lois de la guerre. »
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