Déclaration de Human Rights Watch sur l’Afghanistan, lors de la 63ème session du CDH à Geneve, le 07.09.26
Monsieur le Président,
Nous remercions le Rapporteur spécial pour son dernier rapport, qui dresse un sombre bilan de l’évolution de la situation au cours de l’année écoulée, et met en lumière l’impact dévastateur des politiques menées depuis cinq années par les talibans, sur les droits des enfants dans ce pays.
En outre, depuis 2021, les autorités talibanes privent systématiquement les femmes et les filles de leurs droits fondamentaux. Les persécutions fondées sur le genre se sont enracinées au cours de l’année écoulée, démantelant encore davantage des protections juridiques déjà limitées. Entre autres mesures, un nouveau code de procédure pénale ne reconnaît que les coups « excessifs » comme relevant de la violence conjugale à l’égard des femmes ; les survivantes d’autres formes de maltraitance sont ainsi privées de tout recours à la justice. Un décret sur la séparation judiciaire des conjoints supprime les protections relatives à l’âge minimum pour le mariage des filles.
Les journalistes, les défenseur.e.s des droits humains, les manifestant.e.s pacifiques et les ex-fonctionnaires de l’ancien gouvernement continuent d’être victimes de détentions arbitraires, de disparitions forcées, de tortures et d’autres violations graves.
Les États membres de l’ONU devraient faire preuve de détermination, et élaborer une stratégie crédible en matière de protection, de prévention et de reddition de comptes en Afghanistan.
Le suivi indépendant, les rapports et le dialogue du Rapporteur spécial de l’ONU avec la société civile afghane restent indispensables. Nous exhortons tous les pays à soutenir le renouvellement intégral de son mandat, à œuvrer à la mise en œuvre de ses recommandations et à veiller à ce que son bureau dispose des ressources nécessaires ; nous demandons que des rapports réguliers soient présentés sur la situation.
Le nouveau mécanisme indépendant du Conseil concernent la reddition de comptes en Afghanistan constituera un outil essentiel et complémentaire. Il devrait être mis en place de toute urgence et doté d’effectifs et de moyens financiers suffisants pour collecter, conserver et analyser les preuves d’abus en toute sécurité, identifier les responsables des violations et constituer des dossiers en vue de procédures judiciaires nationales et internationales.
Les pays ne devraient pas normaliser leurs relations avec les talibans, en l’absence de critères clairs et mesurables en matière de droits humains. Et aucun État ne devrait renvoyer de force quiconque en Afghanistan, où la persécution est systématique et bien documentée. En outre, les États devraient ériger l’apartheid de genre en crime contre l’humanité en vertu du droit international, et soutenir et protéger les efforts de la Cour pénale internationale visant à poursuivre les responsables de persécutions fondées sur le genre et d’autres crimes internationaux graves commis en Afghanistan.
Les victimes et les survivant.e.s afghan.e.s, ainsi que leurs familles, attendent depuis bien trop longtemps la vérité, la justice et des réparations.
Merci.
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