- Les poursuites engagées par le gouvernement sri-lankais concernant les graves violations commises par le passé ont pris du retard, ce qui suscite des inquiétudes quant aux progrès futurs.
- De nombreuses affaires de disparitions forcées, de torture et d’assassinats restent au point mort, tandis que les familles des victimes et les défenseurs des droits humains font l’objet de menaces et d’intimidations.
- Le gouvernement Dissanayake devrait redoubler d’efforts pour garantir une véritable responsabilisation face à des décennies d’impunité, tandis que le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et le Conseil des droits de l’homme devraient exhorter le gouvernement à démontrer son engagement en faveur de la justice.
(Genève, le 1er septembre 2026) – Les poursuites engagées par le gouvernement sri-lankais concernant les graves violations commises par le passé ont pris du retard, ce qui soulève des inquiétudes quant aux progrès futurs, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Les responsables des Nations Unies et les États membres de l’ONU siégeant au Conseil des droits de l’homme devraient appeler le gouvernement du président Anura Kumara Dissanayake à faire preuve d’une plus grande détermination pour traiter les affaires emblématiques en matière de droits humains, et à coopérer avec les efforts internationaux visant l’obligation de rendre des comptes.
Ce rapport de 49 pages, intitulé « “Not Genuine with Justice” : Sri Lanka’s Lack of Will to Prosecute Past Abuses » (« Pas de véritable justice : Absence de volonté de poursuivre les auteurs d’abus passés au Sri Lanka »), dresse un bilan des efforts judiciaires nationaux dans sept affaires marquantes de violations graves, dans lesquelles le gouvernement Dissanayake a réalisé certains progrès depuis son arrivée au pouvoir en 2024. Human Rights Watch a toutefois constaté que de plusieurs affaires emblématiques, notamment le massacre de travailleurs humanitaires, les attaques ciblées contre des journalistes et les disparitions forcées d’universitaires et d’autres personnes, restent au point mort, tandis que les familles des victimes et les défenseurs des droits humains font l’objet de menaces et d’intimidations.
« Le gouvernement Dissanayake devrait rompre avec la pratique des gouvernements précédents consistant à retarder et à refuser la justice pour les violations graves », a déclaré Lucy McKernan, directrice du plaidoyer auprès du Conseil des droits de l'homme de l’ONU, à Human Rights Watch. « Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies devrait exhorter le gouvernement sri-lankais à prendre des mesures crédibles en vue de la reddition de comptes pour les crimes passés et à mettre fin aux représailles contre les victimes, leurs familles et les défenseurs des droits humains. »
Human Rights Watch a mené des entretiens avec 32 victimes d’exactions, des proches de personnes disparues, ainsi que des avocats et d’autres défenseurs des droits humains, et a examiné de manière approfondie des documents judiciaires et d’autres sources.
Des dizaines de milliers de personnes ont été torturées, ont fait l’objet de disparitions forcées, ont été enlevées et tuées par les forces de sécurité gouvernementales et des groupes armés non étatiques pendant l’insurrection marxiste qui a secoué le sud du Sri Lanka entre 1987 et 1989, ainsi que pendant la guerre civile opposant le gouvernement aux Tigres de libération de l’Eelam tamoul (Liberation Tigers of Tamil Eelam, LTTE), qui a pris fin en 2009.
Le Sri Lanka a un passé marqué par des tentatives infructueuses visant à rendre justice pour les exactions commises par le passé. Depuis les années 1990, les gouvernements successifs ont nommé plus de dix commissions chargées d’enquêter sur les violations des droits humains, mais aucune n’a abouti à des poursuites judiciaires ni révélé ce qu’il était advenu des milliers de personnes disparues. Divers gouvernements sri-lankais n’ont soit réalisé que des progrès minimes dans ces affaires, soit sont activement intervenues pour bloquer les rares enquêtes pénales en cours.
« Les fouilles [des fosses communes] ne suffiront pas à elles seules à rendre justice », a déclaré un proche d’une victime de disparition à Jaffna. « Les responsables de ces exactions seront-ils amenés à rendre des comptes ? » Les enquêteurs ont exhumé les restes humains de 582 personnes d’une fosse commune à Chemmani, près de Jaffna, mais aucun progrès apparent n’a été enregistré dans l’identification des victimes ou la détermination de ce qui leur est arrivé.
Le gouvernement Dissanayake a réalisé quelques progrès dans des enquêtes importantes qui avaient auparavant été bloquées. Il s’agit notamment de l’enquête sur le meurtre, en 2009, d’un rédacteur en chef de journal, Lasantha Wickrematunge ; de la disparition forcée, en 2010, d’un journaliste, Prageeth Ekneligoda ; et de la disparition forcée, perpétrée par des agents des services de renseignement de la marine, de 11 jeunes hommes qui avaient été retenus contre rançon en 2008 et 2009.
Une enquête sur un complot présumé impliquant des hauts responsables du gouvernement, à l’origine des attentats du dimanche de Pâques 2019 qui ont fait 269 morts, n’a pu être menée qu’après l’entrée en fonction du président Dissanayake. En février 2026, la police a arrêté Suresh Sallay, un ancien officier des services de renseignement militaire, pour collusion avec un groupe islamiste accusé d’avoir perpétré ces attentats. En juin, un tribunal sri-lankais a interdit à l’ancien président Gotabaya Rajapaksa et à deux autres officiers des services de renseignement militaire de se rendre à l’étranger dans le cadre des enquêtes en cours sur ces attentats.
Malgré ces progrès limités, le gouvernement Dissanayake n’a pas réagi avec l’urgence nécessaire pour mettre fin à l’impunité dont bénéficient les auteurs de graves violations, a constaté Human Rights Watch. Aucun progrès n’a été enregistré dans d’autres affaires importantes impliquant de hauts responsables, notamment le meurtre, en 2006, de cinq étudiants tamouls et le massacre de 17 membres, pour la plupart tamouls, de l’organisation humanitaire française Action contre la Faim. Vingt ans plus tard, personne n’a été arrêté, et encore moins poursuivi, pour ces meurtres.
Le gouvernement Dissanayake n’a pas accepté de coopérer avec le Sri Lanka Accountability Project (« Projet de responsabilisation du Sri Lanka »), mis en place par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies pour recueillir des preuves de violations graves des droits humains. Le gouvernement n’a pas non plus donné suite à son engagement à mettre en place une Direction des poursuites publiques (Directorate of Public Prosecution), chargée de poursuivre en toute indépendance les auteurs des violations commises par le passé.
Au lieu de cela, le gouvernement Dissanayake a soutenu les initiatives des gouvernements précédents, telles que le Bureau des personnes disparues et le Bureau des réparations, que de nombreuses familles de victimes ont rejetées car elles les considèrent comme des manœuvres visant à retarder la justice.
Depuis la fin de la guerre civile en 2009, l’ONU a joué un rôle important dans la promotion de la justice et de la responsabilité, tout en s’efforçant de mettre fin aux violations en cours. Le rapport de 2011 du Groupe d’experts du Secrétaire général de l’ONU et l’enquête menée en 2015 sur le Sri Lanka par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) ont mis en évidence de nombreux crimes de guerre et autres violations commis par les deux camps pendant la guerre civile. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a par ailleurs adopté une série de résolutions visant à garantir la responsabilité des auteurs de ces actes.
Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et le HCDH devraient continuer à examiner les progrès réalisés par le gouvernement Dissanayake en matière de justice et faire pression pour que des mesures soient prises afin de mettre fin à des décennies d’impunité, a déclaré Human Rights Watch.
« Le gouvernement Dissanayake devrait redoubler d’efforts pour garantir une véritable responsabilisation concernant les meurtres et les disparitions survenus lors des conflits passés », a conclu Lucy McKernan. « Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et les États membres du Conseil des droits de l’homme devraient exhorter le gouvernement Dissanayake à concrétiser son engagement déclaré en faveur de la justice au Sri Lanka. »
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