Skip to main content
Faire un don

ONU : Maintenir la force internationale au Liban pour protéger les civils

Alors que le retrait de la FINUL du sud du pays est planifié, les attaques contre la population et les déplacements massifs se poursuivent

Un véhicule blindé de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) patrouillait sur une route près des décombres d’un immeuble, dans un village situé dans le sud du Liban, le 29 avril 2026.   © 2026 Frédéric Pétry/Hans Lucas via Reuters

(New York) – Le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait veiller à ce que la force internationale déployée dans le sud du Liban y demeure, afin de protéger les civils et d’empêcher de nouveaux abus par l’armée israélienne et le Hezbollah, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

En août 2025, le Conseil de sécurité a décidé à l’unanimité de « proroger pour la dernière fois » le mandat de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), déployée pour la première fois en 1978, et ce jusqu’au 31 décembre, date à laquelle elle devrait entamer son retrait progressif. Cette résolution a été adoptée avant la dernière escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah en mars 2026, et avant que les forces israéliennes ne déplacent des centaines de milliers de civils et n’occupent de vastes portions du sud du Liban. Les actes délibérés de déplacement de populations sont susceptibles de constituer le crime de guerre de déplacement forcé.

« Mettre prématurément fin à la FINUL sans qu’une force internationale suffisamment robuste soit mise en place reviendrait à abandonner de fait des millions de civils libanais, qui seraient alors livrés à un sort incertain et potentiellement désastreux », a déclaré Louis Charbonneau, Directeur du plaidoyer auprès des Nations Unies à Human Rights Watch. « Les missions de l’ONU ne sont peut-être pas une solution durable, mais les casques bleus jouent un rôle dissuasif essentiel contre les attaques visant les civils et les violations des droits humains. »

L’ONU devrait reporter le départ de la FINUL et prolonger le mandat de la mission au-delà du 31 décembre 2026, jusqu’à ce que la situation sécuritaire s’améliore suffisamment pour envisager une nouvelle réduction des effectifs, a déclaré Human Rights Watch. Si les États-Unis sont en mesure de bloquer toute décision du Conseil de sécurité visant à prolonger la présence de la FINUL, d’autres membres du Conseil sont favorables à cette prolongation et plusieurs options, relevant ou non du cadre des Nations Unies, ont été proposées. 

Conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité, adoptée en août 2006 après 34 jours d’hostilités entre Israël et le Hezbollah, le mandat de la FINUL consiste entre autres à soutenir les forces armées libanaises, à surveiller le cessez-le-feu et à signaler les violations commises le long de la « ligne bleue » qui sépare le Liban d’Israël et de la zone occupée du plateau du Golan. Ce mandat autorise également la FINUL « à protéger les civils exposés à une menace imminente de violences physiques ». 

Le retrait de la FINUL devrait s’étaler sur un an, conformément au calendrier prévu par la résolution 2790 (2025). Cette résolution précise que la FINUL sera autorisée « à contribuer à la protection des civils et à l’acheminement en toute sécurité de l’aide humanitaire sous la direction de civils » tout au long de son retrait.  

En août 2025, le représentant des États-Unis auprès des Nations Unies a déclaré aux membres du Conseil de sécurité que la situation sécuritaire au Liban s’était améliorée, affirmant qu’elle était « radicalement différente de ce qu’elle était il y a à peine un an ». Depuis lors, la situation sécuritaire dans le sud du Liban s’est considérablement détériorée, a déclaré Human Rights Watch.

Malgré la proclamation d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah le 17 avril, et le lancement de pourparlers entre Israël et le gouvernement libanais sous l’égide des États-Unis, le Hezbollah et l’armée israélienne n’ont toujours pas mis fin à leurs attaques. Les attaques des forces israéliennes, qui font des victimes parmi la population civile libanaise et provoquent des déplacements massifs de population, se sont poursuivies sans interruption. Depuis l’escalade des hostilités le 2 mars, les attaques israéliennes ont fait plus de 4 333 morts et plus de 12 250 blessés au Liban, selon le ministère libanais de la Santé

L’ONU a par ailleurs indiqué que des membres de la FINUL avaient été victimes d’attaques meurtrières pendant les dernières hostilités. 

Les États-Unis et Israël ont clairement indiqué qu’ils s’opposaient à la prolongation du mandat de la FINUL au-delà de 2026, même si pas moins de 14 des 15 membres du Conseil de sécurité seraient favorables à un report du retrait de la FINUL, selon les déclarations de plusieurs diplomates à Human Rights Watch.

En tant que membre permanent du Conseil de sécurité, les États-Unis pourraient faire usage de leur droit de veto pour bloquer toute tentative visant à prolonger le mandat de la FINUL ou à retarder sa fin. 

Christina Markus Lassen, ambassadrice du Danemark auprès des Nations Unies, qui assume la présidence tournante du Conseil pour le mois d’août, a déclaré lors d’une réunion publique avec des organisations de la société civile que le Conseil devrait réexaminer la décision de mettre fin au mandat de la FINUL, celle-ci ayant été prise avant l’escalade actuelle des hostilités au Liban. 

En juillet, la Mission permanente du Liban a adressé aux membres du Conseil une lettre conjointe signée par 86 députés libanais, dans laquelle sont exposés les arguments selon lesquels, compte tenu de la situation sécuritaire précaire dans le pays, la FINUL devrait non seulement maintenir sa présence dans le sud du Liban, mais aussi voir ses capacités renforcées. 

L’ambassadeur chinois auprès des Nations Unies, Fu Cong, a déclaré en mai que le Conseil de sécurité devrait réexaminer la décision de mettre fin au mandat de la FINUL, soulignant qu’aucun cessez-le-feu réel n’était en vigueur.

D’autres options sont à l’étude concernant une présence internationale au Liban. La résolution d’août 2025 priait le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, à proposer des options concernant « les moyens d’appliquer la résolution 1701 (2006) après le retrait de la FINUL ».

En juin, Antonio Guterres a remis une note adressée au conseil qui proposait ce qui revenait, pour l’essentiel, aux trois variantes d’une même option : le déploiement d’une force de maintien de la paix de petite, moyenne ou grande envergure. Même la variante la plus ambitieuse resterait nettement plus modeste que la FINUL. Antonio Guterres n’a pas évoqué la possibilité de simplement reporter le retrait de la FINUL.

En juin, le président français Emmanuel Macron et la première ministre italienne Giorgia Meloni ont annoncé leur intention de former une coalition multinationale destinée à prendre la relève de la FINUL après son départ. Bien que les détails de cette initiative restent encore flous, la France, l’Italie et l’Espagne comptent parmi les principaux contributeurs de troupes à la FINUL, qui compte actuellement près de 7 500 Casques bleus issus de 47 pays. Cette coalition ne serait vraisemblablement pas une mission des Nations Unies, même si elle pourrait solliciter l’autorisation de l’ONU à l’instar des récentes missions en Haïti.

La Turquie a également laissé entendre qu’elle pourrait apporter son soutien aux forces armées libanaises après le départ de la FINUL. Cependant, tant les forces armées turques que l’armée libanaise ont été impliquées dans des abus commis en Syrie. 

Le gouvernement libanais et les membres du Conseil de sécurité devraient veiller à ce que la protection des civils soit une priorité pour toute future force internationale au Liban, a déclaré Human Rights Watch. Une telle force devrait être dotée des moyens nécessaires pour surveiller et rendre compte publiquement des atteintes aux droits humains et des violations du droit international humanitaire commises par toutes les parties au conflit, et soutenir les efforts visant à traduire les responsables en justice.

« Le Conseil de sécurité ne devrait pas laisser les civils libanais sans protection », a conclu Louis Charbonneau. « Le Conseil porterait une grande part de responsabilité, si le départ de la FINUL créait un vide sécuritaire ouvrant la voie à de nouveaux abus. »

...............

Your tax deductible gift can help stop human rights violations and save lives around the world.