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Le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping se serraient la main, lors de leur rencontre officielle à Busan, en Corée du Sud, le 30 octobre 2025. Les deux chefs d’État se sont à nouveau rencontrés à Washington, fin septembre 2026. © 2025 Mark Schiefelbein/AP Photo

Lorsque des discussions à Washington entre le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping, les droits de douane, l’intelligence artificielle et Taïwan seront probablement à l’ordre du jour. Il est toutefois presque certain qu’un sujet ne sera pas abordé : les droits humains.

L’ampleur et la nature des violations commises par les deux dirigeants sont certes différentes, mais leurs actions reflètent un mépris commun a l’égard des normes internationales en matière de droits humains, qui visent à limiter le pouvoir de l’État sur les individus. 

Xi Jinping a passé la dernière décennie à superviser des crimes contre l’humanité à l’encontre des musulmans ouïghours, à démanteler les libertés à Hong Kong, à emprisonner ses détracteurs et à étendre un réseau de lois répressives et de surveillance.

Trump a passé son second mandat à appliquer des politiques d’immigration abusives, à supprimer les protections fédérales en matière de droits civils, à superviser des crimes de guerre en Iran et des exécutions extrajudiciaires dans les Caraïbes, et à s’en prendre aux institutions juridiques internationales.

Le danger est que cette rencontre ne laisse entendre qu’une seule voix : celle de la force plutôt que celle du droit.

Les deux dirigeants ont instrumentalisé les griefs populaires pour consolider leur pouvoir. La campagne anti-corruption de Xi, bien qu’accueillie favorablement par l’opinion publique chinoise, a également permis d’éliminer ses rivaux politiques. La répression anti-immigrés et l’attaque contre les institutions internationales menées par Trump, saluées par ses partisans, ont érodé les normes en matière de droits humains et inspiré des régimes autoritaires ailleurs dans le monde.

Les gouvernements ont la responsabilité légitime de lutter contre la corruption, de réglementer l’immigration et de mener à bien les programmes politiques plébiscités par la population. Mais de telles politiques ne peuvent justifier des violations des droits fondamentaux, que ce soit sur le territoire national ou à l’étranger.

Les deux dirigeants sont à la tête de pays où la richesse et le pouvoir sont de plus en plus concentrés. Aux États-Unis, Trump s’est aligné sur les dirigeants des géants de la tech qui tirent profit de ses positions sur les centres de données et la déréglementation. En Chine, alors que les élites du Parti communiste détiennent à la fois le pouvoir et l’accès aux ressources, cette concentration aboutit en fin de compte à une seule personne : Xi Jinping.

Lors de la rencontre des deux dirigeants, la réaction dans les rues de Washington pourrait être modérée. Les organisateurs des manifestations ont déclaré à Human Rights Watch qu’ils craignaient des pressions de part et d’autre : le harcèlement, la surveillance et d’éventuelles violences de la part du gouvernement chinois à l’encontre des manifestants, ainsi que la répression américaine en matière d’immigration, car de nombreux manifestants sont issus de communautés de la diaspora chinoises.

Mais les mêmes forces qui ont contribué à mener les dirigeants américains et chinois à ce tournant illibéral laissent également entrevoir une réponse plus constructive.

Le « choc chinois » – la perte d’emplois industriels américains due à une délocalisation rapide – alimente depuis des années la colère politique au sein des communautés américaines touchées, contribuant à la montée en puissance de Trump. Si les travailleurs chinois ont bénéficié de ces emplois, la mondialisation a également renforcé la capacité du gouvernement chinois à les contrôler et à les exploiter, contribuant ainsi à la consolidation du pouvoir de Xi Jinping.

Une réponse fondée sur la défense des droits ne devrait pas opposer les travailleurs américains et chinois, mais reconnaître leur intérêt commun pour des protections plus solides des travailleurs. Les citoyens américains devraient faire pression sur leurs représentants pour qu’ils soutiennent des politiques renforçant la capacité des travailleurs américains à défendre leurs propres intérêts, notamment en adoptant la loi PRO (Protecting the Right to Organize - Protéger le droit de former des syndicats) aux États-Unis, et pour qu’ils soutiennent les syndicats indépendants en Chine.

Les travailleurs américains devraient encourager les législateurs à renforcer les lois susceptibles de mettre fin à une course mondiale vers le bas en matière de protection du travail et de l’environnement, notamment en interdisant le travail forcé. La loi américaine sur la prévention du travail forcé des Ouïghours (Uyghur Forced Labor Prevention Act), par exemple, vise à mettre fin au travail forcé au Xinjiang. En fin de compte, les gouvernements démocratiques devraient repenser de manière ambitieuse les moyens d’intégrer les coûts sociaux et environnementaux de la Chine dans leurs politiques commerciales.

Alors que Trump et Xi cherchent à démanteler l’ordre international, rares sont les gouvernements qui semblent disposés à le défendre. Le Premier ministre canadien Mark Carney a prononcé un discours percutant à Davos, appelant à une approche de « puissance intermédiaire » pour résister aux hégémons, mais ni lui ni les dirigeants espagnols et brésiliens n’ont exigé de Xi qu’il respecte ces normes. Si deux puissances dominantes normalisent cette vision du monde, les petits gouvernements se sentiront légitimés à faire de même.

À tout le moins, les gouvernements respectueux des droits devraient défendre le système international des droits humains, qui a joué un rôle essentiel dans la promotion de la dignité humaine et des libertés fondamentales depuis la Seconde Guerre mondiale. Ils devraient demander des comptes au gouvernement chinois pour les crimes contre l’humanité commis à l’encontre des Ouïghours et défendre des institutions telles que la Cour pénale internationale lorsqu’elles sont attaquées par l’administration Trump.

Lorsque Trump et Xi se rencontrent et sourient devant les caméras, la question n’est pas de savoir quel genre d’accord ils concluront entre eux, mais plutôt de savoir comment les citoyens de divers pays feront face au monde que les deux chefs d’État tentent de construire : un monde où les détenteurs du pouvoir ne rendent de comptes qu’à eux-mêmes.

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