(New York, 21 septembre 2026) – Les dirigeants mondiaux réunis à New York du 22 au 28 septembre, à l’occasion de la 81ème session annuelle de l’Assemblée générale des Nations Unies, devraient s’engager à défendre les droits humains, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Ils devraient contrer les tentatives visant à saper l’obligation de rendre des comptes pour les crimes internationaux graves, ainsi que le travail de l’ONU et d’autres institutions internationales jouant un rôle vital.
Des dizaines de dirigeants et de ministres des Affaires étrangères des 193 pays membres de l’ONU participeront au débat général de l’Assemblée générale. Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva devrait prononcer le premier discours le 22 septembre ; il sera suivi par le président américain Donald Trump. Parmi les autres orateurs de la première journée figurent les dirigeants de la Turquie, de la France, du Royaume-Uni et du Japon.
« L’ONU et d’autres organisations internationales créées pour protéger les droits humains sont attaquées par des pays qui s’étaient engagés à les défendre », a déclaré Louis Charbonneau, directeur de plaidoyer auprès de l’ONU à Human Rights Watch. « Tous les pays membres de l’ONU devraient condamner les tentatives des États-Unis, de la Russie, de la Chine et d’autres pays visant à démanteler le système international des droits humains, et à détruire les voies permettant de demander des comptes en cas d’abus. »
Le président palestinien Mahmoud Abbas participera à distance pour la deuxième année consécutive, les États-Unis ayant refusé de lui accorder, ainsi qu’à d’autres responsables palestiniens, des visas pour se rendre au siège de l’ONU.
Parmi les questions qui seront probablement abordées par les dirigeants figurent celles-ci : les conséquences mondiales de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran ; les violations persistantes commises par les forces israéliennes contre les Palestiniens à Gaza, et leur soutien aux violences des colons en Cisjordanie ; les violations du droit de la guerre commises par la Russie en Ukraine ; ainsi que les risques liés à l’intelligence artificielle et au changement climatique.
Les dirigeants mondiaux devraient réclamer que les auteurs des atrocités et des violations des droits humains qui se poursuivent au Soudan, en République démocratique du Congo, au Myanmar, en Haïti, en Afghanistan et ailleurs aient à répondre de leurs actes.
Dans le même temps, ils devraient unir leurs efforts pour contrer l’offensive croissante contre les droits humains à travers le monde – y compris dans des démocraties établies de longue date comme les États-Unis et dans des pays européens – ainsi que contre les lois internationales et les organisations créées pour promouvoir et protéger ces droits.
Dans son Rapport mondial 2026, Human Rights Watch avait appelé les gouvernements engagés en faveur du respect des droits humains à former une coalition de pays partageant les mêmes valeurs afin de résister aux efforts déployés par les États-Unis et d’autres puissances pour saper le droit international.
Les États-Unis ont annoncé une campagne visant à « démanteler » la Cour pénale internationale (CPI), alors que l’administration Trump cherche à protéger les responsables américains et israéliens du contrôle exercé par la Cour. En 2024, la CPI a délivré des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant, les accusant de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis à Gaza.
La campagne américaine contre la CPI, qui comprend des sanctions punitives contre des responsables et des juges de la Cour, trois organisations palestiniennes de défense des droits humains et une experte de l’ONU, menace l’accès à la justice des victimes à travers le monde. Les enquêtes de la CPI portent notamment sur des crimes contre l’humanité et d’autres crimes internationaux graves au Myanmar, au Soudan, en Afghanistan, aux Philippines et en Ukraine. La CPI a également délivré des mandats d’arrêt contre le président russe Vladimir Poutine et de hauts responsables russes pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis en Ukraine.
Les gouvernements devraient profiter du débat général de l’Assemblée générale et des rencontres organisées en marge de celui-ci pour s’engager à soutenir la CPI et toutes les personnes qui travaillent avec elle à la recherche de la justice, et prendre des mesures pour atténuer les conséquences des attaques américaines contre la justice, a déclaré Human Rights Watch. Avec trois autres organisations de défense des droits humains, Human Rights Watch a engagé une action en justice devant un tribunal fédéral américain contre l’administration Trump au sujet des sanctions visant la CPI.
Les États membres de l’ONU devraient également s’opposer aux efforts déployés par les États-Unis et d’autres gouvernements pour porter atteinte aux droits humains des réfugiés et des migrants, des femmes et des filles, ainsi que des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT), entre autres, et défendre les protections existantes en matière d’égalité et de non-discrimination. Ils devraient s’opposer activement à l’augmentation alarmante des initiatives prises par certains pays pour contester, faire reculer ou supprimer les normes internationales bien établies relatives à l’égalité entre les sexes des mandats de l’ONU, notamment des décisions du Conseil de sécurité.
Alors que de nombreuses délégations se concentreront sur les questions de paix et de sécurité et sur le développement, les dirigeants mondiaux devraient s’engager publiquement à garantir que le travail de l’ONU en matière de droits humains dispose de ressources et de personnels suffisants. L’ONU est plongée depuis plusieurs années dans une crise de liquidités, principalement due au refus des États-Unis de verser l’intégralité de leur contribution obligatoire et à l’annulation de la majeure partie de leurs contributions volontaires.
Les États-Unis ont récemment versé 800 millions de dollars à l’ONU au titre de leurs contributions, soit une fraction des quelque 4 milliards de dollars qu’ils doivent. La Chine a, à plusieurs reprises, aggravé les problèmes de liquidités de l’ONU en ne versant pas ses contributions dans les délais. Plusieurs autres pays sont également en retard dans leurs paiements, même si les États-Unis et la Chine représentent à eux seuls près de la moitié des budgets ordinaires et des budgets de maintien de la paix de l’ONU.
Les pays devraient condamner les initiatives de certains gouvernements visant à contourner et à saper les régimes de sanctions de l’ONU, les groupes d’experts chargés du suivi des sanctions et les embargos sur les armes.
Le Conseil de sécurité de l’ONU organise depuis quelque temps des sondages informels (« straw polls ») au sujet de candidats qui souhaitent succéder à Antonio Guterres au poste de Secrétaire général de l’ONU, à l’issue de son deuxième mandat de cinq ans, qui prendra fin le 31 décembre. Le prochain Secrétaire général devrait faire des droits humains une priorité et redynamiser les opérations de maintien de la paix de l’ONU afin de protéger les civils, tout en trouvant des moyens d’inciter les gouvernements à verser intégralement et dans les délais leurs contributions obligatoires et volontaires. Les États membres devraient étudier de meilleurs moyens de demander des comptes aux gouvernements qui manquent à leurs obligations.
Afin de lutter contre l’impunité pour les crimes contre l’humanité dans le monde, les pays vont bientôt négocier un nouveau traité visant à prévenir et à sanctionner ces graves violations des droits humains. Les crimes contre l’humanité comprennent notamment le meurtre, la torture, le viol et les violences sexuelles, la persécution, la disparition forcée, l’extermination, l’esclavage et l’apartheid, lorsqu’ils sont commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique contre une population. Les États membres de l’ONU devraient soutenir cette initiative, car ces crimes figurent parmi les infractions les plus graves au regard du droit international.
« Les dirigeants mondiaux devraient profiter de la tribune des Nations Unies pour dénoncer fermement les tentatives de certaines grandes puissances de bafouer les droits humains et de faciliter l’impunité face aux atrocités et autres crimes graves », a conclu Louis Charbonneau. « L’ONU et le système international des droits humains ne pourront survivre aux attaques actuelles que si les gouvernements prennent des mesures urgentes et fortes pour les défendre. »
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