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Israël : Les retards imposés aux ambulances palestiniennes mettent des vies en danger

Les femmes enceintes et les nouveau-nés, parmi d’autres, subissent de graves risques

Des automobilistes palestiniens attendaient dans une longue file de voitures avant de pouvoir franchir le poste de contrôle mis en place par l’armée israélienne à Awarta en Cisjordanie, au sud de la ville de Naplouse, le 23 mars 2025. © 2025 Nasser Ishtayeh/SOPA Images/LightRocket via Getty Images

(Beyrouth, 5 août 2026) – Les barrages routiers imposés par Israël en Cisjordanie, le 27 juillet, ont considérablement retardé une ambulance transportant une Palestinienne enceinte dans un état critique, avec des conséquences dramatiques, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le fœtus de cette femme n’a pas survécu à l’accouchement d’urgence, et sa vie a été encore davantage mise en danger lorsque des soldats ont contraint l’équipe de l’ambulance à éteindre son équipement médical pendant au moins 20 minutes.

De janvier à juin, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé 50 cas de retards dans la prise en charge médicale de Palestiniens en Cisjordanie. Les forces israéliennes ont imposé des bouclages encore plus étendus aux postes de contrôle et aux barrages routiers dans le gouvernorat de Naplouse à la suite d’une attaque perpétrée par des colons le 24 juillet, qui a entraîné la mort de deux Israéliens, dont un soldat, et de quatre Palestiniens, et a « considérablement entravé » l’accès aux soins de santé, notamment en retardant les ambulances, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA).

« Non seulement les forces israéliennes en Cisjordanie ne garantissent pas l’accès des Palestiniens aux soins d’urgence, mais elles retardent également le transport des patients vers les hôpitaux par les ambulances », a déclaré Bill Van Esveld, directeur adjoint de la division Droits des enfants à Human Rights Watch. « Israël impose avec une régularité effroyable de longs détours ou de longues attentes aux patients en situation d’urgence médicale, alors que les précieuses minutes nécessaires pour leur sauver la vie s’écoulent. »

Bashar al-Qaryuti, un ambulancier, et Sabreen Atallah, une infirmière et sage-femme, ont indiqué à Human Rights Watch que vers 6 h 30 du matin, le 27 juillet, ils avaient pris en charge une femme enceinte de six mois originaire du village de Qaryut. Elle éprouvait des contractions prématurées, saignait abondamment et perdait et reprenait conscience par intermittence. Avec le mari de la femme, ils l’ont transportée jusqu’à l’ambulance de Bashar al-Qaryuti, lui ont administré de l’oxygène et ont pris la route vers l’hôpital Rafidia de Naplouse.

La veille, le 26 juillet, la femme avait eu des saignements et s’était rendue dans un hôpital de Ramallah après que l’armée israélienne eut bloqué les routes menant à l’hôpital le plus proche, à Naplouse ; elle était rentrée chez elle vers minuit en raison de retards à un poste de contrôle, a expliqué Sabreen Atallah.

La ville de Naplouse se trouve à environ 30 kilomètres par la route principale nord-sud (n° 60) en Cisjordanie, mais les barrages routiers et les points de contrôle israéliens empêchent les Palestiniens d’emprunter cette route. Bashar al-Qaryuti a déclaré avoir emprunté la seule route d’accès au village, mais avoir constaté que l’armée israélienne avait fermé un barrage. Il a tenté de prendre un chemin de terre traversant des champs agricoles, mais s’est heurté à un autre barrage. Il a alors changé d’itinéraire et a réussi à poursuivre sa route vers le poste de contrôle d’Awarta.

En 2025, selon l’OCHA, Israël a mis en place 120 nouveaux barrages routiers affectant la circulation des habitants palestiniens ; ces barrages font parties des centaines de points de contrôle et d’autres types de restrictions imposés par Israël en Cisjordanie.

Alors que l’ambulance conduite par de Bashar al-Qaryuti subissait des retards, l’état de la femme s’est considérablement aggravé et elle risquait de mourir d’une hémorragie, a déclaré Sabreen Atallah. « Elle était dans un état critique. Je travaille depuis 2014, et je peux vous dire que je n’avais jamais vu un saignement comme celui-là auparavant », a-t-elle expliqué. Sabreen Atallah, qui luttait pour sauver la vie de la femme, a expliqué qu’elle n’avait d’autre choix que de l’aider à accoucher peu avant d’atteindre le poste de contrôle d’Awarta. Le bébé est décédé peu après.

Lorsque l’ambulance est arrivée au poste de contrôle, Bashar al-Qaryuti s’est frayé un chemin jusqu’en tête de la file d’attente, et a enregistré une vidéo avec le commentaire suivant : « Voici le poste de contrôle d’Awarta. Le po’ste de contrôle est fermé. Nous attendons que la barrière s’ouvre dès que possible, car nous devons transporter d’urgence [une patiente] à l’hôpital Rafidia. » Human Rights Watch a visionné cette vidéo, horodatée à 7 h 33 le 27 juillet.

Lire le script de cette vidéo

A video shot by the ambulance driver as they reached the Awarta checkpoint checkpoint on July 27, 2026. The driver states, "[We're] at Awarta checkpoint. The checkpoint is closed. We're waiting for the gate to open as soon as possible because we have an urgent case [that should be driven] fast to Refidia Hospital" Human Rights Watch reviewed the video, timestamped 7:33 a.m. © Private

Deux soldats israéliens ont ordonné à Bashar al-Qaryuti d’éteindre le moteur de l’ambulance, a-t-il indiqué. Il leur a expliqué dans un hébreu rudimentaire que l’équipement médical d’une patiente dans un état critique dépendait du moteur pour fonctionner, mais les soldats « criaient, refusaient d’écouter et me disaient : “Tais-toi” ». Le moteur alimentant l’ambulance en oxygène a cessé de fonctionner, et il n’y avait pas de bouteilles d’oxygène sous pression, ce qui témoigne d’une pénurie chronique de matériel médical, a déclaré Sabreen Atallah. Les appareils qu’elle utilisait pour surveiller la tension artérielle, la température et le taux d’oxygène de la patiente – qui était à ce moment-là à un niveau dangereusement bas de 84 % – ont tous cessé de fonctionner.

Les soldats ont pointé leurs armes sur Bashar al-Qaryuti et lui ont ordonné d’ouvrir les portes arrière, a-t-il déclaré. Ils ont ensuite, selon Sabreen Atallah, braqué leurs armes sur elle. Elle avait peur, mais elle leur a dit, en anglais : « La patiente saigne et risque de mourir. » Elle a déclaré qu’ils avaient ignoré son avertissement. « Ils ont crié : “Tais-toi !” »

Les soldats ont confisqué les cartes d’identité de Bashar al-Qaryuti, de Sabreen Atallah, de la patiente et de son mari. Environ 30 minutes plus tard, ils leur ont rendu leurs cartes d’identité, puis se sont dirigés vers un véhicule médical destiné aux patients en dialyse rénale qui faisaient la queue. Les soldats l’ont fouillé et ont vérifié les cartes d’identité des personnes à bord avant d’autoriser Bashar al-Qaryuti à franchir le poste de contrôle avec l’autre véhicule.

Le bureau du porte-parole de l’armée israélienne a affirmé que « l’allégation selon laquelle des soldats de l’armée israélienne auraient retardé une ambulance au poste de contrôle d’Awarta est fausse » et qu’« aucun rapport faisant état d’un tel incident n’a été reçu ».

Bashar al-Qaryuti est arrivé à l’hôpital de Rafidia peu avant 8 h 16, heure à laquelle il a pris une photo horodatée de l’entrée du service d’obstétrique et de gynécologie. Le trajet « a duré une heure et demie, pour un parcours qui prend habituellement 25 minutes », a-t-il déclaré.

La patiente a reçu trois poches de sang et a été opérée en urgence, a précisé Bashar al-Qaryuti. Elle était toujours en convalescence au 31 juillet, a indiqué à Sabreen Atallah un obstétricien qui la soignait. « J’ai ressenti une profonde tristesse lorsqu’on m’a annoncé que j’avais perdu mon enfant », a confié la femme à Middle East Eye. « J’attendais son arrivée, je choisissais des prénoms et je m’apprêtais à acheter ses vêtements. »

Cet incident illustre les risques pour la vie que fait peser le récent durcissement des restrictions de circulation imposées par Israël, dans un contexte de recrudescence de la violence des colons, a déclaré Human Rights Watch. Sabreen Atallah a déclaré qu’en raison des restrictions de circulation imposées par Israël, elle avait dû mettre au monde trois bébés dans des ambulances en 2026. Bashar al-Qaryuti a expliqué avoir été retardé au poste de contrôle d’Awarta avec un patient victime d’un arrêt cardiaque le 26 juillet, et que des colons avaient attaqué son ambulance à cinq reprises, tuant un chauffeur bénévole en 2024. L’ONU a recensé d’autres cas récents, qui ont également été rapportés par les médias.

  • Le 18 juillet, une femme de 30 ans est décédée d’un arrêt cardiaque, selon les médias et l’OCHA, après que des soldats ont refusé d’ouvrir un barrage installé par l’armée à l’entrée de sa ville, Sinjil.
  • Le 5 juillet, à l’entrée du village de Deir Ammar, des soldats israéliens ont empêché pendant environ 25 minutes des personnes de transporter un nourrisson inconscient vers une ambulance qui attendait de l’autre côté d’un poste de contrôle, et ont tiré des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes, a rapporté l’OCHA. L’ambulance a dû faire un détour de 40 kilomètres en raison des postes de contrôle. Le nourrisson est décédé.
  • Fin juin et début juillet, des soldats et des barrages routiers ont retardé l’arrivée d’ambulances dans des communautés palestiniennes où des personnes avaient besoin de soins médicaux d’urgence à la suite d’attaques menées par des colons israéliens, a rapporté l’OCHA. Les colons ont perpétré environ 1 400 attaques depuis le début de l’année 2026.
  • En mars, une femme en travail a dû franchir à pied un poste de contrôle à Salfit car les forces israéliennes avaient bloqué son ambulance ; il s’agit là d’un incident parmi d’autres au cours desquels les forces israéliennes ont immobilisé des ambulances sous la menace des armes, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

En tant que puissance occupante, Israël a l’obligation de garantir aux Palestiniens l’accès aux soins de santé d’urgence, y compris par le biais des moyens de transport sanitaire, et de protéger notamment les femmes enceintes et les enfants. Les restrictions sévères imposées par Israël à la liberté de circulation des Palestiniens, mais pas à celle des colons israéliens, constituent des actes inhumains et un élément d’apartheid.

À la mi-juin, l’armée israélienne restreignait la circulation des ambulances dans cinq des 11 gouvernorats de Cisjordanie, a rapporté l’OCHA. Au 31 mai, l’OMS avait recensé 987 attaques et retards affectant les soins de santé en Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023, touchant 673 ambulances et entraînant 39 décès.

Les autres gouvernements devraient agir pour empêcher de nouvelles violations graves commises par Israël en imposant des sanctions ciblées, en suspendant les transferts d’armes, en interdisant le commerce avec les colonies illégales, en envisageant de suspendre les accords commerciaux préférentiels et en soutenant la Cour pénale internationale et ses enquêtes, notamment en exécutant ses mandats d’arrêt.

« Alors que les attaques contre les civils se multiplient et que des déplacements forcés massifs ont lieu en Cisjordanie, les forces israéliennes empêchent les Palestiniens d’accéder aux hôpitaux, y compris les nourrissons et les femmes enceintes en travail qui se trouvent en situation de danger », a conclu Bill Van Esveld. « Aucun pays ne devrait soutenir les actes illégaux commis par l’armée israélienne ou ses colonies. »

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