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Un combattant du M23 monte la garde pendant que des personnes montent à bord d’un camion lors du recrutement de civils, de policiers, et d’anciens soldats de l’armée congolaise à Goma, en République démocratique du Congo, le 23 février 2025.  © 2025 Michel Lunanga/AFP via Getty Images

(New York) – En février dernier, le « général » Sultani Makenga s’est adressé à des milliers de recrues de son groupe armé récemment formées dans l’est de la République démocratique du Congo et leur a fait une promesse. « Vous faites désormais partie d’une armée qui s’est soulevée pour libérer le pays et délivrer réellement le peuple », a déclaré Sultani Makenga, le chef militaire du groupe armé M23 soutenu par le Rwanda.

Derrière lui, dans le camp d’entraînement de Tshanzu, on peut voir les recrues marcher au pas, briser des briques à mains nues et avec leur front, sauter à travers des cerceaux enflammés et chanter à l’unisson alors qu’elles s’apprêtent à se battre contre les forces gouvernementales congolaises.

En revanche, on ne voit pas dans cette vidéo les exécutions, les châtiments brutaux et les traitements inhumains du M23 pour imposer la loyauté et la soumission. Le camp d’entraînement de Tshanzu et celui de Rumangabo à proximité devraient servir d’avertissement concernant le groupe armé et, par extension, concernant le rôle du Rwanda voisin dans l’est de la RD Congo.

Soutenu par la logistique, le matériel et l’appui des troupes du Rwanda, le M23 s’est emparé de larges territoires de l’est de la RD Congo. De par son contrôle effectif sur le M23, le Rwanda est de fait une puissance occupante et pénalement responsable des abus généralisés commis par le groupe. Après la prise des capitales provinciales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu par le M23 au début de l’année 2025, le président américain Donald Trump est intervenu pour relancer des efforts de médiation vacillants entre la RD Congo et le Rwanda, proposant un accord de « paix contre des minerais » afin de sécuriser les intérêts américains dans l’est du pays riche en ressources.

Deux accords de paix ont été signés – en juin et décembre – y compris un cessez-le-feu et un pacte d’intégration économique entre la RD Congo et le Rwanda, qui prévoyaient le retrait des troupes rwandaises de la RD Congo.

Pourtant, le Rwanda a continué à jouer un rôle central, en aidant le groupe armé à renforcer ses rangs. Alors que les dirigeants rwandais se rendaient à Washington pour discuter de différents accords pour la paix, la sécurité et les minerais, le M23 rassemblait de force des milliers de soldats capturés et de civils congolais, y compris des policiers, des fonctionnaires, des enseignants et des étudiants, ainsi que des enfants d’à peine 12 ans, et les transféraient dans des camps militaires en vue de les entraîner et de les endoctriner. Le M23 a raflé ces personnes dans les maisons, les églises, les écoles et les hôpitaux, les a convoquées à des réunions avec de fausses promesses de recevoir de l’argent ou les a arrêtées dans les rues avant de les envoyer dans les camps.

Nous avons interviewé plus de 100 anciens détenus qui se sont échappés ou ont été déployés, puis se sont rendus à l’armée congolaise. Leurs récits révèlent la réalité glaçante pour les personnes recrutées de force. Les nouveaux arrivants civils étaient soumis à un rituel d’initiation destiné à marquer leur transition vers la vie militaire.

« C’est un test pour voir la souffrance que vous pouvez endurer », a raconté un ouvrier du bâtiment âgé de 25 ans, raflé dans la ville de Goma, dans l’est du pays, alors qu’il achetait du crédit pour son téléphone en mars 2025. « Nous étions 200 ; 10 sont morts. Deux ont été abattus, les autres fouettés à mort. Nous les avons enterrés dans une fosse commune avec environ 50 autres corps. »

La vie dans les camps était caractérisée par les passages à tabac et les meurtres courants pour des infractions mineures. Les détenus ont décrit la famine, la consommation d’eau à même les flaques et sur les feuilles des arbres. Certains sont morts d’épuisement, de déshydratation ou de faim.

D’anciens détenus se souvenaient de membres qui sortaient du sol, car les corps étaient souvent enterrés dans des tombes peu profondes. La nuit, des chiens venaient manger les cadavres. Il est probable que des centaines de détenus, peut-être plus, sont morts dans les camps tout au long de l’année 2025.

Ceux qui étaient confinés dans les cellules de détention ont subi des traitements encore plus sévères. Des corps étaient régulièrement extraits des cellules pour être enterrés. Lorsque les détenus ont finalement été libérés pour commencer un nouveau cycle d’entraînement en novembre, des dizaines se sont effondrés.

Les enfants n’ont pas été épargnés. Les garçons étaient forcés de suivre un entraînement militaire, de creuser des routes, de couper du bois, de transporter des charges lourdes et d’aller chercher de l’eau sur de longues distances. Sultani Makenga en a choisi certains pour servir de gardes, qui battaient les autres détenus.

La stratégie semble être conçue pour consolider le contrôle du M23 et de l’Alliance Fleuve Congo – l’alliance politico-militaire qui englobe le M23 – sur une grande partie de l’est de la RD Congo. Les forces rwandaises étaient positionnées autour des camps, prêtes à tirer sur quiconque tentait de s’enfuir. Les recrues ont déclaré qu’elles ont été soumises à des séances d’endoctrinement idéologique, incluant des chants et des critiques vis-à-vis du leadership de la RD Congo.

Chantant à l’unisson, les recrues sur la vidéo de Sultani Makenga affichent discipline et puissance, telle une armée prête au combat. Malgré le retrait du M23 de certaines zones et la signature par le Rwanda d’un accord de paix prévoyant le départ de ses troupes du pays, rien n’indique que le conflit en RD Congo est terminé. La campagne massive de recrutement forcé du M23 est la preuve d’une incapacité à faire face aux structures qui permettent de tels abus.

Les États-Unis ont sanctionné l’armée rwandaise et quatre hauts commandants. D’autres pays, y compris l’Union européenne et le Royaume-Uni, devraient de toute urgence leur emboîter le pas et revoir leur coopération avec le Rwanda qui risque de soutenir des forces responsables d’abus.

En attendant, les États-Unis devraient signifier clairement au président rwandais Paul Kagame que le fait d’infliger de nouvelles souffrances aux civils entraînera de nouvelles sanctions.

Lacune majeure, les accords de paix ne comportent pas de mesures visant à garantir la justice ou la reddition de compte pour les atrocités passées. À moins que les responsables – y compris des commandants comme Sultani Makenga – n’assument les conséquences de leurs crimes horribles dans l’est de la RD Congo, l’impunité continuera d’alimenter les abus.

Philippe Bolopion est directeur exécutif et Clémentine de Montjoye est chercheuse senior au sein de Human Rights Watch.

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