(Beyrouth, 27 mai 2026) – L’adhésion récente du Liban à la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel, alors même que ce pays traverse une période de conflit armé, met en evidence l’importance vitale de ce traité pour sauver des vies et reconstruire les communautés, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. La décision du gouvernement libanais, devrait inciter d’autres pays, en particulier au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, à soutenir également les normes mondiales contre les mines antipersonnel.
« L’adhésion du Liban à la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel, alors même que des combats destructeurs ravagent le pays et la région, constitue une étape importante pour protéger la vie des civils, soutenir les victimes des mines et décontaminer les terres de communautés », a déclaré Verity Coyle, directrice adjointe de la division Crises, conflits et armes à Human Rights Watch. « Les États qui n’ont pas encore adhéré a la Convention devraient d’urgence suivre cet exemple. »
Les mines antipersonnel tuent et blessent des personnes de manière indiscriminée. Elles sont généralement posées manuellement, mais peuvent également être dispersées par des avions, des roquettes, des tirs d'artillerie, des drones ou des véhicules spécialisés. Les mines terrestres non déminées restent dangereuses jusqu'à ce qu'elles soient localisées et détruites. La présence de mines dans des terres est susceptible de provoquer le déplacement de civils, d’entraver l'acheminement d'aide humanitaire et d’empêcher les activités agricoles.
La Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel de 1997 (« Convention d’Ottawa ») interdit totalement l’utilisation des mines antipersonnel et exige des pays qu’ils détruisent leurs stocks, déminent les zones minées et viennent en aide aux victimes.
Le Liban est fortement contaminé par des mines terrestres antipersonnel. Malgré les efforts de déminage en cours qui permettent de retirer des milliers de mines chaque année, à la fin de 2024, au moins 15,79 kilomètres carrés de terres restaient contaminés par des mines terrestres et 4,67 kilomètres carrés supplémentaires étaient contaminés par des armes à sous-munitions, qui agissent en fait comme des mines terrestres. En 2023, la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) a estimé que cette contamination touchait au moins 200 000 personnes au Liban.
Entre 2015 et 2024, les mines ou les restes explosifs de guerre ont tué au moins 167 personnes au Liban.
Le gouvernement libanais a manifesté son intérêt pour une adhésion à la Convention depuis le début des années 2000, mais a invoqué la situation sécuritaire du pays comme un obstacle. En décembre 2009, le directeur du Centre libanais d'action contre les mines (CLAM) a affirmé que le Liban n’avait « jamais produit ni exporté de mines antipersonnel ».
En janvier 2026, le Conseil des ministres libanais a publié un décret approuvant l’adhésion du pays à la Convention d’Ottawa.
Le 1er mai, le Liban a déposé son instrument d’adhésion à la Convention auprès des Nations Unies à New York devenant ainsi le 162ème pays à y adhérer. Le traité entrera en vigueur pour le Liban le 1er novembre 2026.
L'adhésion du Liban intervient à un moment critique pour la Convention, dont cinq États européens – l’Estonie, la Finlande la Lettonie et la Lituanie et la Pologne – ont annoncé leur retrait en 2025 ; l'Ukraine a tenté de suspendre ses obligations. Tous ces pays ont invoqué des préoccupations de sécurité comme principale raison de leurs décisions.
Le Liban est désormais tenu de soumettre un rapport de transparence initial à l’ONU et de commencer à mettre en œuvre les dispositions de la Convention sur tout territoire relevant de sa juridiction ou de son contrôle, en toutes circonstances.
D'autres États devraient suivre l'exemple du Liban et adhérer immédiatement à la Convention. Il s’agit notamment des pays suivants, dans la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord : l'Arabie saoudite, Bahreïn, l'Égypte, les Émirats arabes unis, l'Iran, Israël, la Libye, le Maroc et la Syrie.
« L’adhésion du Liban à au traité interdisant les mines antipersonnel renforce l’opposition mondiale à ces armes horribles, et devrait encourager d’autres États à faire de même », a conclu Verity Coyle. « Le fait que le Liban ait pris cet engagement juridique en pleine crise devrait rappeler aux autres pays pourquoi les traités internationaux protégeant les civils sont si essentiels. »
Human Rights Watch a cofondé la Campagne internationale pour l’interdiction des mines terrestres (ICBL), a dirigé le volet américain de cette campagne et contribue chaque année a la rédaction du rapport Landmine Monitor. L’ICBL a reçu le prix Nobel de la paix en 1997, conjointement avec sa coordinatrice, Jody Williams, pour ses efforts en faveur de l’adoption de la Convention d’Ottawa et pour ses contributions à une nouvelle diplomatie internationale fondée sur des impératifs humanitaires.
……..