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Myanmar : Les survivants du massacre de musulmans rohingyas par l'Armée d’Arakan privés de réparations

Des centaines de villageois ont été tués à Hoyyar Siri en 2024 sous le regard indifférent de l'armée du Myanmar ; les survivants sont privés du droit au retour

Illustration en couverture du rapport de Human Rights Watch au sujet du massacre de Rohingyas commis par l'Armée d’Arakan à Hoyyar Siri, dans l’ouest du Myanmar, le 2 mai 2024. Le dessin montre Omar Ahmod, un survivant qui est retourné à Hoyyar Siri quelques mois après le massacre, afin d’y photographier des preuves et rassembler d’autres informations.  © 2026 John Holmes pour Human Rights Watch
  • Deux ans après que l'Armée d'Arakan, un groupe armé ethnique, a tué et blessé des centaines de musulmans rohingyas dans l'État de Rakhine, au Myanmar, et incendié leur village, les survivants se voient toujours refuser l’accès à la justice et ne peuvent toujours pas rentrer chez eux.
  • L’Armée d’Arakan, qui nie avoir commis des crimes de guerre, a délibérément tiré sur des villageois non armés qui cherchaient à se mettre à l’abri, alors le groupe armé avançait vers deux bases de l’armée du Myanmar situées à proximité.
  • L'armée du Myanmar et l'Armée d’Arakan devraient mettre fin aux attaques contre les civils, libérer toutes les personnes détenues illégalement et offrir des réparations aux victimes. Les deux parties devraient coopérer pleinement avec les enquêtes menées par l'ONU et d'autres organismes indépendants.

(Bangkok) – Deux ans après que l’Armée d’Arakan, un groupe armé ethnique, a tué et blessé des centaines de musulmans rohingyas et incendié leur village dans l’État de Rakhine, au Myanmar, les survivants ayant fui ne peuvent toujours pas y retourner, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui ; de nombreux habitants restés dans le village y sont de fait détenus. L’Armée d’Arakan a rejeté toute responsabilité dans le massacre commis à Hoyyar Siri (Htan Shauk Khan en birman), dans la commune de Buthidaung, qui a été caractérisé par de graves violations du droit de la guerre constituant des crimes de guerre. 

Le rapport de 56 pages, intitulé « “Skeletons and Skulls Scattered Everywhere”: Arakan Army Massacre of Rohingya Muslims in Hoyyar Siri, Myanmar » (« “Des squelettes et des crânes éparpillés partout” : Le massacre de musulmans rohingyas par l’Armée d’Arakan à Hoyyar Siri, au Myanmar »), documente l’attaque du 2 mai 2024, au cours de laquelle des combattants de l’Armée d’Arakan ont délibérément tiré sur des villageois non armés qui cherchaient à se mettre à l’abri alors que le groupe armé avançait vers deux bases de l’armée du Myanmar situées à proximité. Les détails du massacre n’ont commencé à émerger que plus d’un an plus tard, après que certains survivants ont fui vers le Bangladesh et la Malaisie

« Lorsque l’Armée d’Arakan a tué des centaines de civils rohingyas et incendié leur village dans l’État de Rakhine en 2024, son conflit armé avec la junte du Myanmar a atteint un nouveau niveau de dépravation », a déclaré Meenakshi Ganguly, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Aujourd’hui, les survivants du massacre sont de fait détenus par l’Armée d’Arakan, qui n’a ni accordé de réparations, ni traduit les responsables en justice. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec plusieurs dizaines de témoins et de survivants, a corroboré leurs témoignages à l’aide d’images satellite, et a analysé et vérifié des photographies et des vidéos. 

Carte de l'État de Rakhine, dans l’ouest du Myanmar. Le village de Hoyyar Siri est situé dans la commune de Buthidaung (district de Maungdaw), dans le nord-ouest de cet État. © 2026 Human Rights Watch

Les hostilités entre les forces de la junte du Myanmar et l’Armée d’Arakan dans l’État de Rakhine ont repris en novembre 2023. Les deux camps ont commis de graves exactions, notamment des attaques ciblant des civils, des incendies criminels et des actes de conscription illégale. Ces conclusions contredisent les affirmations de l’Armée d’Arakan, qui, dans une lettre adressée à Human Rights Watch, affirmait que ses combattants ne visaient que du personnel militaire ou des membres de groupes armés rohingyas. 

Les combattants de l’Armée d’Arakan ont d’abord ouvert le feu sur un groupe de civils quittant Hoyyar Siri, dont certains agitaient des drapeaux blancs. « D’abord, mon fils a été touché par une balle », a déclaré un homme. « Puis ma femme et ma petite fille ont été touchées, suivies de mon autre fille. » Les combattants ont continué à tirer sur les villageois alors que ceux-ci faisaient demi-tour et tentaient de fuir. 

Une femme a déclaré que les combattants avaient rassemblé un groupe de villageois dans une rizière près d’une mosquée. « En quelques minutes, ils ont ouvert le feu sur nous au hasard, sans rien dire », a-t-elle déclaré. « Personne n’a été épargné. Mon mari a été touché par une balle. Quand l’Armée d’Arakan a vu qu’il était encore en vie, ils se sont approchés et ont tiré à nouveau sur lui, plusieurs fois. »

Trois illustrations du massacre commis par l'Armée d’Arakan à Hoyyar Siri, dans l’ouest du Myanmar, le 2 mai 2024. (1) À gauche : Des civils rohingyas non armés fuyaient le village, sur une route en direction de la ville voisine de Buthidaung. (2) Au centre : Des combattants de l’Armée d’Arakan, s’apprêtant à tirer sur ces personnes. (3) À droite : Le massacre de civils sur la route. © 2026 John Holmes for Human Rights Watch

Human Rights Watch a dressé une liste de plus de 170 villageois, dont environ 90 enfants, qui ont été tués, ou sont toujours portés disparus à la suite du massacre de Hoyyar Siri. Le bilan réel du massacre est probablement bien plus élevé.

Human Rights Watch a analysé et vérifié des photographies et des vidéos montrant des restes humains sur trois sites distincts du village. Sur deux de ces sites, des vêtements civils sont visibles parmi les restes humains. Des images satellite corroborent les témoignages selon lesquels des combattants de l’Armée d’Arakan ont incendié Hoyyar Siri et, après en avoir pris le contrôle, ont détruit tout le village. 

Annotated satellite image Annotated satellite image

Deux images satellite infrarouges de la zone de Hoyyar Siri au Myanmar, enregistrées le 25 avril 2024 (avant le massacre du 2 mai) et le 6 mai 2024 (quatre jours après le massacre). Sur les images infrarouges, la végétation apparaît en rouge, tandis que les zones incendiées apparaissent dans des teintes plus sombres. L’image du 6 mai révèle la destruction quasi totale de Fatailla Para et de Bor Para, deux hameaux de Hoyyar Siri. © 2024 Planet Labs (images satellite). © 2026 Human Rights Watch (graphisme). Données © Myanmar Information Management Unit (MIMU), © OpenStreetMap.

Les combattants ont également dérobé l’argent et les bijoux des villageois. Un homme détenu par l’Armée d’Arakan a déclaré que plusieurs détenus dont lui-même avaient été battus et torturés, notamment à coup de décharges électriques. Plusieurs témoins ont rapporté que des combattants avaient enlevé des femmes et des filles rohingyas du village. 

En février 2025, l’Armée d’Arakan a ordonné à tous les habitants survivants de Hoyyar Siri de se réinstaller dans un camp de fortune situé à proximité. Des villageois qui ont par la suite réussi à fuir vers le Bangladesh ont déclaré à Human Rights Watch qu’ils avaient été privés de liberté de mouvement, soumis au travail forcé et confrontés à de graves pénuries de nourriture et de soins médicaux. Ils ont ajouté qu’en août 2025, le groupe armé avait organisé pour certains médias une visite contrôlée à Hoyyar Siri, au cours de laquelle les survivants ont été contraints de fournir des faux témoignages dans le but de disculper l’Armée d’Arakan pour le meurtre de civils.

Au cours de la dernière décennie, l’armée du Myanmar a commis des actes de nettoyage ethnique, de génocide et d’autres atrocités dans l’État de Rakhine, forçant plus d’un million de Rohingyas à fuir. Le massacre de Hoyyar Siri met en évidence le fait que le retour dans l’État de Rakhine reste dangereux pour les réfugiés rohingyas, y compris dans les zones actuellement contrôlées par l’Armée d’Arakan . 

L’armée du Myanmar et l’Armée d’Arakan devraient immédiatement mettre fin aux attaques contre les civils, libérer tous les civils détenus illégalement et offrir réparation aux victimes et à leurs familles, a déclaré Human Rights Watch. Dans sa lettre adressée à Human Rights Watch, l’Armée d’Arakan a déclaré qu’elle faciliterait les enquêtes menées par des organisations internationales de défense des droits humains jugées crédibles et indépendantes. Les deux parties devraient coopérer pleinement avec les enquêtes indépendantes, notamment en accordant l’accès au Mécanisme d’enquête indépendant sur le Myanmar (IIMM), au Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme au Mynnmar, et aux organisations de défense des droits humains.

« L’armée du Myanmar semblait indifférente au sort des civils rohingyas à Hoyyar Siri en 2024, et depuis lors, la junte n’a rien fait pour répondre à leurs préoccupations plus générales en matière de droits humains », a conclu Meenakshi Ganguly. « Les gouvernements préoccupés devraient d’urgence faire pression tant sur la junte du Myanmar que sur l’Armée d’Arakan, pour qu’elles respectent les droits de toutes les communautés de l’État de Rakhine. »

Extraits de témoignages :

« J’ai vu que l’Armée d’Arakan avait rassemblé les personnes qu’elle avait trouvées à Fatailla Para dans une rizière près de la mosquée, et les avait forcées à s’asseoir et à baisser la tête. Puis elle a commencé à tirer. Certains habitants ont été abattus alors qu’ils gisaient au sol. »  
– Abdu Rahman, blessé lors de l’attaque.

« Je me suis rendue à l’endroit où mes enfants ont été abattus. J’ai perdu connaissance en voyant leurs corps. Leurs vêtements étaient encore intacts. »  
– Rashida Hatu, qui a raconté avoir retrouvé les corps de sa fille et de son fils aîné, abattus alors qu’ils cherchaient un bunker.

« J’avais grimpé dans un grand arbre près de la lisière du village, pour voir d’où venaient les coups de feu. De là-haut, j’ai vu un grand nombre de personnes se faire tirer dessus dans les champs, au nord du village. J’ai également vu l’Armée d’Arakan mettre le feu aux maisons. J’entendais le bambou et le bois craquer à mesure que le feu se propageait. »  
– Zaw Kawriya, qui a vu de loin l’incendie criminel.

« Ils nous ont emmenés dans la forêt. Là-bas, ils ont saisi tous nos objets de valeur, y compris nos téléphones portables, nos bijoux et notre argent. Ils ont même déchiré nos chemisiers et nos sous-vêtements, à la recherche d’objets de valeur à l’intérieur de nos vêtements. Mon oncle a été frappé à la tête, lorsqu’il a tenté d’empêcher des combattants de l’Armée d’Arakan d’arracher une chaîne en or du cou de sa femme. »  
– Majeda Banu, interceptée alors qu’elle fuyait vers la région d’U Hla Hpay.

« Les combattants de l’Armée d’Arakan nous ont attachés avec des cordes et nous ont violemment battus… Ils nous ont bandé les yeux, nous ont forcés à monter dans un bateau, puis nous ont emmenés dans une école. J’ai entendu l’un des membres de l’Armée d’Arakan dire : “Nous ferions mieux de tuer tous les kalar [terme péjoratif désignant les musulmans rohingyas], sinon nous ne réussirons pas à accomplir notre mouvement de libération.” »  
– Kefayet Ulla, capturée et torturée pendant sa détention.

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