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Les travailleurs des plateformes en France ont besoin de protection en attendant une réglementation

Les longues heures de travail et les faibles salaires pèsent sur les travailleurs dans l'UE et au-delà

Des livreurs d'Uber Eats ont manifesté à la suite de la suppression massive de centaines de comptes à Paris, en France, le 1er octobre 2022. © 2022 Sipa via AP Photo

Chaque jour, des livreurs de repas sillonnent Paris et Bordeaux par tous les temps, effectuant de longues heures de travail pour un salaire bien inférieur au salaire minimum français. Pour la plupart d'entre eux, ce travail constitue leur seule source de revenus.

Une nouvelle enquête menée auprès d’environ 1 000 travailleurs en France qui livrent des repas pour des entreprises telles qu’Uber Eats et Deliveroo décrit les conséquences de leur travail pour des plateformes numériques.

Leurs conclusions reflètent ce que Human Rights Watch a constaté aux États-Unis, notamment dans une enquête menée auprès de 127 travailleurs de plateformes dans l’État du Texas.

En France, 56 % des travailleurs de plateformes ont déclaré avoir passé une journée entière sans repas convenable par manque d’argent au cours de l’année écoulée. Au Texas, près des deux tiers ont déclaré avoir des difficultés à payer leur nourriture et leurs courses.

Les travailleurs des plateformes ne touchent qu’une fraction de ce que paient les consommateurs et doivent prendre en charge les coûts liés à leur équipement, à son entretien, aux assurances et aux cotisations sociales, car la plupart des entreprises de plateformes classent leurs travailleurs comme indépendants. Au Texas, où de nombreux travailleurs utilisent une voiture, ces dépenses réduisent leur salaire de près de 70 %, le ramenant à 5,12 dollars (4,35 euros) de l’heure, soit un montant inférieur au salaire minimum fédéral de 7,25 dollars (6,16 euros).

En France, alors que la plupart des travailleurs utilisent des vélos ou des vélos électriques, ce qui réduit les frais de transport, les trois quarts des personnes interrogées ont également déclaré louer l’accès au compte d’une autre personne sur les applications, versant en moyenne 528 € par mois à un particulier. Pour certains, comme les travailleurs migrants qui n’ont pas de statut migratoire sûr et ne peuvent pas créer de compte à leur nom, ce type d’arrangement comporte des risques supplémentaires.

En moyenne, les travailleurs gagnaient moins de 4 € de l’heure après déduction des frais, bien en dessous du salaire minimum français de 11,65 € de l’heure au moment de l’enquête.

Les travailleurs en France ont décrit des conditions similaires à celles documentées par Human Rights Watch : des algorithmes opaques, une surveillance constante, la crainte d’une désactivation arbitraire, une santé qui se détériore et des obstacles à leurs droits de protection sociale découlant directement de leur classification en tant que travailleurs indépendants.

Ces conclusions interviennent à un moment critique, alors que les États membres de l’Union européenne commencent à mettre en œuvre une directive européenne de 2024 visant à améliorer les conditions des travailleurs des plateformes. Parallèlement, l’Organisation internationale du travail va bientôt délibérer sur une nouvelle convention pour un travail décent dans l’économie des plateformes.

Human Rights Watch appelle les gouvernements à établir une présomption d’emploi lorsque les entreprises de plateformes exercent un contrôle sur les travailleurs, à garantir une rémunération tenant compte de l’ensemble du temps de travail et des coûts, à assurer l’accès aux soins de santé et à la sécurité sociale, et à mettre fin à la désactivation arbitraire des comptes. La réglementation de l’économie des plateformes est une question de droits.

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