Carte de la Birmanie (Myanmar), avec en rouge, les noms de villes où sont situées des prisons dans lesquelles plusieurs centaines de prisonniers politiques étaient encore détenus en 2009. Certains ont été libérés en 2010 et 2011, mais de nombreux prisonniers politiques sont toujours incarcérés.

© 2009 Human Rights Watch

(Bruxelles, le 4 avril 2012) – Les récentes élections partielles et autres progrès en Birmanie devraient être suivies de certaines mesures positives de la part de l'Union européenne, mais non par le retrait global des sanctions, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui dans une lettre adressée aux ministres européens des Affaires étrangères. L'UE doit se réunir le 23 avril 2012, pour discuter de sa position commune sur la Birmanie.

Le parti d’opposition d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), a remporté 43 des 45 sièges parlementaires le 1er avril, lors d’élections partielles en Birmanie, ce qui représente environ 5 pour cent du total des sièges parlementaires.

« La victoire de la LND aux élections partielles rendra la tache plus difficile pour les forces réactionnaires de la Birmanie de tirer le pays en arrière, mais ne garantit pas que la Birmanie ira de l'avant », a déclaré Lotte Leicht, directrice de plaidoyer pour l'Union européenne au sein de Human Rights Watch. « L'UE peut soutenir l'amélioration de la situation des droits humains si elle adopte une approche réactive à l’assouplissement des sanctions, et non leur élimination complète. »

Les ministres européens des Affaires étrangères devraient envisager plusieurs mesures positives, notamment un nouvel assouplissement des interdictions de visa et l'augmentation de l'aide humanitaire et de développement, selon Human Rights Watch. Les interdictions de visa et le gel des avoirs contre certains individus  en Birmanie, qui ne sont pas de hauts gradés de l’armée ou leurs proches collaborateurs, pourraient être levés, sous réserve d’un examen attentif afin de déterminer si ces personnes ne portent pas la responsabilité d’exactions, tout en maintenant les sanctions contre les principaux dirigeants des forces armées.

L'UE devrait maintenir des mesures restrictives à l'encontre des secteurs de l'économie birmane comme les pierres précieuses, le bois de coupe et l'exploitation minière, a déclaré Human Rights Watch. Ces industries et d'autres ressources naturelles sont monopolisées par les militaires, gérées d'une manière qui alimente la corruption, et ont pour effet d'augmenter l'autonomie et l'impunité des militaires vis-à-vis des autorités civiles. Ces ressources naturelles sont également concentrées dans les régions du pays encore en proie aux conflits, où l'armée continue de commettre de graves violations des droits humains contre la population civile, a affirmé Human Rights Watch. L'interdiction de vente d'armes devrait également rester en place.

Human Rights Watch a exhorté l'UE à supprimer les mesures restrictives au cours des trois prochaines années –non en fonction d’un ensemble de critères précis, mais en réponse à d'autres changements positifs. Ceux-ci devraient inclure de nouvelles libérations de prisonniers politiques, la fin des exactions dans les zones de conflit ethnique, une réforme juridique globale, la garantie des droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion, et la préparation pour des élections réellement libres et équitables en 2015.

« Le soutien de l'UE pour un changement positif en Birmanie devrait être à long terme et durable », a conclu Lotte Leicht. « Assouplir peu à peu les sanctions tout en augmentant l'aide humanitaire est la meilleure façon d’y parvenir. »