Ici au Festival international du film de Venise, sur fond de glamour cinématographique, Human Rights Watch présente un film pur et puissant : « Solwata ».
C’est un immense privilège d’être ici pour partager ce nouveau documentaire immersif – co-créé avec les communautés de Walande, Ngongosila et Kwai aux Îles Salomon, coproduit avec Human Rights Watch, Agog et NowHere Media, et narré par Mark Ruffalo – qui met en lumière, sur cette scène mondiale, la réalité des réinstallations liées a la crise climatique.
Lorsque des collègues m’ont parlé pour la première fois de la possibilité d’utiliser un média de « réalité virtuelle » à des fins de plaidoyer, j’avais des doutes. En tant que chercheuse, je m’appuie généralement sur des rapports dont les faits ont été minutieusement vérifiés et accompagnés de notes de bas de page détaillées pour transmettre mes conclusions. Mais en voyant à quel point des personnes visionnant ce film étaient profondément émues en retirant leurs casques, j’ai été convaincue de son efficacité.
Des années de recherche au Panama, au Sénégal et aux Philippines montrent comment la crise climatique a contraint les communautés côtières à faire des choix impossibles. La relocalisation planifiée est une mesure de dernier recours et un défi extrêmement complexe en matière de droits humains. Lorsqu’une communauté entière doit se déplacer, tout est en jeu, qu’il s’agisse de son patrimoine culturel ou de ses droits fonciers. Les mesures politiques prises dans ce contexte devraient surtout protéger le droit des communautés autochtones à l’autodétermination, afin qu’elles puissent prendre des décisions d’adaptation selon leurs propres conditions et leur propre calendrier.
Les recherches et rapports traditionnels sont des moyens essentiels pour communiquer ces complexités, mais les enjeux exigent que nous utilisions tous les outils à notre disposition, pour toucher des publics plus larges et plus diversifiés.
Le film VR « Solwata » offre une nouvelle façon de sensibiliser le public à l’aspect humain des déplacements liés au changement climatique. Il transporte les spectateurs à travers les océans et les fuseaux horaires pour se tenir aux côtés du peuple Solwata (« eau salée »). Il permet au public d’être témoin de la force et de la détermination des communautés Walande à rester unies malgré toutes les difficultés, même après que la montée des eaux les a contraintes à se réinstaller sur le continent. Et il invite réfléchir aussi sur le sort des communautés Ngongosila et Kwai des Îles Salomon, ainsi que sur d’autres communautés dans d’autre lieux où la montée du niveau de la mer soulève des questions profondes sur ce à quoi ressemble un avenir digne – et sur notre responsabilité commune de le soutenir.
Les décideurs politiques et les bailleurs de fonds devraient non seulement anticiper d’urgence les défis profondément humains liés aux relogements planifiés, mais aussi ressentir une véritable empathie pour ce que vivent ces populations. Après le festival de Venise, « Solwata » sera diffusé lors la conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP31) en Turquie, puis bien au-delà. Notre objectif est d’utiliser ce média puissant pour renforcer le soutien des bailleurs de fonds et inciter le public à plaider en faveur de politiques qui protègent les droits des communautés déplacées à travers le monde.