Les autorités militaires du Burkina Faso resserrent leur emprise sur ce que la population peut voir, entendre et savoir.
Le 5 mai, le Conseil supérieur de la Communication (CSC) du Burkina Faso a ordonné la suspension de la chaîne française TV5Monde, l’accusant de « désinformation » et d’« apologie du terrorisme » dans ses reportages sur les groupes armés islamistes au Burkina Faso et au Mali voisin. Cette mesure est la dernière en date visant cette chaîne de télévision, qui avait déjà été suspendue à deux reprises au Burkina Faso en 2024 et qui reste interdite au Mali à la suite d’allégations similaires.
Visionnée par des millions de téléspectateurs dans plus de 200 pays, TV5Monde est l’une des chaînes internationales les plus regardées sur le continent africain. De récents reportages ont mis en lumière l’insécurité grandissante au Mali à la suite des attaques coordonnées du 25 avril menées par un groupe armé lié à Al-Qaïda et des rebelles séparatistes, ainsi que les graves violations commises par les forces de sécurité gouvernementales au Burkina Faso, y compris les conclusions de Human Rights Watch faisant état de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis par toutes les parties au conflit.
Cette interdiction n’est pas un acte isolé : elle s’inscrit dans une campagne plus large menée par les dirigeants militaires du Burkina Faso pour faire taire la dissidence. Depuis sa prise de pouvoir lors d’un coup d’État en 2022, la junte a suspendu des médias indépendants, démantelé des organisations de la société civile, restreint le pluralisme politique et engagé des poursuites judiciaires contre ses détracteurs. Elle a intimidé, enrôlé illégalement, fait disparaître de force et détenu arbitrairement des journalistes, des opposants politiques, des membres de la société civile et des juges, réduisant ainsi l’espace civique du pays. L’éminent journaliste d'investigation Atiana Serge Oulon a été victime d'une disparition forcée en juin 2024, aurait été torturé, et on ignore toujours où il se trouve.
À la suite de ce vide médiatique créé par la junte, le contrôle du gouvernement sur les propos exprimés publiquement, ainsi que la désinformation d'État, ont pris de l'ampleur. « Le Burkina Faso est devenu une machine de propagande », a déclaré Alioune Tine, un activiste des droits humains de renom qui a fondé le groupe de réflexion Afrikajom Center.
Les activistes qui soutiennent la junte, dont beaucoup sont organisés au sein de groupes actifs sur les plateformes numériques et connus sous le nom de Bataillons d’intervention rapide de la communication (BIR-C), inondent les réseaux sociaux de messages coordonnés qui promeuvent un culte de la personnalité autour du président Ibrahim Traoré, discréditent ses détracteurs, attaquent ses ennemis présumés et cherchent à affaiblir les organisations de défense des droits humains. Leurs messages incitent souvent à la haine et à la violence et attisent les tensions ethniques, notamment par le biais d’une rhétorique anti-Peuls généralisée qui assimile à tort toute une communauté à des groupes armés islamistes, incitant à l’hostilité à l’égard du peuple peul.
Le peuple burkinabè a le droit d’être informé. Les dirigeants du Burkina Faso devraient lever la suspension de TV5Monde, mettre fin à la répression contre les médias indépendants et respecter le droit à la liberté d’expression.