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Les restrictions imposées par les talibans hantent les Afghanes en dehors du pays

Les règles imposées aux médias locaux réduisent les femmes au silence

La présentatrice de télévision Khatereh Ahmadi, portant un voile qui lui couvre le visage, lit les informations à Kaboul, en Afghanistan, le 22 mai 2022. © 2022 Ebrahim Noroozi/AP Photo

Alors que je correspondais avec un journaliste local en Afghanistan au sujet d’un rapport récent dont j'étais l'auteure, j’ai reçu une demande choquante : « Pourrions-nous avoir un commentaire vidéo sur votre nouveau rapport — non pas de votre part, mais de la part d’un homme de Human Rights Watch ? »

J’ai relu le message avec colère. Bien que je sois l’auteure du rapport en tant que chercheuse sur l’Afghanistan pour Human Rights Watch, le média souhaitait qu’un collègue masculin s’exprime à ma place. Malheureusement, la raison derrière cette demande est une réalité que de nombreuses Afghanes à travers le monde vivent au quotidien.

J’ai fini par apprendre que ce média avait reçu pour instruction du ministère taliban de la Propagation de la vertu et de la prévention du vice (PVPV) que toute femme afghane, quel que soit son lieu de résidence, devait apparaître en hijab intégral, le visage couvert, lorsqu’elle s’exprimait à l’antenne.

Au lieu d’être reconnue comme une experte du pays, j’ai été, comme toutes les femmes en Afghanistan, réduite à cette seule identité et ne pouvais donc m’exprimer dans les médias qu’aux conditions fixées par les talibans. Le message était clair : le simple fait d’être une femme afghane suffisait à justifier mon silence, même en dehors du pays.

Près de cinq ans après la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan, il ne subsiste pratiquement plus aucune liberté d’expression significative à l’intérieur du pays, en particulier pour les femmes. Les Afghanes se voient interdire l’accès à l’éducation au-delà de la sixième et sont confrontées à de sévères restrictions en matière d’emploi et à une exclusion de la vie publique. Dans certaines provinces, les femmes journalistes ne peuvent pas travailler et les voix des femmes sont bannies de la radio et de la télévision.

Cet incident illustre également l’étendue de l’influence des talibans. Leur système de répression ne s’arrête pas aux frontières de l’Afghanistan, puisqu’ils tentent de contrôler et de réduire au silence les Afghanes à l’étranger en exigeant des médias qu’ils appliquent leurs règles abusives à celles qui s’expriment et dénoncent les exactions des talibans.

En tant que femme afghane et chercheuse à Human Rights Watch, je ne me plierai pas aux règles restrictives des talibans. Mais leurs instructions répressives à l’intention des médias ont de graves implications pour le droit des femmes afghanes à la liberté d’expression, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Les femmes afghanes ne devraient pas avoir à se soumettre à des règles discriminatoires pour exercer leur droit de s’exprimer publiquement. Où que nous soyons, nos voix comptent.

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