En 2025, les talibans ont intensifié leur répression en accroissant les restrictions aux droits des femmes et des filles et en ajoutant de nouvelles règles ayant pour effet de limiter encore davantage la liberté des médias.
La crise humanitaire que connaît le pays s’est aggravée. De vastes opérations de retour forcé de réfugiés afghans en provenance d’Iran et du Pakistan, s’ajoutant à des réductions massives de l’aide étrangère, ont mis des millions de personnes dans une situation de pénurie alimentaire et de manque de logements et de soins médicaux.
Droits des femmes et des filles
Les autorités talibanes ont maintenu en place l’interdiction pour les femmes et les filles d’obtenir une éducation secondaire et supérieure. Le ministère de la Propagation de la vertu et de la prévention du vice a imposé de nouvelles restrictions à la liberté d’expression des femmes, en interdisant que leurs voix puissent être entendues lors de récitations du Coran ou en chantant en public. Les femmes qui défient ces règles risquent de subir des abus et des détentions arbitraires.
En septembre, les responsables talibans ont interdit aux universités d’enseigner à l’aide de livres écrits par des femmes. Les responsables talibans ont imposé de sévères restrictions à la liberté de déplacement des femmes et des filles et à leur accès à l’espace public. La loi du pays impose des règles strictes d’habillement et de comportement, particulièrement pour les femmes et les filles. Des comités locaux de surveillance ont effectué des descentes sur des lieux de travail pour s'assurer qu’il y avait bien ségrégation entre femmes et hommes, ont surveillé des espaces publics et ont établi des postes de contrôle pour inspecter les téléphones portables et interroger les occupants de véhicules et les piétons.
La mise en application stricte de l’obligation pour les femmes d’être accompagnées d’un membre masculin de leur famille a restreint encore davantage leur liberté, entravé leur accès à l’emploi et aux soins médicaux et les a empêchées d’utiliser les moyens de transport publics. Les responsables talibans ont arrêté des personnes pour de prétendues infractions, telles qu’être vêtues de hijabs (voile islamique) inappropriés ou pour n’avoir pas mis en place d’espaces séparés pour les femmes et les hommes sur les lieux de travail.
Les responsables talibans ont limité le droit au travail des femmes. Ils ont fermé en février des salons de beauté clandestins installés par des femmes à leurs domiciles et une station de radio gérée par des femmes. Ils ont restreint la participation des femmes à la livraison d’aide humanitaire à la population.
Punitions corporelles, meurtres extrajudiciaires, disparitions forcées et tortures
Les talibans ont procédé aux exécutions publiques d’au moins quatre hommes dans les provinces de Nimruz, Badghis et Farah. Dans ses premier et second rapports trimestriels, la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (United Nations Assistance Mission in Afghanistan, UNAMA) a documenté 414 cas (327 hommes, 83 femmes, trois filles et un garçon) de punition corporelle impliquant des flagellations publiques, basés pour la plupart sur des accusations de crimes contre la « morale » comme l’adultère.
L'UNAMA a également documenté 31 cas d’arrestation et détention arbitraires et huit allégations de torture et de mauvais traitements d’anciens responsables gouvernementaux ou membres des forces de sécurité, et au moins six meurtres d’anciens membres des Forces de défense et de sécurité nationales (Afghan National Defense and Security Forces, ANDSF).
Orientation sexuelle et identité de genre
Comme c’était déjà le cas en vertu de l’ancien code pénal de l’Afghanistan, la loi des talibans sur la Propagation de la vertu et la prévention du vice criminalise les relations sexuelles entre personnes du même sexe. Les personnes LGBT en Afghanistan ont continué de risquer des persécutions systématiques en 2025, les responsables talibans faisant d’elles les cibles particulières d’arrestations et d’abus. Quatre hommes déclarés coupables en février de relations homosexuelles ont été punis de flagellation et de peines de prison allant d’un an à cinq ans.
Attaques contre les médias, la société civile et les communautés minoritaires
Les talibans ont continué de restreindre la liberté d’expression, notamment dans les médias, arrêtant arbitrairement et torturant des journalistes et d’autres détracteurs. En septembre, ils ont interdit les diffusions en direct d’émissions politiques et limité les entretiens avec les médias à des personnes figurant sur une liste approuvée à l’avance. Ils ont interdit les informations concernant les violations des droits humains et les incidents relatifs à la sécurité, et ont également accru les restrictions à l’usage des réseaux sociaux et de la poésie.
Les médias locaux sont tenus de se conformer à des règles strictes limitant les contenus, notamment l’interdiction de publier des images (photos, vidéos) de personnes, et aussi d’observer des règles vagues interdisant toute publication considérée comme anti-Islam. Activistes, universitaires, écrivains et artistes courent un grave risque d’arrestation arbitraire et de mauvais traitements. En août, le chef des talibans a interdit les séances de lecture de poésie encourageant l’amitié entre garçons et filles ou critiques des décisions des talibans. En septembre, les autorités ont suspendu pendant 48 heures les services internet par fibre optique et toutes les télécommunications à travers le pays.
En juin, les autorités talibanes dans la province de Faryab ont placé brièvement en détention de nombreux Ouzbeks à la suite de manifestations de protestation contre la manière dont les autorités étaient intervenues dans une précédente altercation entre des Ouzbeks et des villageois pachtounes locaux. Le 27 juillet, les talibans ont expulsé de force 25 familles Hazara (environ 200 personnes, dont des femmes, des enfants et des personnes âgées) du village de Rashk dans la province de Bamiyan. Les autorités de la province ont interdit les livres religieux chiites et un pélerinage religieux chiite en septembre. Selon l’ONU, les autorités talibanes ont utilisé la force physique et les menaces de mort pour obliger une cinquantaine de membres de la communauté ismaélienne du Badakhshan à se convertir à la foi sunnite.
Crises économique et humanitaire
La crise humanitaire de l’Afghanistan s’est encore aggravée en 2025 car les États-Unis ont effectué des coupes massives dans leur aide à l’étranger. Vers la fin de l’année, plus de 22 millions de personnes étaient dans l’insécurité alimentaire, les femmes et les filles en étant affectées de manière disproportionnée. La réduction des apports des bailleurs de fonds étrangers, l’impact cumulatif des restrictions imposées par les talibans et les retours forcés de réfugiés en provenance d’Iran et du Pakistan ont mis des millions d'Afghans—dont plus de trois millions d’enfants souffrant de grave malnutrition—en situation de dépendance d’une assistance humanitaire. Au mois de septembre, le Plan d’aide humanitaire de l’ONU pour l’Afghanistan (Humanitarian Needs and Response Plan for Afghanistan) n’était financé qu’à moins de 20 % du total requis.
La perte de l’assistance étrangère a gravement nui au système de santé afghan, exacerbant les dégâts causés par la malnutrition. En 2025, plus de 400 établissements de santé ont fermé en raison d’un manque de fonds. Les réductions de l’aide internationale ont également compromis des programmes cruciaux d’éducation en ligne et de bourses d’études pour les filles et les femmes.
Réfugiés afghans
En 2025, les Afghans ont constitué l’une des plus nombreuses populations de réfugiés au monde, soit environ 5,8 millions de personnes. En 2025, l’Iran et le Pakistan en ont, à eux seuls, expulsé plus de deux millions, dont des milliers d’Afghans nés à l’étranger qui n’avaient jamais vécu en Afghanistan. En juillet, des experts de l’ONU ont affirmé que depuis le début de l’année, plus de 1,5 million d’Afghans avaient été expulsés d’Iran.
Parmi les réfugiés renvoyés de force en Afghanistan, se trouvent des activistes et des journalistes afghans qui s’étaient enfuis en Iran ou au Pakistan après le retour au pouvoir des talibans, et qui risquent désormais des représailles à cause de leurs activités. D’anciens membres des forces de sécurité du précédent gouvernement qui ont été renvoyés en Afghanistan ont subi des arrestations et des détentions arbitraires, des tortures et autres mauvais traitements.
En juillet, l’Allemagne a renvoyé 81 Afghans à Kaboul, sa seconde opération de ce type depuis la prise de pouvoir des talibans, et son gouvernement a déclaré qu’il poursuivrait ces expulsions. En juillet, l’administration Trump a mis fin au Statut de protection temporaire des ressortissants afghans, affirmant que la situation économique et sécuritaire s’était améliorée dans le pays et que les Afghans rapatriés n’y seraient pas menacés. Les États-Unis ont également expulsé des Afghans vers le Panama.
Les projets de réinstallation de réfugiés afghans aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, au Canada et dans d’autres pays sont désormais en panne, ce qui met des milliers d’Afghans ayant fui le régime des talibans dans une impasse en Iran, au Pakistan, en Turquie, aux Émirats arabes unis et dans d’autres pays d’où ils risquent d’être expulsés.
Attaques contre les civils
Des affrontements transfrontaliers entre forces talibanes et forces de sécurité pakistanaises en février ont fait des victimes, dont au moins un mort, parmi les civils. En février et mars, des frappes aériennes pakistanaises ont tué 10 civils, dont cinq enfants, dans la province de Paktika.
L’État islamique de la province de Khorasan (Islamic State of Khorasan Province, ISKP, affilié à l’État islamique en Afghanistan) a revendiqué la responsabilité de plusieurs attaques ayant tué des civils, notamment un attentat suicide à la bombe dans une banque à Kunduz lors de laquelle au moins quatre civils ont été tués.
Justice et obligation de rendre des comptes
En octobre, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a adopté par consensus une résolution à l’initiative de l’Union européenne (UE) créant un mécanisme international indépendant d’enquête sur l’Afghanistan. Ce nouveau mécanisme a pour mandat d’enquêter et de recueillir, préserver et analyser des éléments de preuve de graves violations et abus passés et en cours en Afghanistan, d’en identifier les responsables et de faciliter de futures poursuites judiciaires. L’adoption de cette résolution fait suite à des années de campagne en ce sens de la part d’organisations afghanes et internationales de défense des droits humains.
Le Rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits humains en Afghanistan a présenté deux rapports au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, l’un sur l’accès à la justice et la protection des femmes et des filles, l’autre sur la Loi afghane sur la promotion de la vertu et la prévention du vice. Les deux rapports contiennent un appel à mettre fin à l’impunité et à la prise de mesures pour assurer que des comptes soient rendus pour les crimes internationaux commis en Afghanistan.
En juillet, la Cour pénale internationale a délivré des mandats d’arrêt à l’encontre du chef suprême des talibans, Hibatullah Akhundzada, et du président de la Cour suprême des talibans, Abdul Hakim Haqqani, les inculpant de crimes contre l’humanité pour persécution de femmes et de filles et de personnes LGBT.
En mai, l’Australie a créé un Plan de réparations pour l’Afghanistan pour déterminer les indemnités dues aux membres des familles de victimes de meurtres commis par les forces spéciales australiennes en Afghanistan et aux victimes d’attaques illégales ou de destructions de biens par ces mêmes forces. En août, un tribunal australien a confirmé qu’un ancien militaire pourrait être traduit en justice pour répondre du crime de guerre de meurtre. Accusé d’avoir tué un civil afghan en 2012, cet ancien militaire est jusqu’à présent la seule personne inculpée à la suite d’enquêtes effectuées en vertu de recommandations faites en 2020 par l’inspecteur général des forces armées australiennes, connues sous le nom de Rapport Brereton.
En mars, le Conseil de sécurité de l’ONU a prorogé pour une nouvelle année le mandat de l’UNAMA.
Une enquête du Royaume-Uni sur des abus présumés commis par les forces spéciales du pays lors d’opérations militaires en Afghanistan entre 2010 et 2013 s’est poursuivie lors d’audiences à huis clos, mais très peu d’informations ont été rendues publiques.
Les activités de plaidoyer de femmes afghanes activistes ont donné une impulsion supplémentaire au mouvement visant à définir l’apartheid basé sur le genre comme un crime contre l’humanité au regard du droit international.
L’Allemagne, l’Australie, le Canada et les Pays-Bas ont continué d’œuvrer à une initiative qui pourrait mener à une action devant la Cour internationale de justice pour discrimination à l’égard des femmes et ont tenu, dans cette optique, une seconde séance de consultations avec des défenseurs afghans des droits humains en mars 2025.