- Les forces iraniennes semblent avoir délibérément pris pour cible au moins deux navires commerciaux civils dans le détroit d’Ormuz et ses environs le 11 mars ; de tels actes constitueraient des crimes de guerre. Entre le 1er et le 18 mars, l’ONU a confirmé 17 incidents ayant endommagé des navires commerciaux dans la région.
- Ces attaques, ainsi que la menace d’attaques, semblent également avoir contribué à une hausse significative des coûts de l’énergie à l’échelle mondiale, susceptible d’entraîner à son tour une flambée des prix des denrées alimentaires et dans d’autres secteurs vitaux, au détriment des droits des populations.
- L’Iran, les États-Unis et Israël devraient cesser immédiatement de mener des attaques illégales contre des civils et des biens de caractère civil.
(Beyrouth, le 24 mars 2026) — Les forces iraniennes semblent avoir délibérément pris pour cible au moins deux navires commerciaux civils dans le détroit d’Ormuz et ses environs le 11 mars 2026 ; de tels actes constitueraient des crimes de guerre, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Ces attaques, ainsi que la menace d’attaques, pourraient également contribuer à une hausse significative des coûts de l’énergie, des denrées alimentaires et d’autres secteurs vitaux à l’échelle mondiale, au détriment des droits des populations.
« Prendre délibérément pour cible des navires civils et les membres de leur équipage constitue un crime de guerre », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse auprès de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Les crimes de guerre ne sauraient justifier d’autres crimes de guerre ; l’Iran, les États-Unis et Israël devraient tous cesser immédiatement de mener des attaques illégales contre des civils et des biens de caractère civil, et cesser de tenter de présenter ces biens comme des cibles légitimes. »
À partir du 1er mars, les forces iraniennes auraient commencé à attaquer des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz et ses environs en réponse aux attaques menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran, selon l’Organisation maritime internationale (OMI), une agence des Nations Unies. Le 11 mars, Ebrahim Zofaghari, porte-parole des forces armées iraniennes, a déclaré que si les États-Unis et Israël continuaient d’attaquer l’Iran, les forces iraniennes ne laisseraient pas passer « un litre de pétrole » par ce détroit.
« Environ 20 000 marins restent bloqués dans le golfe Persique, à bord de navires exposés à des risques accrus et soumis à une tension psychologique considérable », a déclaré le 6 mars Arsenio Dominguez, Secrétaire général de l’OMI.
Human Rights Watch a documenté le ciblage apparemment délibéré de deux navires commerciaux, le Safesea Vishnu et le Mayuree Naree, le 11 mars, en s’appuyant sur des déclarations des autorités iraniennes revendiquant ces attaques, sur des photographies et des vidéos publiées en ligne montrant leurs conséquences immédiates — et, dans le cas du Safesea Vishnu, le moment même de l’attaque — ainsi que sur des données recueillies par l’OMI.
Entre le 1er et le 18 mars, l’OMI a confirmé 17 incidents ayant endommagé des navires commerciaux, résultant de 16 attaques manifestement perpétrées dans le détroit d’Ormuz, le golfe Persique et le golfe d’Oman. Elle a également signalé que sept gens de mer et un ouvrier de chantier naval avaient été tués, que quatre gens de mer étaient portés disparus et que 10 personnes avaient été blessées, dont cinq grièvement.
L’OMI a indiqué à Human Rights Watch avoir collecté des données provenant d’autorités telles que la United Kingdom Maritime Trade Operation (UKMTO), le Joint Maritime Information Center (JMIC) et le Maritime Security Centre Indian Ocean (MSCIO). Elle a précisé que les informations reçues étaient directement vérifiées auprès des États du pavillon des navires concernés afin de documenter les attaques. L’Organisation n’a pas été en mesure de confirmer l’identité des responsables de ces 16 attaques. Toutefois, le Conseil de l’OMI a, le 19 mars, condamné « fermement les menaces et les attaques dirigées contre des navires, ainsi que la fermeture présumée du détroit d’Ormuz par la République islamique d’Iran ».
Human Rights Watch a identifié tous les navires mentionnés par l’OMI sur les sites de suivi du trafic maritime, et pu confirmer qu’il s’agissait de navires commerciaux civils dotés d’équipages civils. Dans certains cas, Human Rights Watch a pu déterminer leur position au moment de l’attaque. Outre les attaques perpétrées contre le Safesea Vishnu et le Mayuree Naree, les chercheurs ont confirmé des attaques visant deux autres navires – le Skylight et le Safeen Prestige – en s’appuyant sur des photographies et des vidéos publiées en ligne, ainsi que sur des déclarations diffusées sur Internet par des entités gouvernementales et militaires ; dans un troisième cas, celui du MKD Vyom, cette confirmation repose uniquement sur des déclarations. En ce qui concerne les trois navires précités, Human Rights Watch n’a pas été en mesure de déterminer qui était responsable de ces attaques.
Un quart du « commerce mondial de pétrole par voie maritime » transite par le détroit d’Ormuz. Depuis le début du conflit, le prix du pétrole brut a augmenté de 40 %, selon le New York Times. « La guerre au Moyen-Orient provoque la plus importante perturbation de l’approvisionnement de toute l’histoire du marché pétrolier mondial », selon l’Agence internationale de l’énergie.
Le 16 mars, le général de brigade Ali Mohammad Naini – porte-parole du Corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran, qui aurait été tué lors d’une frappe israélienne le 20 mars – a déclaré que les forces iraniennes avaient pris pour cible tous les navires appartenant à une entité américaine ou israélienne, quel que soit leur pavillon. Il n’a pas précisé s’il faisait référence à des navires militaires, civils, ou aux deux. Le JMIC a indiqué le 11 mars que, bien que certains des navires frappés depuis le 1er mars aient eu des « liens commerciaux potentiels avec l’Occident », « de multiples attaques ont visé des navires n’ayant aucune affiliation confirmée avec des propriétaires américains ou israéliens ».
Selon la Lloyd’s List Intelligence, une société spécialisée dans les données et le renseignement maritimes, certains navires ont continué de traverser le détroit entre le 1er et le 18 mars, notant que « les navires de la ‘‘flotte de l’ombre’’ [navires menant des opérations illégales dans le but de contourner les sanctions] transportant du pétrole et du gaz iraniens représentent la majeure partie du trafic transitant par le détroit d’Ormuz ».
Human Rights Watch a adressé, le 18 mars, un courrier aux autorités iraniennes pour solliciter des éclaircissements au sujet de ces attaques, mais n’a reçu aucune réponse.
Dans les déclarations qu’elles ont faites au sujet des deux navires qu’elles affirment avoir pris pour cible, le Mayuree Naree et le Safesea Vishnu, les autorités iraniennes n’ont pas soutenu que ces navires constituaient des objectifs militaires, ni présenté la moindre preuve démontrant que des éléments présents à bord de ces navires auraient pu constituer des cibles militaires.
En vertu du droit international humanitaire, il est interdit en toute circonstance de lancer des attaques directes contre des civils et des biens de caractère civil ; par ailleurs, les parties belligérantes sont tenues de prendre toutes les précautions possibles pour éviter de causer des dommages aux civils et aux biens de caractère civil. Les navires civils entretenant des liens commerciaux avec les États-Unis ou Israël demeurent des biens de caractère civil. Les parties belligérantes doivent prendre toutes les mesures nécessaires pour vérifier que les cibles visées constituent bien des objectifs militaires. Toute personne commettant de graves violations des lois de la guerre avec une intention criminelle – c’est-à-dire de manière intentionnelle ou par imprudence – peut être poursuivie pour crimes de guerre. Des individus peuvent également voir leur responsabilité pénale engagée pour avoir aidé, facilité, soutenu ou encouragé la commission d’un crime de guerre.
Les effets de la dépendance mondiale aux combustibles fossiles, ainsi que ses liens avec la concentration du pouvoir des grandes entreprises et les gouvernements autoritaires, sont de plus en plus manifestes, selon Human Rights Watch. Une transition juste vers les énergies renouvelables constitue, plus que jamais, une urgence tant environnementale que géopolitique. À cette fin, des efforts concomitants devraient être déployés pour garantir un accès universel aux services publics, tels que la sécurité sociale, l’éducation et les soins de santé.
« Les attaques des forces iraniennes contre des navires civils dans le détroit d’Ormuz porteront préjudice à certaines des populations les plus défavorisées sur le plan socioéconomique dans le monde », a conclu Niku Jafarnia. « Les forces iraniennes devraient cesser immédiatement ces attaques, secourir les trois membres d’équipage restants à bord du Mayuree Naree et relâcher tous les marins détenus. »
Suite détaillée en anglais, prochainement disponible ici en français.