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La démocratie nigérienne fragilisée après les élections

Le gouvernement devrait restaurer l'Internet et respecter les droits des manifestants

Il devait s'agir du premier transfert de pouvoir pacifique et démocratique au Niger depuis l'indépendance en 1960. Mais la contestation des résultats et des restrictions à l'accès à Internet menacent aujourd'hui ce processus.

Des sources médiatiques locales au Niger ont rapporté mercredi que des restrictions aux réseaux internet mobiles ont été imposées dans certaines régions du pays, notamment dans la capitale, Niamey. Ces restrictions ont été imposées au lendemain de violentes manifestations qui ont éclaté après que le candidat du parti au pouvoir, Mohamed Bazoum, a été déclaré vainqueur du scrutin présidentiel par la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI).

Des agents électoraux comptent les votes à la lampe de poche à l'intérieur d'une école utilisée comme bureau de vote lors des élections à Niamey, au Niger, le dimanche 20 mars 2016. © AP Photo/Gael Cogne

Le second tour de l'élection, tenu dimanche, opposait Bazoum, ancien ministre de l'Intérieur, à l'ex-président Mahamane Ousmane. Mardi, la CENI a annoncé les résultats provisoires, donnant à Bazoum une avance de 55,75 % des voix. Ousmane allègue que les résultats sont frauduleux et a déclaré hier qu'il a remporté l'élection avec 50,3 % des voix.

Selon les médias, les partisans d'Ousmane sont descendus dans les rues de Niamey après l’annonce des résultats provisoires par la CENI, affrontant les forces de sécurité. Des images visionnées par Human Rights Watch montrent des manifestants armés de matraques érigeant des barricades, ainsi que des forces de sécurité tirant des gaz lacrymogènes pour disperser la foule.

Le Niger est membre de l'Union africaine et de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest. Il siège également au Conseil de sécurité des Nations Unies et est un partenaire clé de la France, de l'Union européenne et des États-Unis dans la lutte contre les groupes islamistes armés au Sahel. Le gouvernement doit respecter les droits humains en répondant à ces manifestations.

Notamment, le Niger devrait immédiatement rétablir l'accès à Internet, car les suspensions générales d’accès à l’internet constituent une forme de punition collective. Elles entravent l'accès à l'information et aux communications nécessaires à la vie quotidienne, ce qui est particulièrement vital en temps de crise. De telles restrictions permettent également d’occulter d’éventuelles violations des droits humains. 

Le gouvernement devrait également assurer un espace pour la tenue de manifestations pacifiques et veiller à ce que les forces de sécurité répondent à la violence conformément aux normes des internationales et africaines des droits humains. Les forces de l'ordre ne devraient généralement recourir à la force létale que pour prévenir les pertes de vies humaines et de manière proportionnelle.

Cette période post-électorale constitue un test crucial. Les partenaires internationaux du Niger devraient exhorter le gouvernement à prendre les bonnes décisions, notamment en levant les restrictions sur Internet, en enquêtant sur les allégations de fraude et en limitant l'usage de la force contre les manifestants au strict nécessaire.

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