(New York) – Les Nations Unies et les pays membres devraient s’attaquer aux problèmes auxquels les femmes du monde entier sont exposées dans les situations de conflit armé, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Cette année marque le 15ème anniversaire de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité, une résolution historique consacrée aux femmes, à la paix et à la sécurité, qui sera débattue au Conseil de sécurité en octobre 2015.

Sarah Jamal Ahmed, sociologue de 24 ans et militante lors du soulèvement de 2011 à Sanaa, devant les portraits de manifestants tués qui sont affichés dans la rue. 

© 2012 Panos/Abbie Trayler-Smith

« Le Conseil de sécurité et les gouvernements sont mieux informés que jamais sur les atrocités infligées aux femmes et aux filles durant les conflits armés, mais ils tardent encore à entreprendre les actions les plus élémentaires pour leur venir en aide», a déclaré Sarah Taylor, chargée de plaidoyer pour les femmes, la paix et la sécurité à Human Rights Watch. « L’ONU a quinze ans de retard dans la mise en œuvre de ses engagements à condamner ces exactions, inclure les femmes aux tables de négociations, protéger les victimes de violences, et punir les individus responsables. »

Le rapport de 20 pages, intitulé « ‘Our Rights are Fundamental to Peace’: Slow Implementation of UN Security Council Resolution 1325 (2000) Denies the Rights of Women and Girls in Armed Conflict » (« ‘Nos droits sont essentiels à la paix’ : La lenteur de la mise en œuvre de la Résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité de l’ONU ignore les droits des femmes et des filles en situation de conflit armé ») examine les insuffisances dans l’action des gouvernements et de l’ONU faisant suite à la Résolution 1325, telles que l’exclusion continue des femmes des négociations de paix, ainsi que la persistance des violences sexuelles doublée du peu d’accès à l’assistance pour ses victimes. Ce rapport s’appuie sur les recherches de terrain et les entretiens menés par Human Rights Watch depuis 2012 auprès de femmes et de filles en Afghanistan, en Colombie, en Irak, en Libye, au Népal, au Nigeria, en Ouganda, en République démocratique du Congo, en Somalie, au Soudan du Sud, au Soudan et en Syrie.

Les femmes sont peu représentées dans les pourparlers de paix officiels et elles sont souvent exclues des prises de décision qui affectent leur sécurité lorsqu’elles sont déplacées à la suite d’un conflit, a indiqué Human Rights Watch. Les femmes dirigeantes de la société civile et les militantes des droits humains courent souvent des risques plus graves en période de conflit armé. L’ONU, les gouvernements et toutes les parties impliquées dans toutes les négociations, notamment les médiateurs et les facilitateurs, devraient agir pour garantir la participation des femmes, traiter les droits des femmes comme une priorité dans les négociations, et veiller à ce que les préoccupations des femmes soient traduites dans les accords finaux.

En situation de conflit armé, les femmes et les filles sont exposées à de multiples exactions, telle que la violence sexuelle. En dépit des engagements pris par les gouvernements et l’ONU, les efforts de prévention et l’accès aux services demeurent extrêmement faibles, et sont même dans certains cas totalement inexistants.

« Les traumatismes subis par les survivantes de viol sont aggravés pendant un conflit armé lorsqu’elles n’ont pas accès à des soins médicaux, à un soutien psychosocial, à une contraception d’urgence, et à un refuge sûr », a expliqué Sarah Taylor. « L’ONU et les gouvernements devraient cesser de se lamenter face aux violences faites aux femmes et aux filles, et faire plutôt de leur protection et de l’accès aux services une priorité dans leurs réponses au conflit. »

Les femmes et les filles qui subissent des violations de leurs droits dans les conflits armés, notamment la violence sexuelle, se retrouvent face à des obstacles majeurs pour obtenir réparation. L’ONU et les gouvernements devraient garantir des enquêtes complètes, crédibles et impartiales sur les violences sexuelles et à caractère sexiste, et mener des poursuites équitables contre les individus responsables de ces crimes, selon Human Rights Watch.

Le rapport souligne les défis auxquels sont confrontées les femmes et les filles dans les situations de conflit, notamment :

  • L’exclusion des femmes des négociations avec les Talibans en Afghanistan ; 
  • Les exactions dont font l’objet les femmes militantes syriennes et d’autres civiles ;
  • L’insuffisance de l’accès à une assistance pour les femmes déplacées en Colombie ; et
  • L’impunité pour les auteurs de violences sexuelles en République démocratique du Congo.

« Les femmes et les filles dont les vies ont été anéanties par les conflits en ont assez des promesses », a conclu Sarah Taylor. « Il est temps que l’ONU et les pays membres placent les femmes et leurs droits au premier plan des négociations et de l’aide. »