Des membres d'une force paramilitaire chinoise défilent devant le place Tiananmen à Pékin, le 31 mai 2011.

© 2011 Reuters

(New York, le 1er juin 2011) - Le refus du gouvernement chinois d'assumer la responsabilité du massacre de civils non armés en juin 1989 a renforcé l'impunité étatique qui sous-tend l'actuelle vague de répression du mouvement de dissidence, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

Depuis 22 ans, le gouvernement chinois continue d'étouffer toute information sur le massacre de Tiananmen et à persécuter les survivants, les proches des victimes, et toute personne qui conteste la version officielle des événements de juin 1989. La répression des manifestants de la place de Tiananmen ainsi que la politique qui a suivi ont ouvert la voie à l'actuelle vague de répression «  préventive » contre les activistes et opposants dans la foulée des soulèvements populaires au Moyen-Orient.

« Les efforts entrepris par le gouvernement chinois pour réduire au silence les personnes perçues comme des  sources d' « instabilité » depuis la mi-février rappellent de façon macabre la campagne visant à nier le massacre de Tiananmen », a déclaré Sophie Richardson, directrice de plaidoyer pour l'Asie à Human Rights Watch. « En refusant de renier la répression militaire survenue le 4 juin 1989, le gouvernement chinois affirme de fait que la même stratégie brutale d'actualité. »

Quelques semaines seulement après l'attribution du Prix Nobel de la Paix à l'écrivain dissident Liu Xiaobo - le seul lauréat qui soit emprisonné - en décembre 2010, les dirigeants chinois ont commencé une offensive contre les détracteurs du gouvernement. Depuis le 16 février 2011, des dizaines d'avocats, de militants de la société civile, et de blogueurs ont été arrêtés sur des accusations criminelles par les autorités publiques, tandis qu'au moins 20 autres personnes ont été victimes de disparitions forcées. Entre 100 et 200 autres personnes ont été soumises à une série de mesures répressives, allant de convocations de la police à des assignations à résidence. Le gouvernement a également renforcé la censure de l'Internet, contraint à la démission plusieurs rédacteurs de journaux ayant exprimé des points de vue libéraux, et imposé de nouvelles restrictions aux journalistes étrangers à Pékin.

Les Mères de Tiananmen, une association de parents de victimes du massacre de Tiananmen qui a établi une liste d'au moins 203 personnes tuées lors de la répression de juin 1989, ont publié un communiqué le 31 mai selon lequel « la situation depuis février 2011 est la pire depuis le 4 juin 1989 ».

On estime à plus d'une dizaine le nombre de citoyens chinois toujours emprisonnés dans le cadre des événements de juin 1989. Parmi eux figure Miao Deshun (苗 德顺), qui avait 25 ans lorsqu'il a été arrêté et accusé d'incendie criminel. Selon d'autres prisonniers, Maio a vigoureusement nié toute culpabilité et été fréquemment battu par des gardiens de prison. Sa peine de prison ne doit s'achever que le 15 septembre 2018.

Plusieurs citoyens chinois ont  fait l'objet de « disparitions » forcées depuis la mi-février 2011. N'étant pas soumis à des procédures juridiques régulières, ils sont donc extrêmement exposés au risque d'être torturés en garde à vue. Parmi ces citoyens figurent les personnes suivantes :

Ceng Renguang (曾 仁 广), militant des droits humains basé à Pékin, porté disparu depuis le 22 février ;
Hu Di (胡 荻), blogueur et écrivain basé à Pékin, porté disparu depuis le 13 mars ;
Hu Mingfen (胡明芬), artiste et comptable pour l'artiste et activiste Ai Weiwei, porté disparu depuis le 8 avril ;
Lan Ruoyu (蓝 若 宇), un étudiant diplômé de Chongqing, porté disparu depuis le 27 février ;
Liu Dejun (刘德军), un blogueur basé à Pékin, porté disparu depuis le 27 février ;
Liu Shihui (刘士辉), un avocat spécialisé dans les droits humains basé à Guangzhou, qui a disparu après avoir été sauvagement battu par un groupe de personnes non identifiées à un arrêt de bus le 20 février ;
Liu Zhenggang (刘正刚), un créateur qui travaille avec Ai Weiwei, porté disparu depuis environ le 1er avril ;
Wen Tao (文涛), un ancien journaliste et assistant d'Ai Weiwei, porté disparu depuis le 3 avril ;
Yuan Xinting (袁新亭), un rédacteur et activiste basé à Guangzhou, porté disparu depuis le début de mars ;
Zhang Haibo (张海波), un blogueur basé à Shanghai, porté disparu depuis le 20 février ;
Zhang Jinsong (张劲松), chauffeur d'Ai Weiwei, porté disparu depuis le 10 avril ;
Zhang Yongpan (张永 攀), activiste juridique basé à Pékin, porté disparu depuis le 14 avril ;
Zhou Li (周莉), militant basé à Pékin, porté disparu depuis le 27 mars ;
Zou Guilan (邹桂兰), un requérant (« petitioner », selon le système chinois) originaire de Wuhan, porté disparu depuis le 17 avril.

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