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RD Congo : Répression à l’encontre de manifestants

Les forces de sécurité ont fait usage d’une force excessive et n’ont fourni aucune protection contre des agresseurs

Les forces de sécurité dispersent des manifestants près du bâtiment du Parlement à Kinshasa, en République démocratique du Congo, le 12 juin 2026. © 2026 Aristote Lokinda/Reuters

(Kinshasa) – Les forces de sécurité en République démocratique du Congo ont fait usage d’une force excessive à l’encontre de manifestants qui protestaient le 12 juin 2026 contre un projet de loi qui pourrait prolonger le mandat du président Félix Tshisekedi, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Les forces de sécurité ont utilisé des gaz lacrymogènes et des matraques dans la capitale, Kinshasa, pour empêcher un groupe de manifestants rassemblés pour défendre la constitution actuelle de participer à un sit-in devant le bâtiment du Parlement. Elles n’ont pas non plus protégé les membres de ce groupe contre l’agression menée par un groupe lié au principal parti au pouvoir.

« Les forces de sécurité congolaises ont employé une force inutile contre des personnes qui tentaient d’exercer leur droit de critiquer les propositions de modifications de la constitution », a déclaré Ashwanee Budoo-Scholtz, directrice adjointe de la division Afrique à Human Rights Watch. « Au lieu de protéger les manifestants, les forces de sécurité ont incité à la violence et laissé les manifestants faire face à l’attaque d’un groupe partisan du parti au pouvoir. »

Entre les 12 et 22 juin, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 38 personnes, dont 15 membres de la Coalition Article 64 (C64) pour la défense de l’ordre constitutionnel, qui ont été blessées le 12 juin, et sept membres de la Force du Progrès, un groupe lié au principal parti au pouvoir, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS).

Le 11 juin, le gouverneur de Kinshasa a rejeté une demande de la C64 d’organiser un sit-in devant le bâtiment du Parlement, le Palais du Peuple, et a proposé un autre lieu. Les membres de la C64 ont refusé cette proposition. Alors que la Constitution garantit le droit de réunion pacifique, la loi sur les manifestations habilite les autorités à empêcher ou à disperser un rassemblement si celui-ci représente une menace pour l’ordre public et la sécurité.

Les personnes interviewées ont indiqué que, le 12 juin, vers 10 heures du matin, des membres de la Force du Progrès ont attaqué les bureaux de plusieurs partis politiques d’opposition affiliés à la C64.

Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé des vidéos montrant des membres d’Action pour la Démocratie et le Développement au Congo (ADD Congo) qui défendaient leur siège contre des membres de la Force du Progrès. Les images révèlent également des débris, des vitres brisées sur le sol du bâtiment et une femme visiblement blessée dans le bureau de l’Alliance pour le Changement (ACH), ainsi que des dommages au siège des Forces Novatrices pour l’Union et la Solidarité (FONUS).

Sept membres de la Force du Progrès interviewés ont déclaré que des membres du principal parti au pouvoir leur avaient demandé de mobiliser leurs partisans pour empêcher le sit-in. « Nous avons tenu la dernière réunion dans l’après-midi de mercredi avant la date de la manifestation [le 10 juin] à Limete [10e rue, Kinshasa], et lors de cette réunion, deux de nos chefs de parti nous ont clairement indiqué de cibler les dirigeants de l’opposition et leurs partis », a raconté l’un d’eux.

« Ils [les membres du parti] ont promis de nous donner de l’argent si nous perturbions la manifestation », a expliqué un membre de la Force du Progrès. « De nombreux jeunes rejoignent le groupe en raison des opportunités d’emplois informels », a raconté un autre.

Vers midi, des membres de la C64 se sont rassemblés au siège du parti d’opposition Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (ECiDé) sur le boulevard Triomphal, puis se sont dirigés vers le bâtiment du Parlement.

Les manifestants ont indiqué que la police avait installé trois barricades près du « rond-point Robot » devant le bâtiment. Alors que les manifestants s’approchaient de la deuxième barricade, la police a lancé des grenades lacrymogènes dans leur direction. Des membres d’une force opérationnelle comprenant une unité spéciale de l’armée congolaise, la Garde républicaine, et les services de renseignement étaient également présents, d’après les témoignages des manifestants.

Graphique © 2026 Human Rights Watch

Les manifestants ont indiqué que leur marche était pacifique jusqu’à ce qu’ils atteignent les barricades de la police. « Nous avons levé les mains en l’air en signe de non-violence », a raconté l’un d’eux.

« Alors que je marchais le long [du boulevard] Triomphal, j’ai entendu un bruit fort, j’ai senti ma jambe devenir lourde et je suis tombé, et j’ai vu que mon pied saignait abondamment », a relaté un manifestant qui a été touché par une grenade lacrymogène.

Des manifestants ont expliqué que des membres de la Force du Progrès ont rejoint les forces de sécurité et ont jeté des pierres et des bouteilles, certaines remplies d’urine, sur eux. Ils ont pu identifier les assaillants comme appartenant à la Force du Progrès parce qu’ils ont ouvertement exprimé leur affiliation à ce groupe pendant les agressions. Deux personnes ont indiqué avoir reconnu des membres spécifiques de la Force du Progrès parce qu’elles avaient travaillé avec eux dans le passé. Human Rights Watch a également vérifié une vidéo montrant deux hommes en civil exprimant leur soutien à la Force du Progrès aux côtés d’autres hommes jetant des pierres et de policiers lançant des grenades lacrymogènes.

Des témoins ont déclaré que certains manifestants ont riposté en jetant des pierres sur les forces de sécurité et les membres de la Force du Progrès.

De nombreux membres de la C64 ont décrit avoir réussi à se mettre en sécurité au siège d’ECiDé, mais les forces de sécurité et les membres de la Force du Progrès les ont suivis et ont continué à les attaquer.

Les témoignages et les preuves vidéo confirment une attaque des forces de sécurité et de la Force de Progrès contre le siège d’ECiDé alors que des politiciens et des manifestants blessés étaient piégés à l’intérieur. Dans une vidéo vérifiée par Human Rights Watch, des policiers sont présents alors que des membres de la Force du Progrès lancent des projectiles en direction du siège et tentent d’ouvrir de force la porte principale. La vidéo montre également un membre des forces de sécurité qui lance apparemment une grenade lacrymogène par-dessus le mur du siège.

Une vidéo vérifiée et géolocalisée par Human Rights Watch montre un membre des forces de sécurité tirant une grenade lacrymogène à courte distance contre le bâtiment.

Human Rights Watch a documenté des blessures chez plus d’une dizaine de manifestants, dont les dirigeants de l’opposition Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Ados Ndombasi.

Les forces de sécurité ont également arrêté et détenu plusieurs dizaines de manifestants, d’après la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH).

Les autorités congolaises ont dénoncé les violences, tandis que le ministre de la Justice et la CNDH ont interrogé les membres de la C64 pour établir les faits. Le 19 juin, le Bureau du Procureur général près la Cour de cassation a annoncé qu’il avait ouvert une enquête sur cet incident.

Le 22 juin, l’UDPS a déposé une plainte auprès de la Cour de cassation demandant l’ouverture d’une procédure judiciaire contre des individus pour avoir utilisé le nom du parti, en particulier ceux qu’il a accusé de s’être fait passer pour la Force du Progrès, en vue de commettre des violences.

Le 3 juillet, le secrétaire général du parti, Augustin Kabuya, a déclaré à Human Rights Watch que le parti n’avait jamais envoyé personne commettre des actes de violence et qu’une fausse Force du Progrès ternissait le nom du parti.

Les Principes de base des Nations Unies sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois prévoient que les forces de sécurité doivent avoir « recours autant que possible à des moyens non violents avant de faire usage de la force ». Lors de la dispersion de rassemblements illégaux mais non violents, les responsables de l’application des lois évitent de recourir à la force ou « limite[nt] l’emploi de la force au minimum nécessaire ».

« L’enquête du gouvernement congolais sur la répression du 12 juin est une étape positive, mais elle doit être indépendante et impartiale pour garantir la détermination des responsabilités », a conclu Ashwanee Budoo-Scholtz. « Les responsables devraient être traduits en justice, quelle que soit leur affiliation à un parti politique, pour montrer que la justice peut prévaloir sur la politique. »

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