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Colombie : Les groupes armés intensifient le recrutement d’enfants

Le nouveau gouvernement devrait faire de la protection des enfants une priorité

Un adolescent colombien âgé de 17 ans, recruté par le 33ème Front du groupe armé Estado Mayor de Bloques y Frentes ou EMBF (« État-major général des blocs et des fronts »), une faction dissidente issue du groupe armé FARC qui fut dissous en 2016, tenait son arme dans une forêt de la région de Catatumbo située dans la nord-est de la Colombie, près de la frontière avec le Vénézuéla.  © 2026 Federico Ríos Escobar
  • Le recrutement d’enfants par des groupes armés en Colombie a fortement augmenté ces dernières années ; ces groupes exploitent la pauvreté, l’exclusion sociale et le manque d’éducation pour attirer les enfants avec des promesses d’argent, de pouvoir et de prestige, et recourent de plus en plus aux réseaux sociaux pour y parvenir.
  • La Colombie a mis en place diverses politiques et stratégies visant à prévenir le recrutement d’enfants et les protéger, ainsi qu’à secourir ceux qui ont été recrutés, mais certaines mesures sont insuffisantes et leur mise en œuvre est souvent inadéquate. 
  • Le nouveau gouvernement du président Abelardo de la Espriella devrait adopter une politique globale en matière de sécurité et de justice afin de mettre fin à ces graves violations des droits humains, et veiller à ce que les organismes chargés de la protection des enfants disposent des ressources et des capacités nécessaires pour lutter contre ce fléau.

(Washington) – Le recrutement d’enfants par les groupes armés en Colombie s’est intensifié en l’absence d’une réponse gouvernementale efficace, a déclaré Human Rights Watch dans un nouveau rapport publié aujourd’hui.Washington, DC) – Child recruitment by armed groups has increased in Colombia as the government has failed to respond effectively, Human Rights Watch said in a report released today.

Ce rapport de 102 pages, intitulé « “I Thought I’d Never See My Mom Again”: Recruitment and Use of Children by Colombian Armed Groups » (« “Je pensais que je ne reverrais plus jamais ma mère” : Recrutement et utilisation d’enfants par les groupes armés colombiens »), examine les mécanismes du recrutement des enfants, les facteurs qui les exposent à ce risque, ainsi que les stratégies et les outils utilisés par les groupes armés, notamment via les réseaux sociaux, pour les recruter. Les chercheurs ont également analysé la réponse du gouvernement à ces abus, notamment ses lacunes à plusieurs égards : prévention du recrutement d’enfants et protection de ceux-ci, sauvetage d’enfants recrutés, aide à la réintégration de ceux qui ont été libérés, et poursuites judiciaires à l’encontre des responsables.

« En Colombie, des groupes armés recrutent des enfants en toute impunité, car les systèmes de protection sont défaillants et les plateformes de réseaux sociaux sont devenus un outil de recrutement plus efficace », a déclaré Juanita Goebertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Chaque enfant recruté reflète l’échec du gouvernement. »

Au moins 1 500 enfants ont été recrutés depuis 2021, selon les données du Bureau du Médiateur colombien (Defensoría del Pueblo de Colombia) examinées par Human Rights Watch. Bien que l’on manque de données exhaustives, les chiffres officiels disponibles indiquent également une forte augmentation du nombre de cas depuis 2023. Les groupes armés dissidents issus des guérilleros démobilisés des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia, FARC) sont à l’origine de la grande majorité des cas signalés, et plus de la moitié de ces cas se concentrent dans le département de Cauca, situé dans le sud-ouest du pays. 

Les communautés autochtones représentent près de la moitié de l’ensemble des cas signalés, alors qu’elles ne constituent que 4 % de la population colombienne. Plus de 30 % des enfants recrutés avaient entre 10 et 14 ans ; leur recrutement est susceptible d’être considéré comme un crime de guerre, au regard du droit international.

Human Rights Watch a mené 184 entretiens avec des responsables gouvernementaux, des travailleurs humanitaires, des dirigeants autochtones et communautaires, des membres d’organisations de défense des droits humains et des droits de l’enfant, ainsi que des agents chargés de la protection de l’enfance ; l’organisation a également organisé des réunions de groupe, en personne et en ligne, avec des enfants ayant été victimes de recrutement ou exposés à ce risque.

Les chercheurs ont examiné plus de 70 témoignages et 40 publications sur des réseaux sociaux, tels que Facebook et TikTok, qui glorifiaient l’appartenance à des groupes armés et encourageaient les utilisateurs à les rejoindre. Ils ont également examiné et analysé des données provenant de nombreuses sources, notamment des institutions nationales et des collectivités locales. 

Les groupes armés et criminels ont tiré parti de la pauvreté, de l’exclusion sociale, de la violence domestique et des obstacles à l’éducation pour recruter des enfants en leur faisant miroiter le pouvoir, l’argent et le prestige. Les enfants sont également recrutés par l’intermédiaire de recruteurs civils qui reçoivent jusqu’à 1 000 dollars US par enfant. Le recrutement a parfois eu lieu dans des écoles rurales, y compris des internats.

Les groupes armés ont également tiré parti des réseaux sociaux pour glorifier la vie au sein de leurs rangs, proposer des offres d’emploi qui ne sont en réalité que des stratagèmes visant à recruter, et entrer en contact avec des enfants via des forums de discussion publics et des services de messagerie privée. Ces plateformes n’ont pas détecté, supprimé ou empêché efficacement ce type de contenu. Dans certains cas, leurs algorithmes semblaient même promouvoir ces publications, élargissant très probablement la portée des groupes armés. 

Human Rights Watch a contacté Meta (entreprise détentrice de Facebook) et ByteDance (TikTok) au sujet de ces constatations. Les deux plateformes ont indiqué que leurs politiques interdisent la diffusion de contenus qui promeuvent, soutiennent ou font l’éloge d’organisations violentes, y compris les groupes armés colombiens ; elles ont également précisé qu’elles disposaient de mécanismes pour empêcher la présence de tels contenus sur leurs plateformes et protéger les enfants. Toutes deux ont déclaré avoir supprimé les profils que Human Rights Watch leur avait signalés comme contenant des contenus explicites relatifs aux groupes armés, notamment des offres de recrutement.

Les groupes armés transfèrent fréquemment les enfants vers d’autres régions afin de les isoler, de rompre leurs liens familiaux et communautaires et de rendre leur fuite plus difficile. Dans certains cas, ils reçoivent une formation militaire. Dans d’autres, ils sont utilisés pour recueillir des renseignements, servir de messagers, prodiguer des soins médicaux, surveiller des otages, participer au trafic de drogue ou servir de gardes du corps aux commandants. Les filles sont particulièrement exposées aux violences sexuelles.

Human Rights Watch a constaté que les politiques et stratégies gouvernementales visant à prévenir le recrutement d’enfants, à protéger et à secourir les enfants, ainsi qu’à assurer le rétablissement et la réinsertion de ceux qui ont été libérés, présentent de graves lacunes.

La politique publique nationale de prévention, adoptée en 2018, est obsolète et ne s’accompagne ni d’un plan d’action clair ni d’un budget dédié. L’organisme chargé de coordonner la réponse gouvernementale, la Commission intersectorielle pour la prévention du recrutement et de l’utilisation des enfants et des adolescents, ainsi que de la violence sexuelle à leur encontre (Comisión Intersectorial para la Prevención del Reclutamiento, Uso, Utilización y Violencia Sexual contra Niños, Niñas y AdolescentesCIPRUNNA), manque de moyens d’application et des ressources nécessaires pour mettre en œuvre les politiques au niveau local. Les autres initiatives gouvernementales ont une portée trop limitée et ne parviennent pas à faire face à l’ampleur croissante du problème.

Les pouvoirs publics colombiens, tant au niveau national que municipal, sont confrontés à des contraintes budgétaires et de capacités qui laissent de nombreux enfants sans protection. 

Les efforts du gouvernement en matière de prise en charge et de réinsertion des enfants libérés n’ont pas su s’adapter aux nouvelles réalités du paysage de la violence en Colombie et traitent les enfants de manière inégale selon la nature du groupe armé qui les victimise. Ceux qui ont été recrutés par des groupes considérés comme parties au conflit armé intègrent un programme spécialisé et peuvent prétendre à des réparations. Les enfants utilisés par des groupes armés considérés comme des organisations criminelles n’étant pas parties au conflit armé peuvent faire l’objet de poursuites judiciaires ou être orientés vers un programme standard destiné aux enfants victimes d’abus.

En l’absence de mécanismes étatiques efficaces, des organisations communautaires locales, telles que les gardes non armés qui protègent les communautés autochtones, ont pris l’initiative de protéger et de soutenir les enfants, et de les soustraire aux groupes armés, mais au prix de risques considérables. Certains ont été tués en représailles.

Le système judiciaire a presque totalement failli à ses obligations envers les enfants victimes de recrutement. Au cours de la dernière décennie, environ 1 % des plaintes pénales concernant le recrutement d’enfants ont donné lieu à une enquête pénale, et seulement 0,2 % ont abouti à une condamnation, la plupart visant des auteurs de faible niveau.

Le nouveau gouvernement du président Abelardo de la Espriella devrait adopter une politique globale en matière de sécurité et de justice afin de mettre fin à ces graves violations des droits humains, a déclaré Human Rights Watch.

Le gouvernement colombien devrait veiller à ce que les organismes chargés de lutter contre le recrutement d’enfants, en particulier au niveau municipal, disposent de ressources et de personnel suffisants. Le gouvernement devrait également soutenir les organisations autochtones et d’autres dirigeants locaux, et collabore avec eux, afin de protéger les enfants dans toute la Colombie.

Les plateformes de réseaux sociaux devraient mettre en œuvre une diligence raisonnable en matière de droits humains afin d’identifier, d’évaluer, de prévenir, d’atténuer et de rendre compte des risques liés à leurs systèmes susceptibles de contribuer au recrutement et à l’utilisation d’enfants par des groupes armés. 

« Mettre fin au recrutement d’enfants exigera bien plus que la simple présence de soldats sur le terrain », a conclu Juanita Goebertus. « Les enfants exposés au risque d’être recrutés ont un besoin urgent de pouvoir poursuivre leurs études, puis de gagner leur vie. »

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Articles

Le Monde  Sud-Ouest/AFP  TV5Monde

LaPresse.ca  LaLibre.be  Entrevue

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