(La Haye) – La première audience majeure de la Cour pénale internationale (CPI) dans l’affaire de l’ex-président des Philippines Rodrigo Duterte constitue une étape cruciale pour garantir la justice aux victimes de la « guerre antidrogue » menée par son gouvernement, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans un document de questions-réponses sur cette procédure.
Du 23 au 27 février, un collège de trois juges de la CPI examinera les preuves afin de déterminer s’il convient ou non de confirmer les charges retenues contre Duterte, en vue de l’ouverture éventuelle de son procès. Cette audience ne constitue pas en soi un procès, et n’a pas pour but d’établir la culpabilité ou l’innocence de Duterte. À l’issue de l’audience, les juges disposeront de 60 jours pour rendre une décision écrite.
« L’ancien président Duterte pensait à tort être intouchable et au-dessus des lois », a déclaré Maria Elena Vignoli, conseillère juridique senior auprès du programme Justice internationale de Human Rights Watch. « L’affaire portée devant la CPI témoigne de la détermination des victimes survivantes et des familles de victimes à obtenir justice, en dépit des obstacles et des dangers auxquelles elles ont été confrontées. »
La police philippine a recensé environ 6 200 Philippins tués lors d’opérations antidrogue menées par le gouvernement entre 2016 et 2022. Les organisations de défense des droits humains aux Philippines estiment que jusqu’à 30 000 personnes ont été tuées dans le cadre de cette « guerre antidrogue », principalement des personnes indigentes vivant en zones urbaines. Parmi les victimes, de nombreux enfants ont subi les conséquences néfastes de cette campagne de Duterte.
Les sanctions imposées par les États-Unis contre la CPI, ainsi que les condamnations par contumace prononcées par un tribunal russe contre des responsables de la Cour, sont symptomatiques des atteintes croissantes au principe de l’état de droit au niveau mondial. Les progrès réalisés dans l’affaire Duterte confirment la pertinence et l’importance de ce tribunal international pour s’assurer que les auteurs de crimes internationaux graves soient tenus de rendre des comptes, a souligné Human Rights Watch.
L’actuel président philippin, Ferdinand Marcos Jr., n’a toujours pas renié la « guerre antidrogue » en tant que politique d’État, ni abrogé les décrets et autres déclarations politiques de son prédécesseur. Depuis l’entrée en fonction de Marcos le 1er juillet 2022, plus de 1 000 personnes seraient mortes dans le cadre de la poursuite de cette campagne.
« La procédure engagée par la CPI contre Duterte devrait inciter le président Marcos à rompre avec le passé, à se désolidariser des politiques sanglantes de son prédécesseur, et à promouvoir la justice et l’état de droit », a conclu Maria Elena Vignoli. « Marcos devrait annoncer publiquement la fin de la ‘‘guerre antidrogue’’, ouvrir des enquêtes crédibles sur les responsables des exactions, et entreprendre les démarches nécessaires afin que les Philippines redeviennent un État partie au Statut de Rome de la CPI. »