Un migrant passe devant les slogans “Refugees Welcome” (réfugiés bienvenue) écrits sur un mur près de l’ancienne « Jungle » à Calais, France, le 23 août 2017

© 2018 Reuters

Peu après son élection à la Présidence de la République l’an dernier, Emmanuel Macron a eu une vision pleine d’espoir, en faveur d’une gestion humaine de la crise de l’asile qui touche le pays. « Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois [...]. Je veux [...] partout des hébergements d'urgence. »

Or rien de tel ne s’est produit.

Demain, Emmanuel Macron se rend à Calais, dans le nord de la France. Plus d'un an après la fermeture de « la Jungle », le camp qui s’était formé dans cette ville, 600 à 700 demandeurs d’asile et migrants, dont 100 à 150 enfants non accompagnés, vivent toujours dehors, dans des conditions de plus en plus désespérées. Ils sont confrontés au harcèlement et à des violences de la part des forces de police, et sont en danger en raison du froid. Cette réalité contraste vivement avec les engagements d’Emmanuel Macron en faveur d’une approche humaine.

L’été dernier, Human Rights Watch a constaté que les policiers de Calais faisaient un usage excessif de la force contre les demandeurs d’asile et les migrants, utilisant des gaz irritants de façon routinière, confisquant leurs sacs de couchage, couvertures et vêtements, perturbant la distribution de l’aide humanitaire et harcelant les travailleurs humanitaires.

Le ministère de l’Intérieur et le préfet ont nié tout abus commis par la police. Mais en octobre, les inspections générales de l’administration, de la police nationale et de la gendarmerie nationale ont trouvé des éléments convaincants prouvant que la police avait eu recours à la force de manière excessive et commis d’autres abus. Elles ont émis une série de recommandations pour que cela change. Parmi elles, l’utilisation correcte des aérosols de gaz par les forces de police, le port en permanence visible de leur matricule et l’utilisation de caméras lors des opérations et des contrôles d’identité.

En dépit de ces recommandations, les abus se sont poursuivis. En décembre, plus de 30 demandeurs d’asile et migrants, de même que des travailleurs humanitaires, m’ont indiqué que la police continuait de détruire et de confisquer les tentes, abris et effets personnels – et ce à l’approche de l’hiver. Kuma*, 17 ans, m’a confié : « quand [les policiers] viennent, ils nous frappent. Ils prennent nos sacs de couchage et nos vestes, à chaque fois. Ils me frappent parfois. Ils pulvérisent du gaz, partout sur mon visage. Ils disent : ‘Ne dormez pas. Allez-vous-en !’... »

Il est vrai que l’accès des migrants à l’eau et aux sanitaires s’est amélioré à Calais. Mais le dispositif d’hébergement d’urgence prévu pour la période hivernale n’ouvre que lorsque les températures sont particulièrement rudes, et il n’y a pas assez de places pour tout le monde. 

La France est capable de mieux faire.

Emmanuel Macron devrait exiger la fin immédiate des pratiques policières abusives et que les autorités appliquent les autres recommandations du rapport d’octobre. L’hébergement d’urgence devrait être ouvert en permanence pour ceux qui, sans cela, seraient sans abri cet hiver.

Les autorités devraient également s’engager à ce que les migrants aient pleinement accès à l’information et aux procédures de demande d’asile, sans retards injustifiés. Le discours de Macron doit devenir réalité – et ce, dès maintenant à Calais.

*Le prénom a été changé