(Calais, le 27 octobre 2016) – Les autorités locales ont agi de façon prématurée le 26 octobre 2016 en mettant fin à l’enregistrement et à la relocalisation des enfants et adultes se trouvant dans le camp de migrants de Calais, a estimé Human Rights Watch aujourd’hui.

« Mission accomplie » à Calais, a déclaré la préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio, affirmant que les migrants et demandeurs d’asile ont tous été transportés vers des centres à travers toute la France ou, dans le cas des enfants non-accompagnés, enregistrés et hébergés dans des conteneurs reconvertis en abris. Mais des chercheurs de Human Rights Watch ont constaté qu’au moins cent enfants non-accompagnés et des centaines d’adultes, qui faisaient encore la queue lorsque les autorités ont clôturé l’enregistrement le 26 octobre, ont passé la nuit dans le camp.

Un groupe de jeunes garçons et de jeunes hommes du camp de migrants de Calais tentent de se réchauffer après s’être réunis avant l’aube dans l’espoir que l’enregistrement des mineurs non accompagnés et des adultes reprenne, le 27 octobre 2016.

© 2016 Zalmaï/Human Rights Watch

« Dans leur désir de crier rapidement victoire et se retirer, les autorités locales ont entaché une opération qui s’était globalement bien passée », a déclaré Bénédicte Jeannerod, Directrice France à Human Rights Watch. « Il est absolument inacceptable d’abandonner à leur sort ces personnes à Calais, alors qu’elles ont besoin de protection. »

Dans leur désir de crier rapidement victoire et se retirer, les autorités locales ont entaché une opération qui s’était globalement bien passée.

Bénédicte Jeannerod

Directrice France

L’enregistrement des mineurs non-accompagnés a pris fin peu après midi, le 26 octobre, et les autorités ont tourné le dos à tous les adultes restants environ trois heures plus tard.

Les autorités françaises affirment que 1 200 enfants non-accompagnés ont été enregistrés avant la fermeture de la procédure, en plus des 235 enfants qui avaient déjà été transférés au Royaume-Uni. Les autorités avaient estimé qu’au moins 1 300 enfants non-accompagnés vivaient dans le camp avant le début du démantèlement le 24 octobre. Mais les associations ont répété tout au long de la semaine dernière qu’en réalité, le nombre d’enfants non-accompagnés dans le camp était plutôt de 1 600.

Au total, près de 5 600 adultes et enfants ont bénéficié d’une solution alternative d’accueil entre le 24 octobre et la fin de la journée du 26 octobre, selon le Ministère de l’Intérieur.

Pour les milliers d’adultes qui ont été relocalisés ailleurs en France avant que le processus d’enregistrement ne soit brusquement interrompu, l’opération apparaît s’être de manière générale déroulée dans le calme. Mais la décision de mettre fin au processus le 26 octobre a laissé des centaines de personnes, adultes comme enfants, dans l’incertitude, privées de la solution d’accueil qui leur avait été promise, a déclaré Human Rights Watch.

Pour les enfants non-accompagnés, le processus d’enregistrement a été entaché d’autres problèmes significatifs, comme a pu le constater Human Rights Watch.

Les enfants non-accompagnés devaient avoir une file réservée pour être enregistrés et accueillis dans le centre d’accueil provisoire (CAP), une partie du camp constituée de containers aménagés. Mais à la fin de chacune des trois journées, l’enregistrement a été clos alors qu’un nombre important d’enfants attendaient encore d’être vus. La plupart des enfants qui n’avaient pas pu passer avant la fin de la journée du 25 octobre étaient à nouveau dans la queue avant l’aube le 26 octobre au matin, et se sont vus refouler à nouveau à la fin de l’enregistrement.

Le sentiment de sécurité des enfants non-accompagnés s’est amenuisé de jour en jour, au fur et à mesure que les adultes avec lesquels ils avaient vécu sont partis. Un volontaire dans le camp a déclaré à Human Rights Watch : « Beaucoup de ces adultes s’occupaient, de fait, d’enfants qui n’étaient pas les leurs, et maintenant ils sont partis – privant les enfants de la maigre protection qu’ils avaient ».

Les autorités sur place ont échoué à fournir des informations précises à tous les enfants, et les enfants non-accompagnés ont été confrontés à des obstacles pratiques dans l’accès au processus d’enregistrement.

Certains enfants ont été rejetés sur la base d’une estimation arbitraire de leur âge. Des policiers en ont arbitrairement exclu certains des files d’attente, sur la base de leur apparence –et dans certains cas, parce qu’ils n’avaient pas obéi à des ordres qui leur étaient donnés en français, une langue que la plupart d’entre eux ne comprend pas. D’autres étaient écartés avant l’entrée du hangar dédié à l’enregistrement sur la base de quelques questions.

Les autorités locales ont rejeté les appels à reprendre l’enregistrement en début de journée le 27 octobre. Mais, reconnaissant apparemment qu’elles n’avaient pas relocalisé tous les adultes du camp, le service de bus a repris à 10h30. Les autorités ont aussi annoncé à 12h30 que l’enregistrement rouvrirait pour une heure et demie.

Peu avant 17h00, la police anti-émeute a repoussé vers une rue latérale tous les migrants se trouvant encore dans le camp, y compris la quinzaine d’enfants non-accompagnés, sans donner d’informations sur ce qu’il allait advenir d’eux.

Les autorités locales devraient travailler avec les organisations présentes sur place pour s’assurer que tous les enfants non accompagnés soient enregistrés et reçoivent une attention et une protection appropriée, a conclu Human Rights Watch.