(Nairobi) – Des groupes armés qui se disputent le contrôle d'une province du centre de la République centrafricaine se sont attaqués aux populations civiles au cours des trois derniers mois, dans ce qui apparaît comme une spirale de meurtres de représailles, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Ces attaques ont fait au moins 45 morts et causé le déplacement d'au moins 11 000 personnes. 

Les enfants d'un homme d'ethnie Peul tué en février 2017 par des miliciens du FPRC et des combattants anti-balaka près de Baïdou, un village situé entre Ippy et Bria, en République centrafricaine. 

© 2017 Edouard Dropsy pour Human Rights Watch

Depuis fin 2016, deux factions de la Séléka, un groupe armé majoritairement musulman, se sont affrontés durement dans la province de Ouaka, déjà marquée par l’instabilité : l'Union pour la Paix en Centrafrique (UPC), essentiellement composée d'hommes de l'ethnie Peul ; et le Front Populaire pour la Renaissance de la Centrafrique (FPRC), qui s'est allié avec les anti-balaka — le principal groupe armé ayant combattu la Séléka.

« Des groupes armés prennent les civils pour cibles en commettant des meurtres de représailles dans la partie centrale du pays », a déclaré Lewis Mudge, chercheur à la division Afrique de Human Rights Watch. « Tandis que les factions se disputent le pouvoir en République centrafricaine, les civils de tous bords sont exposés à leurs attaques meurtrières. »

Human Rights Watch a visité la province de Ouaka début avril 2017 et a interrogé, à Bambari, 20 personnes qui avaient récemment fui les combats. Ces personnes ont donné les noms et des indications au sujet d'environ 45 civils (17 hommes, 13 femmes et 15 enfants) qui avaient été tués par des combattants des deux camps. Le nombre total des victimes est très probablement plus élevé car de nombreuses personnes sont toujours portées disparues.

La force de maintien de la paix des Nations Unies dans le pays, la Mission multidimensionnelle intégrée pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), a déployé environ un millier de ses 12 870 membres dans la province de Ouaka au cours des trois derniers mois, mais les attaques se poursuivent.

L'escalade de la violence dans cette région illustre combien il importe de mettre sur pied et rendre opérationnelle la Cour pénale spéciale (CPS) récemment créée, a déclaré Human Rights Watch. Ce tribunal — créé par une loi adoptée en juin 2015 — sera composé de juges et de procureurs nationaux et internationaux, mais fonctionnera dans le cadre du système judiciaire national de la République centrafricaine. Il enquêtera et poursuivra les auteurs de graves violations des droits humains commises dans le pays depuis 2003.  

La dernière série de meurtres a commencé à la mi-février quand des combattants anti-balaka ont tendu une embuscade à un groupe de civils circulant à bord d'un camion dans le village de Ndoussoumba, tuant au moins 16 civils d'ethnie Peul. Une survivante, « Asatu », âgée de 20 ans, a déclaré à Human Rights Watch qu'elle avait sauté du camion au début de l'attaque et avait reçu une balle dans une jambe. « J'ai vu au moins 20 attaquants anti-balaka et beaucoup de cadavres sur le sol », a-t-elle dit. « Les anti-balaka nous tiraient dessus de près avec des kalachnikovs et des fusils artisanaux. »

Aux alentours du 19 mars, des miliciens anti-balaka ont attaqué trois hommes d'ethnie Peul à Yassine, une ville située dans une région aurifère au nord-est de Bambari, qui était sous le contrôle de l'UPC depuis 2014. Deux de ces hommes sont décédés ; trois témoins les ont décrits comme étant des bouchers de la région qui n'avaient pas participé à des combats. Le troisième homme a déclaré qu'il s'en était tiré de justesse après avoir eu une épaule éraflée par une balle.

Le 20 mars, des combattants anti-balaka et du FPRC qui se trouvaient dans les villes de Wadja Wadja et Agoudou-Manga, s'attendant à une attaque imminente de l'UPC, ont ordonné aux habitants de se déplacer vers Yassine pour leur sécurité. Mais le lendemain vers 5h00 du matin, des combattants de l'UPC ont attaqué Yassine, tuant au moins 18 civils, dont au moins 10 enfants.

« Les Peuls [combattants de l'UPC] ont commencé à tirer et à lancer des grenades dans notre direction », a affirmé « Marie », une habitante d'Agoudou-Manga qui a été contrainte de se réinstaller à Yassine. « Ils tiraient sur tout le monde. Les anti-balaka ont tout simplement abandonné les civils. J'ai vu des enfants morts pendant que je m'enfuyais. »

Un homme de Wadja Wadja, « Clément », qui se trouvait dans une autre partie du village quand l'attaque a commencé, a affirmé avoir perdu sa mère et quatre enfants dans cette attaque. « Ma femme m'a dit plus tard que les enfants jouaient sur la natte [devant une hutte] avec le bébé quand l'attaque a commencé. Nous les avons trouvés là, morts sur la natte. Ils avaient tous été atteints par des balles. J'ai perdu mon fils de 7 mois, ma fille de 3 ans, mon fils de 10 ans et ma fille de 13 ans. »

Human Rights Watch a documenté d'autres meurtres de civils commis par l'UPC dans la même région à la même période, comme à Ouropo, à Kpele et à Moko.

Le 13 avril, Médecins Sans Frontières a affirmé avoir documenté d'autres meurtres de civils aux alentours de Bakouma et de Nzako, dans la province de Mboumou, et dans la ville de Bria, dans la province de Haute-Kotto, toutes deux situées à l'est de la province de Ouaka. Human Rights Watch n'a pas pu avoir accès à ces zones en raison de la poursuite des violences.

« Ces meurtres sont le résultat de cycles de représailles », a déclaré à Human Rights Watch un responsable local à Bambari, la capitale de la province de Ouaka. « Un groupe va tuer une personne, alors l'autre groupe va en tuer trois, puis le premier groupe va en tuer vingt. »

Le général Ali Darassa Mahamant est le commandant des forces de l'UPC, qui contrôlent la majeure partie de la province de Ouaka depuis 2013. En décembre 2016, l'UPC a exécuté au moins 32 civils et capturé des combattants à la suite d'affrontements avec le FPRC à Bakala, à l'ouest de Bambari. En février, la MINUSCA a demandé à Darassa de quitter Bambari afin d'éviter une effusion de sang. Darassa et la plupart de ses forces sont maintenant basés à environ 50 kilomètres de la ville.

Un homme récemment déplacé construit une hutte à Bambari, en République centrafricaine, le 7 avril 2017. Des affrontements entre miliciens de l'UPC et du FPRC dans la province de Ouaka ont contraint environ 11 000 personnes à chercher refuge à Bambari depuis février 2017. 

© April 7, 2017 Edouard Dropsy pour Human Rights Watch

Hassan Bouba, coordinateur politique de l'UPC, a démenti que le groupe ait attaqué Yassine. « Au contraire, le village a été attaqué par la coalition des anti-balaka et du FPRC, et l'UPC a dû venir à la rescousse », a-t-il dit par téléphone le 19 avril. « Le village a été attaqué parce que la coalition éprouvait de la rancœur du fait que les gens de Yassine vivaient avec des Peuls. Nos hommes sont toujours là-bas pour protéger les habitants. »

Le directeur du cabinet politique du FPRC, Lambert Lissane, a affirmé par téléphone, le 24 avril, que les combattants du FPRC et leurs alliés anti-balaka n'étaient pas impliqués dans les attaques contre les civils peuls. Selon lui, il s'agissait là de fausses informations répandues par certaines personnes.
Au moins 11 000 personnes déplacées du fait des combats ont cherché refuge à Bambari depuis le 19 mars, selon des responsables d'organisations humanitaires sur place, et sont venues s'ajouter aux dizaines de milliers de déplacés qui se trouvaient déjà dans la ville. Les difficultés d’accès à de la nourriture et à un abri demeurent de graves problèmes.

L'appel de fonds de 399,5 millions de dollars US nécessaires pour financer le plan de réponse humanitaire de l'ONU n'a été couvert par les gouvernements qu'à hauteur de 7,9 %.

Les crimes commis dans la province de Ouaka relèvent de la compétence de la CPS et de la Cour pénale internationale (CPI).

En septembre 2014, la CPI a ouvert une enquête sur les crimes commis en République centrafricaine depuis 2012. Cette enquête présente l’occasion d’établir une importante part des responsabilités pour les crimes commis, mais elle n’aboutira probablement à des procès que dans qu'un petit nombre d’affaires.  Le gouvernement a nommé le procureur de la CPS en février, mais le tribunal est toujours à court de personnel et de locaux. Le gouvernement, l'ONU et les gouvernements partenaires devraient fournir un appui financier, logistique et politique à ce tribunal afin qu'il puisse commencer ses travaux sans tarder, a déclaré Human Rights Watch.

« Dans le centre du pays, les affrontements se sont aggravés et le nombre de victimes parmi la population civile a augmenté », a affirmé Lewis Mudge. « Une attention redoublée et la volonté de faire rendre des comptes aux commandants dont les troupes commettent des abus sont nécessaires pour empêcher le pays de retomber dans les effusions de sang à grande échelle qui ont entaché son passé récent. »

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Le conflit en République centrafricaine

La République centrafricaine est en crise depuis fin 2012, lorsque les rebelles majoritairement musulmans de la Séléka ont lancé une campagne militaire contre le gouvernement de l'ancien président François Bozizé, s'emparant de la capitale, Bangui, en mars 2013. Leur régime a été marqué par des violations des droits humains généralisées, y compris des meurtres de civils à grande échelle. Vers le milieu de 2013, des milices chrétiennes et animistes connues sous le nom d'anti-balaka ont commencé à organiser la contre-attaque contre la Séléka. Assimilant tous les musulmans à la Séléka, les anti-balaka ont mené sur une large échelle des attaques de représailles contre les civils musulmans à Bangui et dans les régions de l'ouest du pays.

En 2014, les forces de l'Union africaine et les forces françaises ont chassé la Séléka de Bangui et, vers la fin de l'année, la Séléka s'est scindée en plusieurs factions, chacune contrôlant sa propre zone.

L'Union pour la Paix en Centrafrique (UPC)

L'UPC est une faction issue du Front populaire pour le redressement (FPR), un groupe rebelle tchadien composé essentiellement de Peuls tchadiens et centrafricains et commandé par le Tchadien Babba Laddé. Le commandant adjoint du FPR, Ali Darassa Mahamant, a rejoint la Séléka et a créé officiellement l'UPC en septembre 2014. Il en est actuellement le président et le commandant.

Le Front Populaire pour la Renaissance de la Centrafrique (FPRC)

Deux anciens dirigeants de la Séléka, Michel Djotodia et Noureddine Adam, sont les chefs de cette faction issue de la Séléka. En juillet 2015, un groupe au sein du FPRC s'en est séparé pour former le Mouvement Patriotique pour la Centrafrique (MPC). Quoique ces deux factions aient dans le passé rivalisé pour établir leur pouvoir, en particulier aux alentours de Kaga-Bandoro, elles ont également uni leurs forces lorsque cela leur était mutuellement bénéfique.

Les combattants du FPRC et du MPC ont tué des civils lors d'attaques, notamment en octobre 2016 lorsqu'ils ont rasé un camp pour personnes déplacées à Kaga-Bandoro, tuant au moins 37 civils et en blessant 57.

Des affrontements intenses entre l'UPC et le FPRC ont commencé en novembre à Bria. Ces combats, qui ont duré 11 jours, ont fait au moins 14 morts et 76 blessés parmi les civils.

L'attaque de Yassine 

La ville de Yassine, située dans une région aurifère près d'Ippy, au nord-est de Bambari, et la zone alentour sont tombées sous le contrôle de l'UPC en 2014, mais ont été tenues alternativement par l'UPC et le FPRC depuis que ces deux groupes ont commencé à s'affronter fin 2016.

Aux alentours du 19 mars, des miliciens anti-balaka ont attaqué trois hommes d'ethnie Peul à Yassine, tuant deux d'entre eux, Soulymane Abassa et Ousmane. Trois témoins ont affirmé à Human Rights Watch que ces hommes étaient des bouchers locaux qui n'avaient pas participé à des combats. Le survivant de l'attaque a raconté :

Soulymane, Ousmane et moi-même avions tué une vache et nous étions sur le point de la découper quand les anti-balaka sont arrivés. Ils ont commencé à ouvrir le feu dans le village et nous nous sommes enfuis chacun de notre côté. Ils m'ont vu et m'ont tiré dessus, et la balle m'a éraflé l'épaule, mais j'ai pu courir jusqu'à de hautes herbes pour me cacher. De là, je les ai vus tuer Soulymane par balles et Ousmane à coups de machette.

Le 7 avril, un chercheur de Human Rights Watch a constaté la présence de cicatrices sur le corps de ce survivant, conformément à son témoignage.

Le 20 mars, des combattants anti-balaka et du FPRC stationnés dans les villes de Wadja Wadja et Agoudou-Manga ont forcé la population à se déplacer vers Yassine. Selon les habitants, les combattants ont expliqué qu'ils s'attendaient à une attaque de représailles de l'UPC soit contre Wadja Wadja, soit contre Agoudou-Manga, et que c'était pour leur sécurité qu'ils obligeaient les habitants à se déplacer. « Nous leur avons demandé si nous pouvions aller nous cacher dans les broussailles, mais la coalition ne nous y a pas autorisés », a déclaré un habitant de Wadja Wajda. « Ils voulaient que nous allions à Yassine. »

Yassine avait été désertée à cause de combats récents et les centaines d'habitants de Wadja Wadja et d'Agoudou-Manga ont cherché refuge dans des maisons abandonnées, dans la nuit du 20 mars. Des témoins ont affirmé que la plupart des combattants anti-balaka et du FPRC sont alors retournés à Wadja Wadja et à Agoudou-Manga, plutôt que de dormir à Yassine.

Vers 5h00 du matin le 21 mars, des combattants de l'UPC ont attaqué Yassine , qui était dans une large mesure sans défense. « Marcel », âgé de 39 ans, a déclaré que le village semblait encerclé. « Il y a eu un coup de feu, puis il a semblé qu'ils commençaient à tirer sur nous de toutes les directions autour du village », a-t-il dit. « Ils tiraient au fusil automatique et au lance-roquettes. Il était très difficile de savoir où s'enfuir car ils tiraient dans toutes les directions et sur tout ce qui bougeait. » Lors de l'attaque, les quelques combattants anti-balaka et du FPRC qui étaient restés à Yassine se sont enfuis dans les bois environnants.

« Marie », âgée d'environ 40 ans, a affirmé avoir reconnu certains des attaquants de l'UPC. « Je connaissais certains de ces hommes, c'étaient des miliciens d'Ali Darassa », a-t-elle dit. « Ils étaient déjà venus souvent pour voler et c'étaient les mêmes que ceux qui percevaient des taxes à l'entrée des mines d'or pour l'UPC. »

« Faustin », un habitant de Wadja Wadja âgé de 55 ans, a déclaré qu'il s'était enfui dans la forêt environnante : 

Pendant ma fuite, j'ai vu des cadavres. À un moment, j'ai entendu une femme qui criait que son mari et son fils avaient été tués. Au bout d'environ une heure, l'attaque a cessé et je suis retourné lentement vers le village. J'ai vu de nombreux cadavres dans la nature. Certaines personnes étaient mortes parce qu'elles avaient été blessées, d'autres semblaient avoir été tuées sur place.

Un habitant d'Agoudou-Manga âgé de 47 ans, « Maurice », a déclaré avoir vu les corps de jeunes enfants, morts alors qu'ils tentaient de s'enfuir dans les bois. « Il y avait un grand cours d'eau qui n'était pas facile à traverser », a-t-il dit. « Alors que je revenais vers Yassine après l'attaque, j'ai vu trois enfants morts dans le cours d'eau. Ils avaient essayé de traverser en s'enfuyant, mais ils ne savaient pas nager et ils se sont noyés. Ils étaient jeunes, ils avaient peut-être entre 3 et 5 ans. »

« Blandine », une femme âgée de 30 ans ayant survécu à la polio mais qui ne peut pas marcher, a déclaré avoir fait semblant d'être morte pendant l'attaque car elle ne pouvait pas s'enfuir. Alors que les combattants de l'UPC pillaient Yassine, ils l'ont trouvée, ont volé ses biens et lui ont dit de partir, selon elle. S'aidant de béquilles, elle est sortie de Yassine et a vu les cadavres d'au moins sept enfants, de trois femmes et de quatre hommes.

Un habitant de Wadja Wadja, « Clément », a déclaré avoir perdu sa mère et ses quatre enfants dans l'attaque :

Nous étions venus de Wadja Wadja la veille au soir. Nous dormions dans une petite hutte à l'orée du village et les enfants étaient devant la hutte. Il faisait tellement chaud que les enfants dormaient dehors sur une natte. Tôt dans la matinée, je suis allé discuter avec d'autres hommes dans une autre partie du village. Soudain, nous avons entendu des coups de feu. J'ai essayé de retourner en courant auprès de ma famille, mais les tirs étaient trop intenses. Des gens tombaient devant moi, donc j'ai dû faire demi-tour et m'enfuir. J'ai couru dans les broussailles et je me suis caché.

Ma femme m'a dit plus tard que les enfants jouaient sur la natte avec le bébé quand l'attaque a commencé. Nous les avons trouvés là, morts sur la natte. Ils avaient tous été atteints par des balles. J'ai perdu mon fils de 7 mois, ma fille de 3 ans, mon fils de 10 ans et ma fille de 13 ans. Ma mère, qui avait 54 ans, a été brûlée vive dans une hutte où elle dormait. Nous avons enterré ma famille dans un trou qui avait été creusé pour installer une latrine. Tout le monde s'enfuyait, donc nous n'avons pas pu leur donner un enterrement adéquat.

Les attaques contre les membres de l'ethnie Peul

À la mi-février, des combattants anti-balaka ont tué au moins 16 civils d'ethnie Peul quand ils ont pris en embuscade un camion transportant des passagers à Ndourssoumba, un village situé à environ 30 kilomètres d'Ippy. Selon deux survivants, ce groupe avait commencé son voyage à Mbourousso et tentait de se mettre en sécurité à Bambari. Une femme d'environ 27 ans, qui a perdu deux enfants dans cette attaque, a déclaré :

Nous étions essentiellement un groupe de femmes et d'enfants. Nous tentions d'éviter les combats. Quand nous sommes entrés dans Ndourssoumba, les anti-balaka nous ont attaqués. Le camion s'est arrêté et j'ai vu qu'il y avait déjà des morts. Les anti-balaka se sont approchés très près de nous car nous n'avions pas d'armes. Ils ont continué à tirer sur nous. Nous avons tous décidé de fuir. J'ai sauté du camion et je me suis mise à courir. Pendant ma fuite, j'ai reçu une balle dans un pied mais j'ai continué à courir. Je portais mon fils Adam [âgé d'environ un an] dans le dos pendant que je courais. Je ne l'ai pas su mais il a reçu une balle dans le dos. Pendant que nous courions, ma fille Mariam [âgée de 3 ans] est tombée. Elle a été abattue. Je me suis enfuie dans les broussailles et, avec d'autres Peuls, nous sommes parvenus jusqu'à Boyo. Et de là, nous sommes allés à Bambari. Adam était blessé et il est mort quelques jours après notre arrivée à Bambari.

Des responsables locaux de la communauté Peul ont affirmé que d'autres Peuls étaient toujours dans les bois et dans la savane dans les provinces de Ouaka et de Haute-Kotto. Human Rights Watch a interrogé un témoin du meurtre d'un homme d'ethnie Peul nommé Dairou en février près de Baïdou, un village situé entre Ippy et Bria. Cet homme avait 10 enfants.

Les attaques dans la province de Ouaka

Au cours des semaines précédant l'attaque du 21 mars contre Yassine, les combattants de l'UPC ont intensifié leurs attaques contre les civils dans la province de Ouaka. En janvier, des miliciens de l'UPC ont attaqué des mines près d'Ouropo, sur la route reliant Bambari à Alindao. « Pascal », un habitant d'Ouropo âgé de 21ans, a déclaré :

L'UPC nous a attaqués alors que la nuit tombait. Nous n'avons pas eu d'autre choix que de nous enfuir. Je me suis enfui dans les broussailles, où je me suis caché pendant six jours. Pendant ces journées, j'ai découvert les corps de membres de ma famille. Ma sœur, Pulschirie Ndakala, a été tuée. Elle était enceinte de sept mois. Mon frère jumeau, Lucien, a aussi été tué. Son cadavre avait été dévoré par des animaux mais nous l'avons reconnu grâce à ses vêtements.

Environ à la même période que l'attaque d'Ouropo, des combattants de l'UPC ont attaqué Kpele, tuant deux civils, et Moko, tuant au moins quatre personnes. Un témoin de l'attaque de Moko a déclaré qu'il s'était enfui dans les bois et avait vu les combattants de l'UPC piller, incendier des maisons et tirer sur les civils. Des responsables locaux d'Ouropo et de Moko ont affirmé avoir reconnu les assaillants comme étant des miliciens de l'UPC placés sous le commandement d'un homme basé à Alindao et connu sous le nom de Bin Laden. 

Établissement des responsabilités et droit international

En 2014, le gouvernement de transition de l'époque a saisi la Cour pénale internationale (CPI) de la situation en République centrafricaine depuis le 1er août 2012. La CPI a ouvert une enquête en septembre 2014. Mais elle n'a pas encore prononcé d'inculpation dans le cadre de cette enquête.

Compte tenu des limites du mandat et des ressources de la CPI, la nouvelle Cour pénale spéciale (CPS) offre une réelle occasion d'apporter une meilleure justice en poursuivant les commandants de toutes les parties au conflit qui sont responsables de crimes de guerre, tels que ceux commis par les anti-balaka, le FPRC et l'UPC. Ce tribunal a besoin d'un soutien international constant.

Le 15 février, le président Faustin-Archange Touadéra a nommé le colonel Toussaint Muntazini Mukimapa, procureur général des forces armées de la République démocratique du Congo, comme procureur spécial de la CPS, mais de nombreux autres postes n'ont pas encore été pourvus au sein de la Cour. Des systèmes visant à assurer la protection des témoins et du personnel de la Cour ne sont pas encore en place, mais sont essentiels pour que la Cour puisse fonctionner. Le gouvernement devrait faire de ce tribunal spécial une priorité et adopter un calendrier doté de dates butoir claires pour le rendre opérationnel.

Les meurtres délibérés de civils constituent une violation du droit international humanitaire et leurs auteurs peuvent être poursuivis en justice pour crimes de guerre. Le droit international humanitaire interdit également strictement aux parties à un conflit de cibler en guise de représailles des civils ou des combattants qui ont cessé de prendre part directement aux hostilités.

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