Le mois dernier, je me suis rendu à Bakala, une ville du centre de la République centrafricaine où de violents combats entre deux groupes rebelles ont causé récemment la mort d’au moins 38 personnes. Quelques habitants courageux m’ont montré un puits où sept corps avaient été jetés. Près de là, nous avons vu ce qui ressemblait à du sang dans une école où un homme ayant réussi à fuir a indiqué que 25 autres personnes avaient été exécutées.

Des douilles de balles sur le sol à Bakala, en République centrafricaine, après des combats entre l’Union pour la Paix en Centrafrique (UPC) et le Front Populaire pour la Renaissance de la Centrafrique (FPRC) en décembre 2016. Photo prise le 22 janvier 2017.

Ali Darassa, commandant du groupe rebelle identifié par des témoins comme étant responsable de ces meurtres, l'Union pour la Paix en Centrafrique (UPC), a rejeté ces allégations avec véhémence. « Ces accusations ont été lancées contre moi et mes hommes par le passé et pourtant regardez, je suis toujours là », a-t-il déclaré. « Je n’ai pas été arrêté. »

Depuis que le pays a sombré dans des violences politiques et communautaires en 2013, causant des milliers de morts parmi les civils, personne n’a fait l’objet de poursuites pour crimes graves. Toutes les parties au conflit ont commis des exécutions et des violences sexuelles.

Depuis la semaine dernière, toutefois, Darassa et ses pareils devraient se sentir moins tranquilles. Le 15 février en effet, le Président de la RCA a désigné Toussaint Muntazini Mukimapa, de la République démocratique du Congo, comme procureur spécial d’une nouvelle Cour pénale spéciale (CPS). Après des années d’impunité, cette cour offre une véritable chance que les commandants responsables de crimes soient traduits en justice dans le pays.

La CPS, dotée d’un personnel national et international, a pour mandat de mener des enquêtes et des poursuites pour les crimes les plus graves commis en RCA depuis 2003. Elle travaillera en partenariat avec la Cour pénale internationale, qui a pour mandat de poursuivre les crimes commis depuis août 2012, mais qui ne pourra se consacrer qu’à une poignée de suspects de haut niveau.

Les progrès dans la mise en place de la CPS ont été lents, mais les partenaires internationaux ont fourni des fonds initiaux, et la désignation du procureur général est un pas en avant crucial. Il s’agira ensuite de désigner rapidement les juges et d’autres membres du personnel de la Cour, et de lui assurer un soutien financier à long terme.  

Cette cour aidera à briser le cycle d’impunité qui a laissé de nombreux groupes armés libres de tuer à volonté.

Une femme qui a fui de Bakala après que son mari a été exécuté a clairement expliqué le problème. « Si ceux qui ont tué mon mari sont autorisés à continuer de tuer, comment pouvons-nous rentrer chez nous ? » a-t-elle demandé. « Ils doivent arrêter de tuer. Ils doivent savoir qu’ils auront à subir des conséquences. »

La désignation du procureur général est une étape vers l’application de ces conséquences. Cela pourrait rapprocher le pays de la paix.