(Beyrouth) – Le 17 octobre, les autorités saoudiennes ont annoncé avoir exécuté Hassan Zaki al-Faraj, qui avait été condamné pour des crimes qu’il aurait commis alors qu’il était âgé de 14 ans, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
La Cour suprême saoudienne aurait également confirmé la condamnation à mort d’un autre homme, Youssef al-Manasif, reconnu coupable de crimes qu’il aurait commis alors qu’il avait 15 et 16 ans, ce qui l’expose au risque imminent d’exécution. Au moins trois autres hommes condamnés pour des crimes qu’ils auraient commis alors qu’ils étaient enfants se trouvent aussi dans le couloir de la mort, malgré des allégations de torture, d’aveux extorqués sous la contrainte, et d’isolement cellulaire prolongé.
« L’exécution de Hassan al-Faraj choque la conscience, d’autant plus qu’elle a été basée sur des preuves qui auraient été obtenues sous la torture, et compte tenu de l’historique bien documenté de procès inéquitables en Arabie saoudite », a déclaré Joey Shea, chercheuse senior sur l’Arabie saoudite à Human Rights Watch. « Suite à la récente décision de la Cour suprême, Youssef al-Manasif est également exposé au grave risque d’exécution. »
La condamnation à mort de Youssef al-Manasif a récemment été confirmée par la Cour suprême saoudienne, a rapporté l’Organisation européenne saoudienne pour les droits humains (European Saudi Organisation for Human Rights, ESOHR). En octobre et novembre 2022, la tristement notoire Cour pénale spécialisée d’Arabie saoudite avait prononcé des condamnations à mort contre Hassan al-Faraj et Youssef al-Manasif, ainsi que quatre autres accusés – Ali al-Mabyook, Jawad Qureiris, Ali al-Subaiti et Mahdi al-Mohsen – pour des crimes de terrorisme qu’ils auraient commis alors qu’ils étaient mineurs, selon un rapport de l’ESOHR et des documents judiciaires.
Les autorités saoudiennes ont arrêté Hassan al-Faraj le 27 novembre 2017, l’ont maintenu à l’isolement pendant six mois et l’ont inculpé de diverses infractions liées à la lutte contre le terrorisme, dont une qu’il aurait commise alors qu’il avait 14 ans ; il aurait alors rencontré et noué des liens d’amitié avec d’autres personnes détenues ou recherchées, d’après l’acte d’accusation et les documents judiciaires. Le 3 novembre 2022, la Cour pénale spécialisée l’a condamné à mort, malgré les allégations selon lesquelles il aurait été torturé et contraint de signer les aveux sur lesquels repose sa condamnation, selon les avocats de la défense.
Les documents judiciaires examinés par Human Rights Watch indiquent que les autorités ont arrêté Youssef al-Manasif le 6 avril 2017, et Ali al-Mabyook le 29 janvier 2018. Youssef al-Manasif, membre de la minorité chiite, a été arrêté pour avoir manifesté contre le traitement de cette communauté par les autorités saoudiennes, et pour avoir participé à des cortèges funéraires en 2011 et 2012, alors qu’il était âgé de 15 et 16 ans, selon l’ESOHR et un rapport des Nations Unies. Ali al-Mabyook a été arrêté pour avoir participé à des cortèges funéraires avant d’avoir atteint l’âge de 18 ans, selon l’ESOHR et les documents judiciaires.
Le 2 novembre 2022, un tribunal a reconnu Youssef al-Manasif et Ali al-Mabyook coupables et les a condamnés à mort, en vertu de lois antiterroristes formulées de manière vague et de vaste portée ; ces verdicts ont été fondés presque exclusivement sur des aveux qui, selon les avocats de la défense, auraient été obtenus sous la torture. Les autorités n’ont informé Youssef al-Manasif des chefs d’accusation retenus contre lui que plusieurs mois après son arrestation. Il n’a eu accès à aucune assistance juridique pendant son interrogatoire et a été maintenu en détention provisoire pendant plus de deux ans, dont six mois à l’isolement, selon les documents consultés.
Le 19 mars 2025, Youssef al-Manasif et Ali al-Mabyook ont interjeté appel devant la chambre d’appel de la Cour pénale spécialisée. Ces recours étaient fondés sur le fait qu’ils étaient tous deux âgés de moins de 18 ans au moment où les infractions présumées ont été commises, selon les documents judiciaires. Le 26 août 2025, la cour d’appel a rejeté cet argument de la défense, en se référant aux dates figurant dans leurs aveux, et malgré les allégations selon lesquelles ces aveux auraient été obtenus sous la torture.
Les autorités saoudiennes ont arrêté Jawad Qureiris le 31 décembre 2020, selon les documents judiciaires. Elles l’ont inculpé en vertu de la loi antiterroriste pour des infractions présumées commises alors qu’il était âgé de 15 et 17 ans. Le 5 novembre 2022, la Cour pénale spécialisée l’a reconnu coupable et condamné à mort, malgré les allégations de violents passages à tabac subis pendant les interrogatoires afin de le contraindre à signer des aveux, selon les documents. Jawad Qureiris a également été maintenu à l’isolement pendant 270 jours afin de le contraindre à avouer, selon ces documents.
Le 12 novembre 2024, cette condamnation à mort a fait l’objet d’un appel devant le même tribunal ; Jawad Qureiris a alors déclaré n’avoir commis aucune des infractions qui lui étaient reprochées, à l’exception d’une participation à une manifestation en 2010 quand il avait 15 ans, selon les documents judiciaires. Le tribunal a confirmé sa condamnation à mort le 2 mars 2025.
En novembre 2024, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a conclu que les détentions de Youssef al-Manasif, de Hassan Zaki al-Faraj et de Jawad Qureiris étaient arbitraires, et que les trois accusés ne faisaient qu’exercer leur droit à la liberté d’expression lorsqu’ils ont participé à des manifestations contre le traitement de la minorité chiite en Arabie saoudite.
Le 9 avril 2026, les autorités saoudiennes ont exécuté Ali al-Subaiti pour des crimes qu’il aurait commis alors qu’il avait 12 ans, selon l’Agence de presse saoudienne. Le 23 octobre 2017, les autorités saoudiennes ont arrêté Ali al-Subaiti, alors âgé de 19 ans, et l’ont inculpé en vertu de dispositions antiterroristes, notamment pour adhésion à une organisation terroriste et financement de celle-ci, ainsi que pour tentative de « porter atteinte au tissu social et à la sécurité nationale » en incitant à la manifestation, selon l’acte d’accusation. Les chefs d’accusation comprenaient la participation à une manifestation alors qu’il avait 12 ans, et la « dissimulation d’activités terroristes [d’autres personnes] » alors qu’il avait 17 ans. Le tribunal a condamné Ali al-Subaiti à mort le 17 octobre 2022, selon l’ESOHR.
La loi saoudienne de 2018 sur les délinquants mineurs et un décret de 2020 ont mis fin à l’application de la peine de mort à l’encontre de personnes âgées de moins de 18 ans au moment des faits, sauf pour les affaires relevant de la loi antiterroriste de 2017. Dans les affaires non liées au terrorisme, la peine de mort est remplacée par une peine d’emprisonnement maximale de 10 ans. Human Rights Watch a précédemment documenté l’utilisation abusive par les autorités saoudiennes de la loi antiterroriste pour réduire au silenceles voix dissidentes.
En 2025, l’Arabie saoudite a exécuté Jalal al-Labbad et Abdullah al-Derazi, tous deux accusés d’avoir commis des crimes alors qu’ils étaient enfants, dans le cadre d’une vague d’exécutions sans précédent, malgré les appels lancés par des experts des Nations Unies et par des organisations de défense des droits humains pour empêcher ces exécutions.
Human Rights Watch a documenté des violations de longue date du droit à un procès équitable dans le cadre du système de justice pénale saoudien, notamment des restrictions ou la privation de l’accès à une représentation juridique et pour des aveux obtenus sous la contrainte, ce qui rend hautement improbable que les huit hommes cités ci-dessus aient été jugés lors de procès équitables.
La Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, à laquelle l’Arabie saoudite est un État partie, interdit strictement le recours à la peine de mort pour les infractions commises par des personnes âgées de moins de 18 ans. L’article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), ainsi que l’article 6 de la Charte arabe des droits de l’homme, soulignent que les pays qui appliquent la peine capitale ne devraient le faire que pour les « crimes les plus graves ». Human Rights Watch s’oppose à la peine de mort dans tous les pays et en toutes circonstances, en raison de la cruauté intrinsèque et du caractère irréversible de ce châtiment.
« La vague d’exécutions en Arabie saoudite, en particulier pour des infractions commises par des enfants, ne montre aucun signe de ralentissement en 2026 », a conclu Joey Shea. « Cela montre l’urgente nécessité pour la communauté internationale de faire pression sur le gouvernement saoudien afin qu’il mette immédiatement fin aux exécutions, et abolisse la peine de mort, de manière définitive. »
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