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Arabie saoudite : Une femme condamnée à 34 ans de prison pour des tweets

La répression dans le royaume s'intensifie suite à l'assouplissement de l'isolement diplomatique

Salma al-Chehab. © 2022 Democracy Now

(Beyrouth, le 19 août 2022) – Le 9 août 2022, une cour d'appel en Arabie saoudite a condamné une doctorante saoudienne à 34 ans de prison sur la seule base de son activité sur Twitter, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Cette nouvelle peine, représentant une hausse spectaculaire par rapport au premier verdict de six ans de prison, serait la plus longue jamais infligée à une femme saoudienne pour l’expression pacifique de ses opinions en ligne.

Fin 2021, la Cour pénale spéciale, le tribunal antiterroriste du pays, avait condamné Salma al-Chehab à six ans de prison pour ses tweets. Elle a fait appel de la peine en affirmant qu'elle ne savait pas que son activité sur Twitter constituait un crime, et que son audience d'environ 2 000 suiveurs était trop petite pour « perturber l'ordre […] de la société ». Pourtant, le 9 août, la cour d'appel a décidé d'augmenter sa peine, estimant que la peine initiale n'avait eu l’effet « dissuasif » escompté.

« Même pour l'Arabie saoudite, la peine de 34 ans infligée à Salma al-Chehab pour l’expression pacifique de ses opinions est absurde », a déclaré Sarah Yager, directrice du bureau de Human Rights Watch à Washington. « Les autorités saoudiennes se sentent clairement habilitées à écraser toute dissidence, et celles des femmes saoudiennes en particulier. Les États-Unis, la France et les autres gouvernements qui ont renforcé leurs liens diplomatiques avec le royaume devraient rapidement et publiquement condamner cette décision. »

Selon les documents judiciaires examinés par Human Rights Watch, Salma al-Chehab a été condamnée à 8 de prison en vertu de la loi antiterroriste saoudienne pour avoir « soutenu des personnes qui incitent au terrorisme », à 10 ans pour avoir apporté son « soutien à des personnes qui cherchent à perturber l'ordre public, affaiblir la sécurité de la société et saper la stabilité de l'État » en suivant ces personnes sur Twitter et en en retweetant leurs posts, à 5 ans pour avoir « créé un compte en ligne pour commettre l'un des actes interdits par la loi antiterroriste » et à 5 ans pour avoir « diffusé des rumeurs fausses et malveillantes » -- soit 28 ans pour ces infractions.

Le tribunal l'a en outre condamnée à une année supplémentaire de prison en vertu de la loi anti-cybercriminalité pour « création d’un compte en ligne qui perturbe l'ordre public ». Enfin, le juge qui présidait l’audience a également ajouté une peine discrétionnaire de 5 ans. En plus de la peine totale de 34 ans de prison, le tribunal a prononcé à l’encontre de Salma al-Chehab une interdiction de voyager d’une durée de 34 ans, devant débuter après sa peine de prison, et une ordonnance de confiscation de ses appareils et de fermeture de son compte Twitter.

Les autorités ont détenu Salma al-Chehab en janvier 2021 alors qu'elle était en visite en Arabie saoudite et quelques jours avant son retour prévu au Royaume-Uni, où elle est candidate au doctorat dans sa dernière année à la faculté de médecine de l'université de Leeds. Son expertise porte sur les nouvelles techniques en médecine bucco-dentaire. Salma al-Chehab, âgée de 34 ans, a deux enfants, âgés de 6 et 4 ans.

Le porte-parole du département d'État américain a déclaré lors d'une conférence de presse que « l'exercice de la liberté d'expression pour défendre les droits des femmes ne devrait pas être criminalisé ». Cependant, le voyage du président Joe Biden en Arabie saoudite en juillet a été considéré par beaucoup comme une victoire pour le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, et n’a pas permis d’obtenir un engagement à mettre fin à la répression des libertés d'expression, de réunion pacifique et d'association.

Par ailleurs, fin juillet à Paris, le président français Emmanuel Macron a accueilli Mohammed ben Salmane lors d’une réunion à l'Élysée ; ce fut un autre signe de la fin de l'isolement diplomatique de l'Arabie saoudite, qui avait été lié a diverses violations des droits humains.

Communiqué complet en anglais : en ligne ici.

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