Skip to main content

Myanmar : Des manifestants meurent dans un massacre perpétré par la junte en mars

Les forces de sécurité les ont encerclés et tiré sur les secours à Hlaing Tharyar

(Bangkok) – Les forces de sécurité du Myanmar ont délibérément encerclé les manifestants et eu recours à la force létale dans la commune de Hlaing Tharyar, à Rangoun, lors des manifestations du 14 mars 2021 contre la junte, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Des soldats et des policiers armés de fusils d’assaut militaires ont tiré sur les manifestants pris au piège et sur ceux qui tentaient d’aider les blessés, tuant ou blessant au moins 65 manifestants et passants.

À la suite du coup d’État militaire du 1er février contre le gouvernement démocratiquement élu du Myanmar, de nombreuses manifestations avaient éclaté à Rangoun et dans d’autres villes. La police et l’armée ont fait usage à plusieurs reprises de la force létale contre des manifestants majoritairement pacifiques, en violation du droit international relatif aux droits de l’homme. Les fusillades meurtrières de Hlaing Tharyar se distinguent par le nombre considérable de victimes et le recours manifestement prémédité à la force létale par les forces de sécurité.

« Le massacre par les forces de sécurité du Myanmar de plusieurs dizaines de personnes à l’extérieur de Rangoun à la mi-mars n’était pas un incident au cours duquel le contrôle antiémeutes a mal tourné », a déclaré Manny Maung, chercheuse sur le Myanmar auprès de la division Asie à Human Rights Watch. « Les meurtres commis à Hlaing Tharyar présentent les caractéristiques d’une attaque planifiée contre des manifestants pour laquelle les responsables, quel que soit leur rang, devraient rendre des comptes. »

Le commandant militaire de la région de Rangoun, qui est responsable des forces armées du Myanmar dans ce secteur, y compris Hlaing Tharyar, est le général de brigade Nyunt Win Swe qui, selon d’anciens officiers militaires, contrôle aussi les forces de police pendant les opérations conjointes. Le chef de la police de la région de Rangoun, à la tête de toutes les forces de police de la région, est le général de brigade Myo Min Htike

Human Rights Watch s’est entretenu à distance avec six témoins des violences à Hlaing Tharyar et a également vérifié 13 vidéos des manifestations filmées le 14 mars, et 31 photographies postées sur Facebook, Twitter ou YouTube.

Les manifestations dénonçant le coup d’État ont débuté en mars à Hlaing Tharyar, une zone essentiellement industrielle située de l’autre côté de la rivière Hlaing, à l’ouest de Rangoun. Comme de nombreux membres de syndicats vivent et travaillent dans cette zone, les manifestations y ont été particulièrement importantes et bien organisées. Avant le lever du jour le 14 mars, les manifestants ont érigé des barricades en blocs de ciment et des sacs de sable aux principaux arrêts de bus le long de la route de la rivière Hlaing, la principale artère de la région, en prévision de grèves sous forme de « sit-in » à partir de cinq heures du matin.

Vers 10 heures, environ 200 soldats et policiers ont commencé à entrer dans Hlaing Tharyar, contournant les barrières et obligeant les manifestants à battre en retraite ou à se disperser.  Des témoins ont affirmé qu’à 11 heures, les forces de sécurité avaient piégé de nombreux manifestants par l’est et l’ouest, une tactique connue dans certains pays sous le nom d’« encerclement ». Un seul témoin à Mie Kwat Zay a indiqué que les forces de sécurité avaient adressé un avertissement verbal avant que militaires et policiers ne commencent à tirer sur les manifestants, mais dans tous les autres endroits, les témoins n’ont entendu aucun avertissement.

Les témoignages et les vidéos indiquent que les forces de sécurité  ont délibérément tiré sur les manifestants dans l’intention de les tuer ou de les mutiler, sans que leur propre vie n’ait été menacée. Une vidéo montre des policiers et des militaires rassemblés à 13 heures sur le pont Aung Zeya, qui sépare Hlaing Tharyar de Rangoun. Ils regardent les manifestants dans les rues en contrebas et on peut les entendre discuter sur qui et à quel moment ouvrir le feu. Une personne non identifiée, hors caméra, dit : « Tirez-leur dans la tête ! », tandis que deux policiers pointent des fusils d’assaut vers les manifestants. Des coups de feu retentissent et le même individu non identifié crie : « Tirez ! Tirez ! Tirez ! ».

Les six témoins ont affirmé que les forces de sécurité ont également tiré sur des personnes qui tentaient de rejoindre les blessés. « [N]ous n’étions pas en mesure d’aider les blessés parce qu’ils nous tiraient dessus si nous essayions », a indiqué un témoin. « Nous ne pouvions pas les atteindre, et ils sont morts. Certaines personnes qui ont essayé d’aider se sont avancées quand même, elles ont reçu une balle dans la tête et sont mortes. »

Des témoins ont affirmé que certains manifestants se sont servis d’armes, telles que des projectiles, des frondes et des cocktails Molotov, en réponse aux tirs des forces de sécurité. Aucune victime n’a été signalée parmi les forces de sécurité.

Les Principes de base des Nations unies sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois stipulent que les forces de sécurité « auront recours autant que possible à des moyens non violents avant de faire usage de la force ou d'armes à feu », et, à tout moment, feront un usage minimal de la force selon ce qui est nécessaire. Les armes à feu ne peuvent être utilisées que lorsque d’autres moyens moins extrêmes sont insuffisants, mais doivent tout de même l’être avec la plus grande modération possible. L’usage intentionnel d’armes à feu pour tuer n’est autorisé que lorsqu’il est strictement inévitable pour protéger des vies humaines. Les Principes de base prévoient en outre qu’« en cas de décès ou de blessure grave, ou autre conséquence grave, un rapport détaillé sera envoyé immédiatement aux autorités compétentes. »

À la suite de la fusillade du 14 mars, la junte a imposé la loi martiale dans les cantons de Hlaing Tharyar et de Shwe Pyi Thar, situés à proximité, et accusé des « émeutiers » d’avoir mis le feu à plusieurs usines de confection et d’avoir bloqué les pompiers. 

Depuis le coup d’État, les forces de sécurité du Myanmar ont tué plus de 1 200 manifestants et passants, commettant des meurtres, des actes de torture et d’autres crimes qui constituent des crimes contre l’humanité. Le meurtre, qui constitue un crime contre l’humanité, a été défini par les tribunaux internationaux comme un décès qui « résulte d’un acte ou d’une omission de l’accusé, commis avec l’intention de tuer ou de causer des dommages corporels graves en sachant raisonnablement que cela entraînerait probablement la mort ».

Le Conseil administratif d’État – la junte du Myanmar –, n’a pris manifestement aucune sanction à l’encontre d’agents ou de membres des forces de sécurité, que ce soit pour leur implication dans les infractions pénales commises à Hlaing Tharyar ou au titre de la responsabilité du commandement.

L’ONU, les organismes régionaux et les gouvernements, y compris l’Union européenne, les États-Unis et le Royaume-Uni, doivent réagir aux violations des droits humains et aux crimes contre l’humanité au Myanmar en complétant, renforçant et coordonnant les sanctions internationales visant les dirigeants de la junte et l’armée, avec à sa tête le général Min Aung Hlaing.

Ces mesures devraient inclure des sanctions ciblées contre certains commandants militaires et policiers, notamment le général de brigade Nyunt Win Swe, qui est le commandant militaire de la région de Rangoun, et le chef de la police de la région de Rangoun, le général de brigade Myo Min Htike, ainsi qu’un embargo mondial sur les armes et des restrictions financières pour appauvrir les sources de revenus de la junte issus des industries extractives.

« Hlaing Tharyar a été le théâtre d’un bain de sang dont tous les responsables doivent être traduits en justice », a conclu Manny Maung. « De telles atrocités se poursuivront à moins que le Conseil de sécurité de l’ONU et les gouvernements concernés ne prennent des mesures concertées pour que les dirigeants de la junte du Myanmar rendent compte de leurs actes. »

Informations détaillées

Meurtres et autres exactions perpétrés à Hlaing Tharyar

Début mars, des manifestants ont érigé des barricades devant plusieurs arrêts de bus le long de la route principale de la rivière de Hlaing, qui est perpendiculaire à la rivière du même nom. Avant le lever du jour le 14 mars, ils se sont rassemblés devant les barricades pour former des sit-in à partir de 5 heures du matin. À 10 heures, les forces de sécurité sont arrivées au niveau de la première barricade, à l’arrêt de bus 1. Selon des témoins, environ 200 soldats et policiers ont facilement contourné les barrières, obligeant les manifestants à reculer vers l’ouest le long de la route, ou à se disperser vers le nord et le sud dans des ruelles.

Le 14 mars 2021, vers 11 heures, des forces de sécurité du Myanmar sont arrivées à Hlaing Tharyar, et ont encerclé des manifestants venant de l'est, de l'ouest et du sud (tactique de « kettling »). Peu après 11h30, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur les manifestants. Dans cette vidéo filmée vers 12h30 le 14 mars, des manifestants tentent de fuir la zone de l'arrêt de bus 3, en direction de l'est, mais sont piégés par les forces de sécurité à bord de véhicules militaires arrivés en provenance du pont Aung Zeya. Crédits : © 2021 Maxar Technologies. Source : Google Earth. Données routières : Open Street Maps et contributeurs. Vidéo : Source non identifiée. Données vérifiées par Human Rights Watch.

À 11 heures, les forces de sécurité sont arrivées de l’est et de l’ouest, prenant au piège les manifestants entre les arrêt de bus 3 et 5. Entre midi et 12h40, les forces de sécurité ont encerclé les manifestants entre les arrêt de bus 1 et 3, d’après l’analyse de Human Rights Watch, qui fait correspondre des points de repère clés visibles dans deux vidéos avec des images satellites et la longueur et l’angle des ombres dans les vidéos.

Des pseudonymes ont été utilisés pour protéger les témoins.

Selon « Ko Phyo », qui a rejoint le sit-in au lever du jour à l’arrêt de bus Mie Kwat Zay, près du marché local, vers 11h30, la police et les soldats ont commencé à tirer à balles réelles, sans discontinuer, piégeant les manifestants pendant les deux heures qui ont suivi :

À Mie Kwat Zay, un groupe de soldats et de policiers a rejoint les rangs depuis la direction de l’arrêt de bus BOC [jonction] et un autre groupe à l’arrêt de bus 1 est venu nous coincer entre les deux. Les policiers étaient devant et les soldats derrière. Ces derniers ont commencé à tirer.

« Zaw Zaw » a indiqué que vers 11 heures, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur les manifestants près de l’arrêt de bus 5 :

Ils ont commencé par utiliser des gaz lacrymogènes, puis des balles en caoutchouc. Au bout d’une demi-heure, ils ont utilisé des balles réelles. De notre côté, nous nous sommes servis de lance-pierres et de projectiles, et certains ont même lancé des cocktails Molotov...Beaucoup de gens sont morts sous mes yeux... Je n’oublierai jamais ce jour.
Le 14 mars 2021 vers 12 h 30, des manifestants près de l'arrêt de bus 3 à Hlaing Tharyar, au Myanmar, couraient vers l'est pour fuir les tirs et les gaz lacrymogène tirés par les forces de sécurité. Mais ils se sont retrouvés face à des convois de la police et de l'armée circulant sur le pont Aung Zeya et se dirigeant vers l’ouest (tactique du « kettling » ou encerclement). Crédits : © 2021 Maxar Technologies. Source : Google Earth. Données routières : Open Street Maps et contributeurs. Vidéo : Source non identifiée. Données vérifiées par Human Rights Watch.

« Zaw Htet », qui avait rejoint un sit-in avec d’autres militants pour les droits des travailleurs à l’arrêt de bus Tar Tar Phyu, sur la route de la rivière Hlaing, a indiqué qu’à 13 h 40, au moins 50 camions militaires s’étaient rendus sur le pont Aung Zeya, près de la barricade dressée par les manifestants. Les forces de sécurité avaient franchi d’autres barricades devant lui. Il a indiqué qu’elles ont commencé à tirer lorsqu’elles ont atteint Tar Tar Phu. Au moins deux membres armés des forces de sécurité étaient positionnés sur deux bâtiments surélevés :

Quatre personnes se sont fait tirer dessus à Tar Tar Phu devant moi. Sur les quatre, trois sont mortes sur place et une autre a été évacuée en taxi vers une clinique...Un garçon à côté de moi était terrifié. Je lui ai dit de rester allongé sur le sol et de ne pas se lever, mais il avait tellement peur qu’il a pris la fuite. Il est mort d’une balle dans le cou.

« Thiri » a affirmé que lorsqu’elle est arrivée à l’arrêt de bus 3 vers 14h30, trois personnes étaient déjà mortes. Elle a pu voir que d’autres étaient prises au piège à cause de la fusillade, mais que quelques-unes essayaient de faire marche arrière pour quitter la route principale et s’engager sur une voie adjacente. Elle a pu distinguer deux membres des forces de sécurité embusqués en haut d’un grand bâtiment, pointant leurs armes vers l’arrêt de bus, et deux autres situés sous un arbre du côté opposé de la route :

Nous pouvions voir les policiers et soldats se rapprocher de nous peu à peu. Alors, ceux d’entre nous qui le pouvaient ont commencé à reculer et à se disperser aux abords de l’arrêt de bus 5 en essayant d’emprunter les petites rues. C’est à ce moment-là qu’ils ont déployé un drone [aérien] pour voir dans quelle direction nous prenions la fuite. Il n’y avait pas beaucoup de soldats à ce moment-là, mais ils savaient quelles directions prenaient tous les manifestants...Juste sous mes yeux, j’ai vu une personne se faire tirer dessus au niveau de l’abdomen, qui s’est déchiré.

Les forces de sécurité du Myanmar ont utilisé des drones volant à basse altitude lors de manifestations ailleurs dans le pays, à Monywa, dans la région de Sagaing, ainsi que dans celle de Mandalay.

« Thiri » a affirmé que peu après avoir vu le drone, cinq autres camions militaires sont arrivés sur le pont Aung Zeya. Le personnel des forces de sécurité leur a tiré dessus ainsi que sur quatre autres personnes et une balle a touché un lampadaire à proximité. Elle s’est enfuie et cachée derrière une barricade près de l’arrêt de bus 5, mais les forces de sécurité tiraient dessus également :

J’ai vu des policiers et des soldats arriver par les petites routes et arrêter tous ceux qui se trouvaient sur leur chemin. J’étais alors à l’arrêt de bus 5, et j’ai vu qu’ils tiraient sur les gens qui couraient et essayaient de se cacher derrière les barricades. Lorsque des forces supplémentaires sont arrivées, la police et l’armée ont avancé ensemble et tiré de manière continue. J’ai vu un autre homme se faire tuer par balle.
Ces sacs de sable avaient été mis en place par des manifestants sur Hlaing River Road, principale rue de Hlaing Tharyar, au Myanmar, le 14 mars 2021. © 2021 Frontier Myanmar

« Zaw Zaw » a témoigné :

Vers 16 heures, nous nous sommes regroupés à l’arrêt de bus BOC. La police et les soldats avaient attaqué d’autres arrêts en amont, comme à Tar Tar Phyu et Mie Kwat Zay. Lorsque nous sommes arrivés à l’arrêt BOC, un manifestant a reçu une balle en caoutchouc qui a pénétré sa colonne vertébrale. Ils nous ont même poursuivis dans les petites rues.

Une autre manifestante, « Honey », a indiqué que, vers 17 heures, lorsque les coups de feu sont retombés, elle a pris sa moto pour aller voir ses amis :

C’est à ce moment-là que je suis tombée sur un sniper qui tirait depuis un bâtiment élevé, probablement le bâtiment de téléphonie de Ko Nyi Ma Swe, sur la route de la rivière Hlaing. J’ai dû descendre de ma moto et m’enfuir. Plus tôt, j’avais vu le corps d’un homme abattu. J’ai vu son sang sur la route. Son corps a été retiré par des habitants des environs.

Selon des témoins, les tirs ont continué jusque tard dans la soirée. Un journaliste a rapporté qu’à 18 heures, les forces de sécurité poursuivaient et tiraient toujours sur les manifestants près des routes de Bogyoke Aung San et de la rivière Hlaing, près de l’arrêt de bus 3.

Tirs délibérés sur des manifestants

Des témoins ont décrit des situations dans lesquelles ils pensaient que les forces de sécurité prenaient pour cible et tiraient sur des manifestants, des récits corroborés par les vidéos analysées par Human Rights Watch.

Le 14 mars 2021, juste avant 13 heures, des policiers et des soldats déployés sur le pont Aung Zeya à Hlaing Tharyar, au Myanmar, ont pointé leurs fusils d'assaut sur des manifestants. Des coups de feu peuvent être entendus. Crédits : © 2021 Maxar Technologies. Source : Google Earth. Données routières : Open Street Maps et contributeurs. Vidéo : Source non identifiée. Données vérifiées par Human Rights Watch.

Dans une vidéo, enregistrée vers 13 heures, on peut entendre des policiers et des militaires sur le pont Aung Zeya discuter sur qui et à quel moment tirer, et dans quelle direction viser. Le pont suspendu surplombe les manifestants au sol, et on peut voir deux policiers du côté nord du pont pointer leurs fusils vers le bas, en direction de la route de Bo Ba Htoo. Des ordres sont criés en arrière-plan de ne pas tirer pendant que les forces de sécurité se coordonnent pour faire feu. On entend ensuite des coups de feu répétés hors-champ.

Un policier a mis en ligne sur Tik Tok une vidéo, dans laquelle on peut voir des policiers arborant l’insigne distinctif de l’unité antiémeute de Lone Htein, se préparant à avancer en direction des manifestants quelque part à Rangoun, vers midi. Alors qu’ils discutent des armes qu’ils vont utiliser, un officier dit aux autres : « Vous vous occuperez de Hlaing Tharyar. » Un autre répond : « Je n’aurai aucune pitié pour ces gens. » Human Rights Watch et d’autres organisations ont depuis longtemps documenté le rôle très abusif que la police antiémeute de Lone Htein a joué lors des précédentes répressions, en passant à tabac et en détenant sans raison des manifestants, souvent en étroite collaboration avec l’armée.

Deux témoins ont affirmé avoir entendu des armes automatiques être utilisées pendant la répression. Militaires et policiers portaient des fusils d’assaut militaires qui peuvent être utilisés en mode entièrement automatique. Une photo postée par un média local montre des officiers et des véhicules militaires stationnés sur la route de Hlaing entre Mie Kwat Zay et les arrêts de bus BOC, entre 16 et 18 heures, et un soldat portant apparemment un fusil d’assaut MA-1. D’autres photos de policiers du côté Rangoun du pont Aung Zeya montrent qu’ils avaient des fusils d’assaut de série BA.

Les vidéos et les images examinées par Human Rights Watch révèlent que les forces de sécurité ont recouru à la force létale contre les manifestants. Elles montrent également celles-ci en train d’effectuer une manœuvre coordonnée pour encercler les manifestants et les empêcher de s’enfuir.

Dans une vidéo filmée juste avant 12h30, un groupe de manifestants se tient sous une rangée de bâches à environ 35 mètres de l’arrêt de bus 3, alors que des coups de feu intermittents sont entendus à proximité. Rapidement, des gaz lacrymogènes sont lancés depuis l’ouest et d’autres coups de feu sont entendus, provoquant la dispersion des manifestants vers l’est.

Une deuxième vidéo, filmée à un pâté de maisons au nord de l’arrêt de bus 3 vers 12h30, semble montrer des manifestants fuyant les coups de feu, avec des gaz lacrymogènes visibles à environ 10 à 40 mètres à l’est de l’arrêt de bus. Une minute plus tard, au moins 10 camions des forces de sécurité sont visiblement en train de prendre les manifestants en tenailles, roulant vers l’ouest depuis le pont Aung Zeya dans Hlaing Tharyar vers les manifestants battant en retraite. On voit un homme allongé sur la chaussée, apparemment blessé par balle à la tête. Quelqu’un tente de l’aider mais les coups de feu l’obligent à laisser l’homme sur place et à se mettre à l’abri.

Les vidéos corroborent les témoignages selon lesquels les forces de sécurité ont bloqué les voies de sortie des manifestants à l’ouest et au sud. Une très brève vidéo et deux images publiées sur les réseaux sociaux semblent montrer les forces de sécurité en train de traverser le pont de Bayint Naung sur la rivière Hlaing, au sud du pont d’Aung Zeya, avant d’entrer à Hlaing Tharyar vers 15 heures. Deux autres photos montrent au moins un bulldozer et deux camions militaires sur une route surélevée située à environ un kilomètre à l’est du pont de Bayint Naung, en direction de Hlaing Tharyar. La vidéo d’une seconde montre trois camions stationnés à l’extrémité ouest du pont de Bayint Naung. L’angle et la longueur des ombres dans la vidéo et les photos indiquent qu’elles ont été prises entre 15 heures et 15 h 30.

Prise pour cible de personnes tentant de venir en aide aux blessés

Des manifestants ont transporté des blessés vers des cliniques mobiles installées autour d’hôpitaux et une clinique proche de Mie Kwat Zay. Cependant, selon les six témoins, les forces de sécurité ont empêché les blessés de recevoir de l’aide et tiré sur ceux qui tentaient d’atteindre les manifestants blessés ou de récupérer des corps.

« Yadanar », une étudiante en médecine qui avait anticipé les violences du 14 mars, s’est portée volontaire dans une clinique mobile près de Mie Kwat Zay. Selon elle, les patients ont commencé à arriver peu après 13 heures :

Au moins 10 personnes qui sont arrivées dans la clinique avaient été blessées par balle, aux bras, aux jambes, à la tête et au cou. Une personne est morte dans notre clinique. Il y a peut-être eu d’autres patients qui sont morts en route vers l’hôpital...Quand un patient blessé à la tête est arrivé, j’ai vu qu’il faisait une crise. Nous l’avons évacué en ambulance vers un hôpital. Mais une ambulance qui transportait un blessé de notre clinique vers l’hôpital a été attaquée et le chauffeur gravement blessé, donc ils ont même tiré sur les ambulances.

Selon des témoins, les forces de sécurité ont empilé des corps à l’arrière de véhicules militaires. D’autres sont restés dans la rue car les manifestants qui tentaient de les retirer se sont fait tirer dessus. Policiers et soldats ont également tiré sur des manifestants et des personnels soignants qui tentaient de venir en aide à d’autres manifestants blessés. Les forces de sécurité ont ouvert le feu sur un soignant qui tentait de récupérer un corps à 30 mètres de là, le touchant à la cuisse, selon un témoin.

Capture d'écran de la vidéo mentionnée ci-dessous, montrant des manifestants qui transportaient des blessés à Hlaing Tharyar, au Myanmar, le 14 mars 2021. Source non identifiée, vidéo vérifiée par Human Rights Watch. © 2021 Privé

Human Rights Watch a analysé une vidéo enregistrée vers midi, à environ 100 mètres à l’est de l’arrêt de bus 5 sur la route de la rivière Hlaing River, dans laquelle on voit des manifestants pris pour cible alors qu’ils tentent d’éloigner d’autres blessés loin des forces de sécurité qui avancent vers eux. Au moins quatre manifestants sont visiblement blessés alors qu’ils tentent d’aider d’autres blessés par balle ; un manifestant est inanimé au moment d’être emporté et un autre saigne du dos sur la chaussée. Des gaz lacrymogènes sont visibles au milieu de la route. Des coups de feu retentissent pendant toute la durée de la vidéo, et on voit policiers et militaires avancer simultanément vers l’ouest en direction de l’arrêt de bus.

-----------------------

Tweets

Your tax deductible gift can help stop human rights violations and save lives around the world.

Région/Pays