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États-Unis : La police de New York a planifié l’assaut contre des manifestants dans le Bronx

Les tactiques d’encerclement et les passages à tabac lors de l’intervention en juin ont reflété un système abusif et sans obligation de rendre des comptes

Des policiers new-yorkais procèdent a l’arrestation d’une femme qui participait à une manifestation à Mott Haven, dans le Bronx, le 4 juin 2020. Plus de 250 personnes ont été arrêtées ce jour-là. © 2020 C.S. Muncy

La police de la ville de New York avait planifié l’assaut mené contre des manifestants pacifiques et les arrestations massives effectuées à cette occasion dans le quartier de Mott Haven, dans le sud du Bronx, le 4 juin 2020, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Cette répression, organisée par l’officier en uniforme le plus gradé du département de la police new-yorkaise, a été l’une des réponses policières les plus agressives aux manifestations qui ont eu lieu à travers les États-Unis à la suite de la mort de George Floyd aux mains de la police à Minneapolis, dans le Minnesota. Les actions policières à Mott Haven pourraient coûter aux contribuables de New York plusieurs millions de dollars, du fait de procédures judiciaires et de plaintes engagées pour fautes professionnelles.

Human Rights Watch et SITU Research, une organisation spécialisée dans les enquêtes basées sur des données visuelles, ont conjointement diffusé une vidéo comprenant des séquences filmées lors de la manifestation, des témoignages, ainsi que des modèles en trois dimensions.

Le rapport de 99 pages, intitulé « ‘Kettling’ Protesters in the Bronx: Systemic Police Brutality and Its Costs in the United States » (« ‘Encerclement’ de manifestants dans le Bronx : Brutalité systématique de la police aux États-Unis et son coût »), fournit un compte-rendu détaillé de la manière dont la police a répondu à la manifestation pacifique du 4 juin à Mott Haven, un quartier majoritairement peuplé de personnes de couleur et à bas revenus qui est confronté depuis longtemps à de hauts niveaux de brutalité policière et de racisme systémique. Il décrit les systèmes inefficaces de la ville en matière de détermination des responsabilités, qui protègent les agents de police commettant des abus, montre les insuffisances de réformes graduelles et souligne la nécessité de changements structurels.

Environ 10 minutes avant le couvre-feu de 20h00 – imposé à la suite de cas de pillage dans d’autres quartiers de la ville – d’importants effectifs de police ont encerclé et pris au piège les manifestants – tactique connue sous le nom d’« encerclement » ou de « prise en nasse » – alors qu’ils défilaient pacifiquement dans Mott Haven. Juste après 20h00, les policiers, sans avoir été provoqués et sans préavis, ont fait mouvement vers les manifestants, matraque en main, frappant les gens du haut de leurs véhicules, les projetant à terre et les aspergeant de gaz poivré, avant d’appréhender plus de 250 personnes.

« La police de New York a encerclé ces personnes, les empêchant de se disperser avant le couvre-feu, puis a utilisé le prétexte de ce couvre-feu pour passer à tabac, maltraiter et arrêter des citoyens qui manifestaient pacifiquement », a déclaré Ida Sawyer, directrice par intérim de la division Crises et conflit à Human Rights Watch et co-auteure du rapport. « C’était une opération planifiée qui ne se justifiait pas et qui pourrait coûter des millions de dollars aux contribuables new-yorkais. »

Vidéo sous-titrée en anglais :

Human Rights Watch a interrogé ou a consulté les témoignages écrits de 81 personnes qui ont participé à la manifestation et de 19 autres membres de la communauté, avocats, activistes et responsables municipaux, et a analysé 155 vidéos filmées lors de la manifestation. Le Département de la police de New York (New York Police Department, NYPD) a répondu partiellement aux questions de Human Rights Watch concernant cette manifestation, mais pas à une demande d’entretien avec de hauts responsables de la police.

Un manifestant a décrit comment un agent de police lui avait donné un coup de poing au visage pendant qu’un autre lui tordait un doigt jusqu’à le lui fracturer. « Puis un autre policier m’a aspergé le visage de gaz poivré », a-t-il dit. « Ensuite, ils m’ont traîné sur le sol et m’ont frappé à coups de matraque. Lorsqu’ils m’ont passé les menottes, à un moment, j’ai senti un genou peser sur mon cou. »

Human Rights Watch a documenté au moins 61 cas dans lesquels des manifestants, des observateurs juridiques et des passants ont subi des blessures durant la répression, notamment des écorchures, une fracture du nez, la perte d’une dent, une luxation de l’épaule, une fracture du doigt, des yeux tuméfiés et des nerfs potentiellement endommagés par la pose trop serrée de menottes en plastique. 

La plupart des personnes blessées n’ont pas reçu de soins médicaux dans l’immédiat, car la police a arrêté ou barré la route aux soigneurs bénévoles en blouse médicale portant les insignes de la Croix-Rouge. Des dizaines de personnes ont passé des heures en garde à vue avec des blessures non soignées, les mains liées derrière le dos.

Au moins 13 observateurs juridiques – qui portent des casquettes et des badges facilement identifiables – ont également été arrêtés, parfois de manière violente, avant d’être remis en liberté. Dans une séquence vidéo, un responsable du service juridique du NYPD a été filmé donnant comme instruction à d’autres agents: « Les observateurs juridiques peuvent être arrêtés.… C’est bon! »

L’officier le plus haut gradé du NYPD, le chef du Département Terence Monahan, était présent lors de l’action, en même temps qu’au moins 24 autres membres de la hiérarchie policière en uniforme – chefs, lieutenants, capitaines ou inspecteurs en col blanc.

La police a arrêté et placé en garde à vue au moins 263 personnes, soit davantage que lors de toutes les autres manifestations ayant eu lieu à New York depuis la mort de Floyd. Certaines de ces personnes ont été remises en liberté dans la soirée; d’autres l’après-midi du lendemain. L’une d’elles a été détenue pendant une semaine. La plupart ont été accusées de délits mineurs, comme violation du couvre-feu ou réunion illégale. Elles ont reçu des sommations ou des citations à comparaître devant un tribunal début octobre. Le 3 septembre, le procureur général du Bronx a déposé une motion visant à annuler les sommations et le 25 septembre, ses services ont informé Human Rights Watch que les citations à comparaître seraient elles aussi annulées.

Le Commissaire central de la police de New York, Dermot Shea, a confirmé le caractère prémédité de l’opération, déclarant le lendemain lors d’une conférence de presse: « Nous avions un plan qui a été mis à exécution quasi-parfaitement dans le Bronx. » Shea a décrit la manifestation comme étant une tentative de la part d’« agitateurs venus de l’extérieur » de « semer le chaos », « détruire la société » et « blesser des policiers. » Human Rights Watch a découvert qu’en fait, la manifestation, organisée par des activistes du Bronx, a été pacifique jusqu’à ce que la police y réponde avec violence.

Dans ses réponses aux questions de Human Rights Watch, le département de la police a affirmé qu’« à partir de 20h00 », la manifestation « devenait illégale en vertu du décret municipal imposant le couvre-feu », et que l’arrestation de personnes qui n’étaient pas des travailleurs essentiels « était légale. » Le département a également affirmé que « les observateurs juridiques ne bénéficiaient pas d’une exemption en tant que travailleurs essentiels », alors même que la Mairie avait souligné que ces observateurs juridiques n’étaient pas concernés par le couvre-feu. Le NYPD n’a pas répondu à des questions sur les violences infligées aux manifestants et aux observateurs, ni expliqué pourquoi ses agents avaient pris les manifestants dans une nasse juste avant le début du couvre-feu, bloquant toutes les voies qui leur auraient permis de se disperser.

Le comportement de la police lors de la manifestation de Mott Haven équivaut à de graves violations du droit international en matière de droits humains, et il apparaît également comme étant en contravention avec les protections des droits civils prévues dans la Constitution des États-Unis et avec les Directives de patrouille du département de la police.

Une centaine de manifestants et d’observateurs ont fait connaître leur intention de porter plainte contre la municipalité. Celle-ci a dû verser 36 millions de dollars en réparation de violations de droits civils et en frais de justice associés après que la police eut, de manière similaire, pris dans une nasse et arrêté massivement des manifestants en 2004. L’actuel chef du département, Terence Monahan, avait également joué un rôle clé lors de ces opérations.

Les responsables de l’État de New York et de la ville devraient effectuer des changements structurels pour réduire le rôle de la police dans la résolution de problèmes de société, notamment en réduisant de manière substantielle la taille des effectifs de la police et son budget, a affirmé Human Rights Watch. En contrepartie, le gouvernement devrait investir dans la satisfaction des besoins réels de la communauté, y compris par un soutien à des services qui s’occupent directement de questions sous-jacentes telles que les personnes sans domicile fixe et la pauvreté, et qui cherchent à améliorer l’accès à une éducation de qualité et aux soins médicaux. Il devrait également mettre en place des systèmes indépendants de contrôle, permettant de détecter efficacement les mauvais comportements policiers.

« Au lieu de réprimer des manifestants pacifiques et d’étouffer leurs demandes de changements, les législateurs de New York et du reste du pays devraient écouter leurs doléances », a affirmé Ida Sawyer. « Les autorités locales devraient enfin faire le nécessaire pour mettre fin au racisme structurel et aux exactions policières systématiques dont les habitants de Mott Haven et les communautés similaires souffrent depuis longtemps. »

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