(Beyrouth, le 21 novembre 2018) - Au moins trois activistes saoudiennes auraient été torturées depuis le début de la vague d’arrestations en mai 2018, selon des sources interrogées par Human Rights Watch. Les autorités saoudiennes aureient soumis ces femmes à des décharges électriques, des coups de fouet sur les cuisses et des embrassades forcées. Les sources ont préféré que ces femmes ne soient pas identifiées publiquement, par crainte de représailles.

L’Arabie saoudite devrait immédiatement enquêter de manière crédible sur toute allégation de mauvais traitements de personnes détenues. Les autorités devraient garantir publiquement la sécurité de tous les activistes détenus – femmes et hommes – et leur permettre d'avoir accès sans entrave à leurs avocats et à leurs familles. Les autorités devraient aussi fournir des preuves du bien-être des personnes détenues, et libérer toutes celles qui ont été emprisonnées uniquement pour avoir plaidé pacifiquement en faveur de réformes. Les alliés de l’Arabie saoudite et les principaux constructeurs automobiles devraient en outre appeler à la libération inconditionnelle des militantes des droits des femmes arrêtées pour leur rôle dans la campagne en faveur du droit de conduire et d’autres libertés.

« Les allégations de torture brutale d’activistes saoudiennes montrent que la campagne cruelle menée par les autorités saoudiennes contre les opposants et défenseurs des droits humains ne semble pas avoir de limite », a déclaré Michael Page, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Un gouvernement qui torture des femmes simplement pour avoir revendiqué des droits fondamentaux devrait être fermement condamné par la communauté internationale, au lieu de continuer à bénéficier du soutien sans faille des États-Unis et du Royaume-Uni. »

Les sources ont déclaré que des interrogateurs saoudiens masqués avaient torturé les femmes détenues au début de leurs interrogatoires. Suite à ces interrogatoires, ont précisé ces sources, les femmes présentaient des signes physiques de torture, notamment des difficultés à marcher, des tremblements incontrôlables des mains ainsi que des marques rouges et des égratignures au visage et au cou. Au moins une détenue a tenté de se suicider à plusieurs reprises, ont ajouté les sources.

La répression contre les militantes des droits des femmes a débuté quelques semaines avant la levée de l'interdiction de conduire des femmes, le 24 juin 2018. Certaines ont été libérées peu de temps après, , mais d'autres sont toujours détenues sans inculpation. Il s'agit notamment de Loujain al-Hathloul, d'Aziza al-Yousef, d'Eman al-Nafjan, de Nouf Abdelaziz, de Mayaa al-Zahrani, de Samar Badawi, de Nassima al-Saada et de Hatoon al-Fassi. Les autorités ont aussi arrêté plusieurs hommes qui avaient exprimé leur soutien à la campagne en faveur des droits des femmes, y compris l’avocat Ibrahim al-Modaimeegh, le philantrhope Abdulaziz Meshaal, et l’activiste Mohammed Rabea.

Les autorités ont accusé plusieurs personnes détenues de crimes graves, y compris de « contacts suspects avec des étrangers ». Des médias proches du gouvernement ont mené une campagne de diffamation à leur encontre, les qualifiant de « traîtres ». Le journal saoudien Okaz a indiqué que neuf personnes détenues seraient traduites en justice devant le Tribunal pénal spécialisé, créé pour juger des détenus accusés d’infractions liées au terrorisme. Si elles sont reconnues coupables, ces personnes risquent jusqu'à 20 ans de prison.

Les militantes des droits des femmes saoudiennes avaient plaidé pour des réformes relatives à certaines lois et politiques discriminatoires. Bien que le gouvernement ait récemment introduit des réformes limitées, notamment en permettant aux femmes d’exercer certaines professions qui leur étaient auparavant interdites et en levant l’interdiction de conduire, le système de tutelle masculine, principal obstacle au plein respect des droits des femmes, reste intact.

Les allégations de torture ont été formulées à un moment où l’Arabie saoudite fait face à des appels à une enquête au sujet du meurtre de Jamal Khashoggi. Le 15 novembre, les États-Unis ont annoncé des sanctions à l'encontre de 17 Saoudiens impliqués dans l'assassinat de Khashoggi, y compris Saud al-Qahtani, qui était un proche conseiller du prince héritier Mohammad ben Salmane avant son récent limogeage. Selon les médias, Saud al-Qahtani – surnommé que « prince des ténèbres » dans des cercles diplomatiques – aurait dirigé des campagnes en ligne contre des opposants saoudiens.

« Alors que la communauté internationale attend toujours des réponses au sujet du meurtre sauvage de Jamal Khashoggi, le sort des femmes détenues et autres activistes incarcérés dans les prisons saoudiennes est aussi en jeu », a conclu Michael Page. « Les dirigeants mondiaux devraient exhorter Mohammed ben Salmane à mettre fin à la campagne contre les opposants saoudiens, et les pays qui fournissent des armes à l'Arabie saoudite devraient cesser de le faire tant que ce pays continuera de mener des attaques illégales au Yémen. »

Communiqué complet en anglais :

www.hrw.org/news/2018/11/21/saudi-arabia-detained-women-reported-tortured

Dans les médias :

FranceTVInfo    Nouvel Obs

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