À gauche, le président français Emmanuel Macron au Palais de l'Élysée à Paris, le 21 mai 2017. À droite, le président russe Vladimir Poutine au Kremlin, à Moscou, le 11 avril 2017.

(Paris) - La rencontre entre le président russe Vladimir Poutine et le président français Emmanuel Macron, les 24 et 25 mai 2018, à Saint-Pétersbourg, est une occasion cruciale pour ce dernier de demander la libération d'un défenseur russe des droits humains et d’aborder d’autres sujets essentiels concernant les droits humains en Russie, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

Lors de son déplacement en Russie, son premier dans le pays en tant que Président de la République, Emmanuel Macron sera l'invité d'honneur du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, organisé par le ministère russe du Développement économique.

Le défenseur des droits humains Oyub Titiev, directeur de l'organisation russe de défense des droits humains Memorial à Grozny, en Tchétchénie, est en détention depuis le 9 janvier.

« Un simple coup de fil du président Poutine aux autorités tchétchènes pourrait permettre la libération d'Oyub Titiev », a déclaré Bénédicte Jeannerod, directrice France à Human Rights Watch. « Emmanuel Macron devrait exhorter Poutine à faire en sorte que Titiev soit libéré avant le coup d’envoi de la Coupe du Monde. »

La Coupe du Monde de la FIFA commence en Russie le 14 juin. Grozny, capitale de la Tchétchénie, accueillera l'équipe nationale égyptienne pour la durée du tournoi.

Quelques semaines avant le début des Jeux olympiques d'hiver de 2014 à Sotchi, plusieurs détenus réputés ont été graciés, dont l'ancien magnat du pétrole Mikhaïl Khodorkovski et des membres du groupe punk Pussy Riot.

La police tchétchène a arrêté Titiev le 9 janvier, placé de la marijuana dans sa voiture et porté contre lui de fausses accusations de possession de drogue. Il est en détention préventive depuis son arrestation. S'il est reconnu coupable, Titiev risque une peine d'emprisonnement maximale de 10 ans.

Les poursuites à l’encontre de Titiev sont motivées par des considérations politiques et visent à fermer l’association Memorial en Tchétchénie, estime Human Rights Watch. Depuis les années 1990, Memorial a documenté la torture, les disparitions forcées, les exécutions extrajudiciaires et d'autres graves violations des droits humains en Tchétchénie.

Ramzan Kadyrov, le chef de la République tchétchène de Russie, supervise les forces de sécurité qui commettent ces abus avec la bénédiction tacite du Kremlin, puisque Poutine est le protecteur de Kadyrov. Kadyrov a, de manière répétée, proféré des menaces publiques et sans équivoque contre les défenseurs des droits, les journalistes d'investigation et d'autres personnes osant critiquer sa politique.

Lors de sa première rencontre avec Poutine, en mai 2017 à Versailles, Macron avait évoqué la purge anti-gay en Tchétchénie, et lors de leur conférence de presse conjointe, il avait déclaré : « Nous [avec le Président Poutine] sommes convenus d’avoir un suivi extrêmement régulier. Je serai extrêmement vigilant sur ce thème. »

Le gouvernement russe actuel est le plus répressif du pays depuis l'ère soviétique, selon Human Rights Watch. Toutes les organisations de défense des droits humains et les associations engagées dans du plaidoyer public qui acceptent le moindre financement étranger sont enregistrées de force par le gouvernement comme des « agents de l’étranger », poussant beaucoup d’entre-elles à la fermeture ou à la faillite.

Au cours des 18 derniers mois, la police a arrêté des milliers de manifestants pacifiques et en a passé beaucoup à tabac, notamment ceux qui ont protesté à la veille de l'investiture de Poutine, le 7 mai. Les autorités limitent et censurent de plus en plus et de manière injustifiée l'accès à toute information que le gouvernement désigne comme « extrémiste », soi-disant contraires aux « valeurs traditionnelles », ou encore nuisant au public.

Huit Témoins de Jéhovah sont en détention provisoire et risquent des peines de prison ferme pour « extrémisme » pour avoir simplement exercé leur activité religieuse. Ces dernières années, les autorités russes ont par ailleurs poursuivi des dizaines de personnes pour des infractions pénales sur la base de posts sur les réseaux sociaux, de vidéos en ligne, d'articles de presse et d'interviews, et ont fermé ou bloqué l'accès à des centaines de sites web. Les blogueurs, les personnes actives sur les réseaux sociaux, ou encore les journalistes, font face au harcèlement, à l'intimidation, à de fausses accusations criminelles et, dans certains cas, à des attaques physiques.

Les nouvelles lois réglementant la conservation des données limitent de manière injustifiée l'accès des utilisateurs aux informations et permettent qu'une grande quantité de données, y compris les informations confidentielles des utilisateurs et le contenu des communications, soient mises à la disposition des autorités, souvent sans contrôle judiciaire.

Ces nouvelles lois et autres mesures constituent une atteinte massive au droit à la vie privée et à la liberté d'expression en ligne, a déclaré Human Rights Watch.

En avril, les autorités russes ont bloqué l'application de messagerie Telegram, ainsi que des millions d'adresses IP, dans le but d'empêcher Telegram de les utiliser. Cette manœuvre a interrompu notamment des services en ligne tels que les moteurs de recherche, le e-commerce et les services de réservation de voyage. Les autorités ont menacé à plusieurs reprises de bloquer Facebook, YouTube et Twitter pour ne s’être pas conformés aux exigences de stockage des données des utilisateurs russes en Russie.

« Emmanuel Macron devrait respecter son engagement à plaider en faveur des principes fondamentaux de justice et de liberté d'expression - à défaut de quoi il apparaitrait comme se trahissant lui-même », a déclaré Bénédicte Jeannerod. « Il devrait clairement s’exprimer pour aider à la libération d’Oyub Titiev, et affirmer que la France n’en viendra jamais à considérer l’aggravation de la répression en Russie comme "une nouvelle normalité" acceptable. »

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Coupe du Monde en Russie

(Mini-vidéo) Un appel aux dirigeants mondiaux de ne pas assister à la cérémonie d’ouverture de la Coupe du Monde, à moins que le président Poutine ne cesse enfin de soutenir la Syrie, impliquée dans des crimes de guerre sur son propre territoire.

 
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