Mise à jour 26/4/17

Le directeur de recherches de Human Rights Watch pour Israël et la Palestine, Omar Shakir, a finalement pu obtenir son visa de travail le 26 avril (valable pour un an), décision dont se réjouit HRW. Communiqué en anglais www.hrw.org/news/2017/04/26/israel-human-rights-watch-granted-work-permit

Cf aussi ces articles : L’Orient Le Jour   RT/AFP   Times of Israel

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(Jérusalem, le 24 février 2017) – Les autorités israéliennes ont refusé la demande de Human Rights Watch en vue d’obtenir un permis de travail pour son directeur de recherches sur Israël et la Palestine, au motif qu'il ne s'agirait pas d'une véritable organisation de défense des droits humains.

Dans sa lettre en date du 20 février 2017 refusant un permis de travail à Omar Shakir, le ministère israélien de l'Intérieur a invoqué un avis reçu du ministère des Affaires étrangères selon lequel « les activités publiques et rapports de Human Rights Watch sont politiquement engagés au service de la propagande palestinienne ». Ce refus intervient alors que les autorités cherchent à limiter la marge de manœuvre des organisations de défense des droits humains locales et internationales en Israël et dans les territoires palestiniens occupés.

« Cette décision basée sur un motif fallacieux devrait inquiéter tous ceux qui se préoccupent de l'engagement d'Israël en faveur des valeurs démocratiques fondamentales », a déclaré Iain Levine, directeur exécutif adjoint de la division Programmes à Human Rights Watch. « Il est décevant de voir le gouvernement israélien incapable ou peu enclin à opérer une distinction entre des critiques justifiées de ses actes et une propagande politique hostile. »

Pour Human Rights Watch, la décision est particulièrement surprenante étant donné que l'organisation est régulièrement en contact – par les biais de réunions ou de correspondance – avec des responsables du gouvernement israélien, y compris des officiers militaires, des membres de la police et des représentants du ministère des Affaires étrangères. L’année dernière, ce ministère a demandé à Human Rights Watch d'intervenir dans une affaire impliquant des Israéliens victimes de violations des droits humains.

Cette décision marque un tournant inquiétant après près de trois décennies durant lesquelles des représentants de Human Rights Watch a eu un accès régulier et sans entraves en Israël et en Cisjordanie. Israël a toutefois refusé à Human Rights Watch le droit d’accéder à Gaza depuis 2010, à l’exception d'une visite en 2016.

Un avion stationné sur la piste de l'aéroport international de Tel Aviv-David Ben Gurion, en Israël, le 14 juillet 2015.

© 2015 Reuters

Le refus d'Israël de délivrer un permis de travail à Human Rights Watch a été annoncé durant une période de pression croissante à l’encontre des défenseurs des droits humains travaillant en Israël et en Palestine. Une loi adoptée par la Knesset en juillet 2016 vise les organisations de droits humains, imposant des contraintes onéreuses qui pèsent sur leur mission de plaidoyer. Des responsables israéliens ont directement accusé les organisations israéliennes de défense des droits humains de « calomnier » et de discréditer l’État ou l’armée. Les défenseurs des droits des Palestiniens ont reçu des menaces de mort anonymes, se sont vus imposer des restrictions de déplacement, et on fait l’objet d’arrestations et d’accusations criminelles.

La description de Human Rights Watch comme organisation de propagande palestinienne est contredite par les activités de recherche et de plaidoyer menées par l'organisation pour dénoncer les violations des droits humains et du droit international humanitaire par tous les acteurs de la région, y compris l’Autorité palestinienne et le Hamas. L’an dernier, outre les critiques de violations commises par le gouvernement israélien, Human Rights Watch a dénoncé la détention arbitraire par l'Autorité palestinienne et le Hamas de journalistes et d’activistes, ainsi qu’une exécution extrajudiciaire perpétrée par l'aile militaire du Hamas, un attentat à l'explosif contre un autobus à Jérusalem, manifestement commis par un membre du Hamas, et des exécutions par les autorités du Hamas commises à Gaza.

Human Rights Watch est une organisation non gouvernementale indépendante et internationale et qui promeut le respect des droits humains et du droit international. Elle surveille les violations des droits dans plus de 90 pays à travers le monde. En 1997, le prix Nobel de la paix lui a été co-attribué en tant que membre fondateur de la Campagne internationale pour l'interdiction des mines antipersonnel. Pour mener à bien sa mission, Human Rights Watch s'appuie sur des recherches rigoureuses menées par des chercheurs professionnels sur le terrain et sur un engagement régulier avec des responsables gouvernementaux, ainsi qu’avec d'autres sources d’informations de première main.

Human Rights Watch travaille dans les 19 pays du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. En 2016, l’organisation a documenté les abus de l’Etat islamique, en particulier les violences sexuelles, le viol et la torture, les attaques à l’arme chimique par les forces gouvernementales syriennes à Alep, le système de tutelle masculine en Arabie saoudite, la torture en Égypte, les frappes aériennes de la coalition menée par l’Arabie saoudite au Yémen qui ont tué des civils, et les exécutions en Iran, parmi de nombreuses autres violations. Les médias israéliens diffusent souvent ces informations.

Human Rights Watch continue d’avoir un accès direct à la grande majorité des pays au sujet desquels elle fait rapport. Cuba, la Corée du Nord, le Soudan, l'Ouzbékistan et le Venezuela figurent parmi les rares pays à avoir interdit de séjour les membres du personnel de Human Rights Watch. En revanche, Human Rights Watch maintient un personnel qui travaille légalement dans ses bureaux dans 24 pays à travers le monde, y compris le Liban, la Jordanie et la Tunisie.

Human Rights Watch a demandé, le 14 juillet 2016, à l'Autorité de la population et de l'immigration, qui dépend du ministère israélien de l'Intérieur, un permis de travail au nom d’Omar Shakir, qui est citoyen américain. Bien que les dispositions du ministère de l'Intérieur prévoient qu'une décision aurait dû être rendue dans un délai de 60 jours, Human Rights Watch n'a reçu de réponse que le 20 février. Human Rights Watch a engagé un avocat et entend contester cette décision devant un tribunal israélien.

« Le gouvernement israélien n'est pas le seul à être en désaccord avec nos conclusions bien documentées, mais les tentatives de s’en prendre au ‘messager’ semblent indiquer que les autorités souhaitent éviter tout examen sérieux de la situation des droits humains dans le pays », a déclaré Iain Levine. « Nous espérons que les autorités israéliennes reviendront sur cette décision, et permettront à toutes les organisations de défense des droits humains, tant internationales que nationales, de travailler en toute liberté ».

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