Les décombres d'une salle communautaire à Sanaa, au Yémen, suite à un raid aérien dévastateur mené par la coalition dirigée par l'Arabie saoudite le 8 octobre 2016, alors qu’une cérémonie funéraire se déroulait dans cette vaste salle.

© 2016 Khaled Abdullah/Reuters

(Beyrouth, le 13 octobre 2016) - Le raid aérien mené le 8 octobre par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite contre une cérémonie funéraire dans la capitale du Yémen, Sanaa, s’apparente à un crime de guerre, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Cette attaque a tué au moins 100 personnes et blessé plus de 500 autres personnes, y compris des enfants. Bien que des membres du personnel militaire et des fonctionnaires civils impliqués dans l'effort de guerre assistaient à la cérémonie, la présence évidente de plusieurs centaines de civils tend à indiquer que cette attaque était disproportionnée de manière illégale.

Ce raid contre une cérémonie funéraire vient rappeler l’urgence d'enquêtes internationales crédibles sur les violations présumées des lois de la guerre au Yémen, selon Human Rights Watch. Les États-Unis, le Royaume-Uni et d’autres pays devraient immédiatement suspendre les ventes d'armes à l'Arabie saoudite. La coalition dirigée par ce pays devrait immédiatement permettre la reprise de vols commerciaux vers Sanaa et à partir de la capitale yéménite, suspendus en août, afin de permettre à toute personne malade ou blessée d’obtenir à l'étranger les soins médicaux requis.

« Après avoir attaqué illégalement au cours des 19 derniers mois des écoles, des marchés, des hôpitaux, des foyers et des lieux oui se déroulaient des mariages, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a maintenant ajouté une cérémonie funéraire à cette liste croissante d’abus », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Une enquête internationale indépendante sur cette atrocité est nécessaire, compte tenu de la réticence de la coalition à respecter son obligation juridique de mener de manière crédible sa propre enquête. »

Human Rights Watch a mené des entretiens téléphoniques avec 14 témoins de l'attaque, ainsi qu’avec deux hommes arrivés sur les lieux peu après afin de porter secours aux victimes et avec d’autres sources, et a examiné plusieurs photos et vidéos enregistrées sur le site de l’attaque.

Le 8 octobre, plusieurs centaines de personnes s’étaient rassemblées dans la grande salle communautaire Al-Sala al-Kubra à Sanaa – qui peut accueillir plus de 1 000 personnes – pour une cérémonie funèbre en hommage à Ali al-Rawishan, le père décédé du ministre de l'Intérieur du gouvernement basé dans la capitale, Jalal al-Rawishan. Selon les témoins interrogés par Human Rights Watch, vers 15h30, le toit de la salle a été déchiré par deux bombes qui ont explosé à quelques minutes d'intervalle.

Un porte-parole du ministère de la Santé basé à Sanaa, le Dr Tamim al-Shami, a déclaré à Human Rights Watch le 9 octobre, au lendemain de l’attaque, qu'au moins 110 personnes avaient été tuées – un nombre susceptible d’être révisé à la hausse – et 610 blessées. Quelques heures après l'attaque, Médecins Sans Frontières a signalé dans un tweet que plus de 400 blessés avaient été transportés dans six hôpitaux soutenus par MSF.

Les lois de la guerre interdisent les attaques susceptibles de causer des pertes en vies humaines ou des dommages à des structures civiles « qui seraient excessifs par rapport à l'avantage militaire concret et direct attendu ». Toute grave violation des lois de la guerre commise volontairement – que ce soit intentionnellement ou par imprudence – est susceptible de constituer un crime de guerre.

Communiqué intégral en anglais :

www.hrw.org/news/2016/10/13/yemen-saudi-led-funeral-attack-apparent-war-crime
 

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