La Gambie a annoncé cette semaine qu’elle allait rejoindre la Cour pénale internationale, adressant ainsi un message fort de soutien pour la Cour et pour les victimes de crimes graves internationaux. Aux côtés du Burundi – où se sont multipliées les violations des droits humains l’année dernière – l’Afrique du Sud est désormais isolée sur le retrait de la CPI.

Le siège de la Cour pénale internationale, à La Haye (Pays-Bas).

La décision de la Gambie de rejoindre la CPI reflète le changement de priorités sous le nouveau président élu, Adama Barrow, dont l’investiture aura lieu demain. Le départ de son prédécesseur, Yahya Jammeh, parti en exil le 21 janvier après avoir tout d’abord refusé d’accepter sa défaite aux élections de décembre, a mis fin à deux décennies de régime répressif.

La décision de la Gambie – ainsi que les nombreuses expressions de soutien de la part de membres africains de la CPI depuis l’annonce par l’Afrique du Sud de son retrait en octobre – démentent les discours selon lesquels l’Afrique s’orienterait vers un retrait massif de la CPI.

Le Botswana, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, le Ghana, le Lesotho, le Mali, le Malawi, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone, la Tanzanie, la Tunisie et la Zambie font partie des pays qui ont réaffirmé leur soutien à la CPI. Un certain nombre de ces pays, rejoints par le Liberia et le Cap Vert, ont également repoussé l’adoption d’une « stratégie de retrait de la CPI » lors du sommet de l’Union africaine en janvier.

La décision de la Gambie reflète la reconnaissance par le nouveau gouvernement du rôle important que joue la Cour. La CPI est le seul tribunal permanent qui ait le potentiel d'offrir réparation aux victimes des pires crimes lorsque les tribunaux nationaux ne peuvent ou ne veulent pas mener des poursuites.

Malgré les affirmations persistantes de certains dirigeants africains selon lesquelles la CPI vise l'Afrique, la plupart des enquêtes de la Cour sur le continent ont été ouvertes à la suite de demandes des gouvernements africains eux-mêmes ou du Conseil de sécurité des Nations Unies, et elles offrent réparation aux victimes africaines.

La CPI est confrontée à d’importants défis, notamment celui d’étendre sa portée aux crimes commis dans plusieurs des pays les plus puissants. Mais la Cour représente toujours un rare espoir pour les victimes dans le monde, alors que des crimes horribles continuent d'être perpétrés en toute impunité dans de nombreux pays.

Après avoir tenu un rôle de premier plan s’agissant de la Cour, l’Afrique du Sud a choisi de réduire l’accès des victimes à la CPI, au lieu d’œuvrer pour l’élargissement de la portée de la CPI. C’est une véritable perte, car comme l’a souligné le ministre des Affaires étrangères du Nigeria lors du sommet de l’UA, la CPI a « un rôle important à jouer pour faire en sorte que les dirigeants rendent des comptes pour leurs actes. »