Une jeune femme se recueille devant les tombes de membres de sa famille tués en 1995 lors du massacre de Srebrenica, au cimetière de Potocari. Ce cimetière, situé à quelques kilomètres de Srebrenica dans l'est de la Bosnie, jouxte un mémorial inauguré en 2003.

© 2008 Reuters

(Bruxelles, le 9 juillet 2010) - Le général de guerre serbo-bosniaque Ratko Mladic, l'un des principaux architectes du génocide de Srebrenica, est toujours en fuite alors même que les familles des victimes se rassemblent pour commémorer le 15e anniversaire du massacre, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

« Ce qui s'est passé à Srebrenica requiert la justice et en appelle à notre devoir de mémoire », a déclaré Holly Cartner, directrice de la division Europe et Asie centrale de Human Rights Watch. « La liberté de Ratko Mladic est un affront à chacune de ces deux nécessités. »

Le 11 juillet 1995, lors de la guerre en Bosnie, les Nations Unies et l'OTAN avaient laissé les forces serbo-bosniaques et l'unité paramilitaire serbe surnommée « les Scorpions » s'emparer de l'enclave musulmane de Srebrenica, alors même que l'ONU l'avait déclarée « zone de sécurité ». Les forces serbes ont exécuté entre 7 000 et 8 000 hommes bosniaques dans la semaine qui a suivi la chute de la ville, soit le plus important massacre perpétré en Europe depuis la seconde guerre mondiale.

Ces dernières années, la justice a enregistré quelques progrès concernant le génocide de Srebrenica. Radovan Karadzic, qui présidait la République serbe de Bosnie à l'époque de la guerre, est actuellement jugé par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie pour des accusations au rang desquelles figure notamment le génocide de Srebrenica.

Le 10 juin 2010, le tribunal a condamné deux officiers serbo-bosniaques de haut rang, Vujadin Popovic et Ljubisa Beara, à la prison à vie pour le génocide de Srebrenica, les deux premières condamnations prononcées par la cour pour des responsabilités personnelles dans le génocide. En 2001, la cour avait déjà condamné le général serbo-bosniaque Radislav Krstic pour aide et incitation au génocide.

L'exigence de l'Union européenne portant sur la coopération totale de la Serbie avec le tribunal comme condition d'un rapprochement des liens et le désir de la Serbie d'adhérer à l'UE ont été des facteurs-clés qui ont contribué aux récentes avancées observées dans l'obtention de la coopération de la Serbie, y compris au transfert de Karadzic à La Haye. Mais Mladic reste en liberté, malgré les promesses répétées du gouvernement serbe de le livrer à la justice. Il est généralement supposé que Mladic et Goran Hadzic, l'autre fugitif qui continue d'échapper au tribunal, se trouvent en Bosnie. Hadzic est un leader serbo-croate accusé de crimes contre l'humanité pour le meurtre et la persécution de Croates et autres civils non serbes dans l'est de la Croatie entre 1991 et 1993, lors de l'éclatement de l'ex-Yougoslavie.

Malgré l'incapacité de la Serbie à appréhender Mladic, l'UE a commencé à revoir à la baisse ses exigences de justice au nom des victimes de Srebrenica. Le 14 juin, l'UE a accepté de lancer le processus de ratification d'un Accord de stabilisation et d'association avec la Serbie, un pas vers l'adhésion à l'UE, en l'absence même de totale coopération avec le tribunal. Les négociations relatives à cet accord avec la Serbie avaient été suspendues en 2006 en raison de l'absence de coopération totale de la Serbie avec le tribunal, l'incapacité à arrêter Mladic ayant notamment été désignée comme un exemple d'absence de coopération.

« Le fléchissement de la résolution de l'UE vis-à-vis de l'arrestation de Mladic envoie un mauvais message à la Serbie », a déclaré Holly Cartner. « L'UE a l'obligation d'utiliser tout son pouvoir pour contribuer à rendre justice aux victimes de Srebrenica. »

L'UE devrait suspendre toute avancée en faveur de l'adhésion de la Serbie, telle que la demande adressée à la Commission européenne d'examiner la candidature de la Serbie, jusqu'à ce que celle-ci coopère totalement avec le tribunal, y compris à l'arrestation des deux derniers fugitifs, a déclaré Human Rights Watch.

Le Tribunal et la Cour internationale de justice ont tous deux conclu qu'un génocide avait eu lieu à Srebrenica et ont reconnu que les coupables avaient spécifiquement l'intention de détruire tout ou partie de la population des Musulmans de Bosnie.

En Bosnie, les trois jours de commémoration du 15e anniversaire du génocide de Srebrenica commenceront le 9 juillet et culmineront le 11, avec une cérémonie au cours de laquelle seront enterrés les restes de 800 victimes du massacre de Srebrenica.

« 15 ans après le génocide, au moins 10 000 personnes sont encore portées disparues en Bosnie, dont au moins un millier étaient originaires de la région de Srebrenica » a conclu Holly Cartner. « Par égard pour leurs familles et pour la justice, les autorités bosniaques et serbes doivent faire plus pour déterminer ce qui leur arrivé. »