- Le gouvernement vietnamien réprime systématiquement le droit des travailleurs à former des syndicats indépendants, malgré les accords commerciaux qui l’obligent à respecter les droits des travailleurs.
- Les autorités ont à plusieurs reprises tenu des propos mensongers, trompeurs et fallacieux concernant leur prétendu soutien à la création de syndicats indépendants, tout en indiquant clairement leur hostilité à toute tentative de défendre les droits des travailleurs. Le gouvernement a régulièrement recouru à certains articles du code pénal pour poursuivre des défenseurs des droits humains.
- Le gouvernement vietnamien devrait mettre en œuvre les réformes qu’il s’est engagé à mener. Ses partenaires commerciaux devraient faire face à la réalité, et indiquer clairement au gouvernement que le non-respect de ses engagements en matière de droits des travailleurs aura des conséquences.
(New York, le 21 octobre 2026) ‒ Le gouvernement vietnamien bafoue systématiquement le droit des travailleurs à former des syndicats indépendants, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Malgré les engagements pris envers ses partenaires commerciaux dans le cadre de plusieurs accords de libre-échange, le gouvernement n’a pas mis en place de réformes significatives permettant la formation de syndicats capables de fonctionner librement, et réprime systématiquement les tentatives de créer des syndicats indépendants.
Ce rapport de 49 pages, intitulé « “There Are No Independent Trade Unions in Vietnam” : Hanoi’s Continuing Assault on Workers’ Right to Organize » (« “Il n’y a pas de syndicats indépendants au Vietnam” : L’attaque incessante de Hanoï contre le droit des travailleurs à s’organiser »), documente le recours continu du gouvernement vietnamien à des lois pénales vagues et d’une portée excessive pour réprimer les activités des défenseurs des droits humains dont ceux des travailleurs, tout en entretenant un climat de répression visant à entraver la création de syndicats indépendants. Le gouvernement a publié des décrets et des articles dans les médias d’État qui réaffirment que toutes les organisations syndicales au Vietnam relèvent de l’autorité du gouvernement, et qui présentent les syndicats indépendants comme des entités dangereuses et anti-étatiques.
« Les autorités à Hanoï ont à maintes reprises tenu des propos fallacieux, trompeurs et mensongers au sujet des droits des travailleurs, tout en vantant les prétendues réformes du Vietnam pour laisser entendre qu’elles autorisent la création de syndicats », a déclaré John Sifton, directeur du plaidoyer auprès de la division Asie à Human Rights Watch. « En réalité, le gouvernement vietnamien reste profondément hostile à l’idée même de syndicats indépendants, ce qui explique pourquoi il n’en existe toujours aucun. »
Human Rights Watch a mené des entretiens plus de 30 travailleurs, défenseurs des droits humains, experts en droit du travail et autres questions juridiques, ainsi que d’autres personnes bien informées de la situation des droits des travailleurs au Vietnam. L’organisation a également analysé les lois et réglementations vietnamiennes, et passé en revue des articles consacrés aux questions liées au domaine du travail, parus dans les médias d’État vietnamiens.
Les responsables vietnamiens ont déclaré à plusieurs reprises et publiquement que les réformes juridiques de 2021 permettaient aux travailleurs de s’organiser, et que le Vietnam comptait des milliers de syndicats « de base » (« cơ sở »). Ces affirmations s’adressaient principalement aux partenaires commerciaux dans le cadre de divers accords économiques. Il s’agit notamment de l’Accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Vietnam (EU-Vietnam Free Trade Agreement, EVFTA) de 2020, d’accords ultérieurs entre le Royaume-Uni et l’Association européenne de libre-échange (AELE, ou EFTA en anglais). En 2019, le Vietnam a également cosigné l’Accord global et progressif de partenariat transpacifique (Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership, CPTPP), qui regroupe plusieurs pays dont l’Australie, le Brésil, le Canada, le Japon, le Mexique et le Royaume-Uni.
En signant ces accords, le Vietnam s’engageait à entreprendre des réformes permettant l’existence de syndicats indépendants. En 2021, le gouvernement a procédé à certaines modifications législatives censées autoriser la création d’« organisations [indépendantes] de travailleurs », mais n’a par la suite mis en place aucun cadre réglementaire permettant de les constituer.
Les seuls mécanismes juridiques dont disposent les travailleurs vietnamiens pour faire valoir leurs droits du travail relèvent d’entités autoproclamées « syndicats », mises en place sous l’autorité de la Confédération générale du travail du Vietnam (CGTV, ou VGCL en anglais). En vertu de la législation vietnamienne, la CGTV et ses départements relèvent explicitement du contrôle du Parti communiste vietnamien au pouvoir. Les responsables du Parti choisissent ou approuvent les dirigeants à tous les niveaux, et le gouvernement assure leur financement, qui provient des cotisations obligatoires versées par les employeurs et les travailleurs. Ces entités dites « syndicats » ne répondent donc pas aux critères juridiques prévus par le droit international pour être considérées comme des syndicats indépendants, a déclaré Human Rights Watch.
Si les entités de la CGTV mènent parfois des activités censées traiter des questions liées au travail, leurs efforts sont limités et ne représentent pas véritablement les travailleurs ; en fin de compte, elles agissent dans l’intérêt du Parti communiste. Aucune de ces entités n’a jamais appelé à la grève, ni mené d’actions de confrontation contre les employeurs.
« Un syndicat devrait disposer de sa propre liberté, et de la liberté de se développer », a déclaré à Human Rights Watch un organisateur syndical en exil. « Mais le Parti reste à la tête de tout, au Vietnam. »
Même si des organisations de travailleurs indépendantes pouvaient se former au Vietnam, les dispositions actuelles du droit du travail vietnamien ne répondent pas aux normes internationales et sont insuffisantes pour protéger les droits des travailleurs, a déclaré Human Rights Watch.
L’intolérance du gouvernement à l’égard des syndicats indépendants a porté atteinte à d’autres droits du travail des travailleurs vietnamiens, a ajouté Human Rights Watch. Sans la liberté de former des syndicats indépendants, les travailleurs vietnamiens sont moins à même de négocier efficacement ou de réclamer des salaires plus élevés, de meilleures conditions de travail, ou des voie de recours ou des réparations pour des griefs individuels et collectifs liés au travail.
Des travailleurs ont déclaré que même si le gouvernement adoptait des procédures permettant la création d’organisations syndicales indépendantes, les autorités abuseraient probablement des dispositions du code pénal vietnamien pour s’en prendre aux organisateurs. Le gouvernement utilise depuis longtemps le droit pénal pour poursuivre les défenseurs des droits humains, dont ceux des travailleurs, et pour réprimer la création d’organisations indépendantes.
Depuis des décennies, les autorités emprisonnent des journalistes, blogueurs et activistes indépendants de premier plan, dont plusieurs ont défendu les droits des travailleurs. À n’importe quelle période au cours des dix dernières années, le Vietnam comptait au moins 150 à 180 prisonniers politiques, soit en attente de jugement, soit incarcérés à la suite de condamnations inéquitables. La répression s’est intensifiée plus récemment : rien qu’en 2025 et 2026, les autorités ont emprisonné plus de 50 dissidents.
Les autorités ont spécifiquement pris pour cible les défenseurs des droits humains et les organisateurs syndicaux qui ont soulevé des questions relatives aux droits dans le cadre de l’accord commercial de 2021 avec l’UE, et ont même emprisonné certains de leurs propres fonctionnaires impliqués dans les négociations avec l’UE sur les questions relatives au droit du travail.
De nombreuses déclarations et articles en vietnamien rédigés par des responsables révèlent les opinions négatives et la profonde hostilité des autorités à l’égard des syndicats indépendants. Les responsables cités dans les médias contrôlés par le gouvernement dépeignent les potentiels syndicats indépendants comme des forces « réactionnaires » opposées au Parti communiste, se livrant à des complots « subversifs » et « sinistres » visant à affaiblir le gouvernement et les syndicats qu’il contrôle, animées par la volonté de « s’opposer à l’État » et de « semer l’instabilité sociale ». L’un de ces articles est intitulé « Avertissements concernant des crimes ».
Le gouvernement vietnamien devrait ratifier et mettre en œuvre sans délai tous les traités pertinents de l’Organisation internationale du travail et fixer un calendrier précis pour autoriser la création de syndicats véritablement indépendants, a déclaré Human Rights Watch. Les partenaires commerciaux du Vietnam devraient faire pression sur le gouvernement pour qu’il respecte ses engagements et libère tous les défenseurs des droits humains – y compris ceux des travailleurs – qui sont emprisonnés simplement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression.
« De nombreux partenaires commerciaux du Vietnam ont accepté sans examen approfondi les affirmations de Hanoï concernant ses réformes, et certains continuent d’affirmer que les accords commerciaux ont amélioré le bilan du Vietnam en matière de droits », a observé John Sifton. « Les partenaires commerciaux du Vietnam devraient plutôt faire face à la réalité, et indiquer clairement au gouvernement que le non-respect de ses engagements en matière de droits du travail aura des conséquences. »
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