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30 ans de guerre, 30 ans d’impunité en RD Congo

Une volonté politique forte et une action significative sont nécessaires pour mettre fin aux cycles de violence et d’abus

Publié dans: IPS
Ida Sawyer (à gauche), directrice de la division Crises, conflits et armes à Human Rights Watch, participait à une table ronde sur le thème « 30 ans de guerre, 30 ans d'impunité » concernant l’est de la RD Congo, avec le Dr Denis Mukwege (au centre), à l'Hôtel de Ville de Bruxelles, le 2 octobre 2026 ; cet événement a été organisé avec le soutien du maire de Bruxelles, Philippe Close  ; cet événement a été organisé avec le soutien du maire de Bruxelles, Philippe Close. © 2026 Nicolas Lobet – PRYZM Photography

Cela fait 30 ans que des forces rebelles soutenues par le Rwanda ont attaqué l’hôpital de Lemera, dans ce qui était alors l’est du Zaïre, tuant 37 patients et membres du personnel médical. Il s’agissait de l’une des premières atrocités majeures de ce qui est devenu la Première guerre de la RD Congo. Cet événement a contribué à déclencher des décennies de rébellions soutenues par des puissances étrangères, marquées par de graves exactions contre des civils commises par toutes les parties en présence, notamment des massacres à caractère ethnique, des viols et violences sexuelles à grande échelle, le recrutement forcé d’enfants, des enlèvements, des actes de torture, des mutilations ainsi que des déplacements forcés de populations.  

Le prix Nobel de la paix congolais, le Dr Denis Mukwege, a débuté sa carrière comme médecin à l'hôpital de Lemera, et il s'y trouvait le 6 octobre 1996 lorsque l'endroit qu'il croyait sûr, protégé par le droit international humanitaire, est devenu le théâtre d'un carnage. Depuis, le Dr Mukwege a consacré sa vie à soutenir les survivantes de violences sexuelles en République démocratique du Congo et à plaider pour que la justice soit rendue aux victimes.  

L’attaque contre l’hôpital de Lemera figure parmi les 617 incidents répertoriés dans le « Rapport du projet Mapping » des Nations Unies, qui documente des violations graves, présumées, du droit international humanitaire et des droits humains en RD Congo entre 1993 et ​​2003. Pourtant, ces crimes graves se sont poursuivis. Malgré le travail important accompli par la Cour pénale internationale (CPI) et les tribunaux militaires congolais, la grande majorité des auteurs présumés demeurent impunis, notamment des hauts responsables gouvernementaux et militaires de la RD Congo, du Rwanda et de l’Ouganda.  

Des attaques aussi effroyables que celle perpétrée contre l’hôpital de Lemera se perpétuent aujourd’hui : un groupe armé abusif soutenu par le Rwanda, le M23, contrôle de vastes zones dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, tandis que de nombreux autres groupes armés, ainsi que les forces de l’armée congolaise et leurs alliés, continuent de prendre pour cible les populations civiles. Bon nombre des commandants responsables des exactions documentées ces derniers mois par Human Rights Watch et par d’autres organisations sont les mêmes que ceux dont nous avons documenté les crimes depuis des décennies. Ils passent souvent d’un groupe armé à un autre, s’intègrent dans l’armée congolaise, puis la quittent à nouveau lorsqu’ils ont de nouvelles revendications. L’impunité dont ont bénéficié ces crimes passés a alimenté les exactions que nous documentons aujourd’hui. 

Ce qui manque aujourd’hui, c’est la volonté politique de donner la priorité à la justice pour le peuple congolais. Avec des millions de morts au cours des hostilités ou pour des raisons liées au conflit, la guerre en RD Congo est largement considérée comme le conflit le plus meurtrier pour les civils depuis la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, malgré, ou peut-être à cause, de sa nature brutale et apparemment insoluble, le conflit fait rarement la une des journaux ou des agendas diplomatiques de haut niveau.  

Lorsque la RD Congo attire l’attention du monde, c’est bien plus souvent en raison de ses ressources naturelles que du sort de ses citoyens. Des puissances étrangères et des entreprises — avec la complicité de dirigeants nationaux mus par leurs seuls intérêts — exploitent et pillent les richesses du pays. Les minerais congolais contribuent à alimenter la révolution technologique qui porte une grande partie de la croissance économique mondiale, tandis qu’une litanie de graves exactions se perpétue, dans l’impunité la plus totale et sans qu’aucune mesure ne soit prise pour y mettre fin.  

Pour briser cette culture de violence et d’impunité, les dirigeants du monde devraient exercer une pression significative sur les gouvernements congolais et rwandais afin qu’ils mettent fin à tout soutien aux groupes armés abusifs opérant en RD Congo. Ils devraient également faire pression sur le gouvernement congolais pour qu’il mette en œuvre un programme de vérification, avec le soutien international, afin d’exclure les personnes impliquées dans de graves violations des droits humains des forces de sécurité congolaises, des services de renseignement et des postes gouvernementaux.  

Et ils devraient soutenir une réponse judiciaire à plusieurs niveaux pour remédier à l’ampleur et à la gravité du fossé de l’impunité en RD Congo. Cela devrait inclure un soutien à la CPI ainsi qu’à son enquête en cours en RD Congo, la poursuite à l’étranger des affaires de compétence universelle lorsque cela est possible, et un soutien continu pour améliorer le système de justice militaire de la RD Congo. Il faut également un mécanisme judiciaire internationalisé pour compléter le travail de la CPI et des tribunaux purement nationaux, ainsi qu’un programme complet de réparations pour les victimes de crimes internationaux graves.  

J'ai eu l'honneur de rejoindre le Dr Mukwege à Bruxelles et à Strasbourg ces derniers jours pour lancer une campagne « 30 ans de guerre, 30 ans d'impunité » lors d'événements organisés par la Fondation Panzi, la Fondation René Cassin, la ville de Bruxelles et l’Eurométropole de Strasbourg, afin de sensibiliser au conflit en RD Congo et de mobiliser une action internationale forte pour mettre fin aux cycles de violence, d'abus et d'impunité. 

Comme l’a déclaré le Dr Mukwege à Strasbourg : « Trente ans de guerre, c’est trente ans de trop. Trente ans d’impunité, c’est trente ans de trop. […] Il est temps de placer le droit à la justice de millions de victimes au cœur des efforts visant à instaurer la paix et à consolider l’état de droit. »  

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Sur X : https://x.com/hrw_fr/status/2112287270594306418

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