Au petit matin du 26 février 2023, le navire Summer Love a fait naufrage au large des côtes de la Calabre, en Italie. Au moins 94 personnes, dont 35 enfants, ont péri dans ce qui est connu sous le nom de naufrage de Cutro. Selon les survivants, le bateau transportait jusqu'à 250 personnes, pour la plupart originaires d'Afghanistan, de Syrie et du Pakistan.
Cet anniversaire survient après le mois de janvier le plus meurtrier en Méditerranée depuis plus d'une décennie. L'Organisation internationale pour les migrations estime qu'au moins 454 personnes sont mortes ou ont disparu en Méditerranée rien qu'en janvier, soit près d'un tiers des 1 340 décès estimés pour l'ensemble de l'année 2025.
Ces derniers jours, 15 cadavres ont été rejetés sur les côtes de Calabre et de Sicile, vraisemblablement victimes du cyclone dévastateur Harry qui a frappé à la mi-janvier et qui a probablement fait des centaines, voire un millier de victimes en mer.
Le mois de janvier a également vu le début du procès de deux officiers des garde-côtes italiens et de quatre agents de la police des douanes (Guardia di Finanza), tous accusés de négligence ayant entraîné un naufrage et de multiples chefs d'accusation d'homicide involontaire pour le naufrage du Cutro, une occasion rare de rendre des comptes. Les survivants et les familles des victimes méritent que justice soit faite.
Selon l'ONU, au moins 34 129 personnes sont mortes ou ont disparu en mer Méditerranée depuis 2014. Les politiques frontalières meurtrières de l'UE, combinées à l'incapacité de l'Italie et d'autres pays de l'UE à prendre des mesures adéquates pour secourir les bateaux de migrants en détresse – comme cela a certainement été le cas lors du naufrage de Cutro, du naufrage de juin 2023 près de Pylos, en Grèce, et du récent naufrage près de Chios, en Grèce – ont contribué à ce bilan effroyable.
L'UE a renoncé à ses responsabilités en matière de recherche et de sauvetage en mer tout en déléguant cette tâche à des pays aux politiques abusives comme la Libye et la Tunisie. Les gouvernements de l'UE criminalisent les organisations de sauvetage non gouvernementales et repoussent violemment les personnes aux frontières de l'UE.
Nous ne pouvons que deviner le nombre réel de personnes qui ont perdu la vie en Méditerranée. Même les estimations les plus basses révèlent le bilan inacceptable des échecs de l'UE.
À une époque où l'ordre international fondé sur les droits est menacé et où la xénophobie semble monnaie courante, il peut sembler utopique de réclamer des politiques migratoires humaines et rationnelles. Mais elles sont possibles et elles commencent par sauver des vies.