Ce dessin illustre le fait que de nombreux gouvernements se prononcent en théorie pour le principe de l’éducation universelle (selon lequel les enfants partout dans le monde auraient accès à l’éducation), mais dans la pratique, mènent des politiques qui freinent la possibilité d’atteindre cet objectif.

© 2016 Marco Tibasima pour Human Rights Watch

(Londres) – Les gouvernements devraient mettre fin à toute discrimination relative à l’accès des enfants à l’éducation et renforcer les politiques et financements permettant à tous les enfants de jouir de leur droit à un enseignement de qualité, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui, à l’occasion de la Journée internationale de l’éducation.

Les gouvernements n’ont plus que dix ans pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) fixés par les Nations Unies pour 2030, et notamment pour honorer leur promesse : garantir que chaque enfant suive tout l’enseignement primaire et secondaire et apprenne à lire et à écrire. Les gouvernements se sont également engagés à donner à tous les enfants accès à l’école maternelle et à s’attaquer aux discriminations qui affectent les filles, les femmes et les personnes en situation de handicap.

« De nombreux gouvernements ont été avertis à maintes reprises qu’ils excluent de l’école de nombreux enfants du fait de leurs pratiques discriminatoires et de leurs investissements insuffisants », a déclaré Elin Martinez, chercheuse senior de la division Droits des enfants. « Ces gouvernements ont toutefois encore le temps d’inverser leurs approches préjudiciables et de faire ce qui est juste pour les enfants. »

Ces atteintes aux droits humains, commises sur une vaste échelle, perpétuent l’inégalité et la discrimination, privent d’éducation des millions d’enfants, nuisent au vécu scolaire des enfants et ont une multitude d’effets négatifs sur le plan social, économique et de santé publique dans les pays où elles existent.

Les recherches de Human Rights Watch montrent que beaucoup de gouvernements continuent à mettre en œuvre des politiques qui excluent de larges groupes d’enfants des établissements publics. De nombreux gouvernements n’ont pas non plus pris assez de mesures, ou consacré assez d’investissements, pour veiller à ce que les écoles soient sûres, inclusives et qu’elles répondent aux besoins d’apprentissage des enfants.

Ces défaillances sont aggravées par le manque de suivi, qui vise à s’assurer que les gouvernements garantissent l’enseignement primaire obligatoire pour tous les enfants et s’efforcent d’identifier les obstacles qui les déscolarisent dans l’enseignement secondaire.

Les enfants réfugiés, les enfants handicapés, les adolescentes enceintes et mères ainsi que les enfants et adolescents LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) sont souvent exclus de l’éducation formelle ou subissent des abus au sein des établissements scolaires.

Dans nombre de contextes, les filles rencontrent souvent davantage d’obstacles que les garçons en matière d’éducation.

Des enfants en situation de handicap continuent à être déscolarisés à cause du manque d’aménagements et d’accessibilité. Des millions d’enfants ne terminent pas leur scolarité obligatoire primaire ou secondaire à cause de la contrainte financière, due aux frais de scolarité et indirects dans beaucoup de pays – même ceux où l’éducation « gratuite » est un droit inscrit dans le droit national. En milieu scolaire, des enfants continuent à subir couramment des violences sexuelles et basées sur le genre, des châtiments corporels et des persécutions. Les établissements scolaires sont trop souvent ciblés ou affectés lors des conflits.

En 2019, Human Rights Watch a documenté la politique illégale du Bangladesh, qui consiste à priver d’accès à une éducation de qualité près de 400 000 enfants rohingyas en les empêchant de s’inscrire à l’école publique et en interdisant aux acteurs humanitaires de leur prodiguer un enseignement adéquat dans les camps de réfugiés. Les enfants réfugiés, et surtout les adolescents, venus de pays comme la Syrie ou l’Afghanistan, continuent à rencontrer beaucoup d’obstacles pour accéder à une éducation formelle dans les îles de la mer Égée, en Grèce. En Jordanie et au Liban, moins de 5 % des enfants réfugiés terminent leur scolarité secondaire.

Des dizaines de milliers d’enfants et de jeunes adultes handicapés rencontrent des discriminations persistantes et de multiples obstacles pour avoir accès à une éducation inclusive. Human Rights Watch a mené des recherches en Iran et au Kazakhstan, où des organismes mandatés par l’État et des examens médicaux peuvent exclure les enfants handicapés de l’éducation formelle. Au Mozambique, les enfants de phénotype albinos sont toujours exclus de l’enseignement à cause de la stigmatisation et de la discrimination à l’école et dans la communauté, ainsi que de la crainte de la violence.

Des approches de l’éducation sexuelle conservatrices, non scientifiques et fondées sur l’abstinence portent atteinte aux enfants, surtout aux filles et aux enfants et adolescents LGBT, dans des pays comme la République dominicaine, qui a le taux de grossesse des adolescentes le plus élevé de la région Amérique latine et Caraïbes, et la Corée du Sud, où la documentation sur les personnes LGBT est interdite .

Les institutions des Nations Unies ont averti les États qu’ils ne parviendraient pas à atteindre ces objectifs à moins qu’ils n’accroissent et ne ciblent leur investissement et leurs programmes de rétention scolaire à destination des enfants les plus pauvres et les plus exclus.

Ces dernières années, certains pays ont fait des progrès importants pour garantir le droit à l’éducation de groupes d’enfants qui étaient marginalisés ou exclus de leurs systèmes éducatifs. Au Japon, le gouvernement a adopté une nouvelle politique pour prévenir que les élèves ne soient persécutés en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Au Mozambique, le gouvernement a abrogé une politique qui forçait auparavant les adolescentes enceintes à suivre des cours du soir, ce qui entraînait des taux de déscolarisation élevés au primaire et au secondaire.

Les organisations internationales et régionales, comme les Nations unies et l’Union africaine, devraient demander des comptes aux États qui persistent à priver d’éducation de vastes groupes d’enfants. Les responsables mondiaux en matière d’éducation et les donateurs devraient exprimer publiquement leur inquiétude auprès des gouvernements qui portent atteinte au droit humain à l’éducation et s’assurer que les fonds alloués n’appuient pas, directement ou indirectement, l’exclusion des enfants, et qu’ils ne nuisent pas aux obligations internationales vis-à-vis des droits humains.

« Les gouvernements et les acteurs internationaux ont une décennie pour respecter cette échéance cruciale et prouver qu’ils sont engagés en faveur de la garantie d’une éducation égale pour tous », a conclu Elin Martinez. « Le rôle pivot de l’éducation dans le développement durable ne pourra entrer en action que lorsque les gouvernements tiendront leur promesse d’intégrer, protéger et éduquer chaque enfant vivant dans leur pays. »

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