Policemen help Afghan journalists, victims of a second blast, in Kabul, Afghanistan, April 30, 2018.

© 2018 Reuters

Il y a deux ans, Shah Marai, chef photographe du bureau de l'Agence France-Presse à Kaboul, décrivait l’angoisse quotidienne dans la capitale de l'Afghanistan, avec peu d'espoir pour un avenir meilleur. « Je n'ose pas emmener mes enfants en balade », écrivait-il. « Chaque matin pour venir au bureau, chaque soir en rentrant, je pense à la voiture piégée, au kamikaze qui va peut-être surgir de la foule. »

Ses paroles étaient tragiquement prophétiques. Shah Marai est l'un des neuf journalistes tués aujourd'hui quand un kamikaze se faisant passer pour un journaliste a déclenché sa bombe parmi une foule de secouristes accourus sur les lieux d'un précédent attentat-suicide survenu une  vingtaine de minutes auparavant. Les explosions, perpétrées trois jours avant la Journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai, ont eu lieu près du siège de la Direction nationale du renseignement et d'autres bâtiments gouvernementaux. Les deux attentats-suicides ont fait au moins 29 morts et près d’une cinquantaine de blessés, principalement des civils. La branche afghane de l’État Islamique (« État islamique de la Province de Khorasan ») a revendiqué la responsabilité du double attentat.

Parmi les autres victimes figurent le caméraman Yar Mohammad Tokhi (ToloNews), le journaliste Salim Talash et le caméraman Ali Salimi (Mashal TV); le journaliste Ghazi Rasouli et le caméraman Nowruz Ali (1TV), ainsi que les journalistes Abadullah Hananzai, Maharram Durrani et Sabawoon Kakar (Radio Free Europe).

Attaquer des non-combattants venus pour secourir des personnes blessées ou mourantes est une attaque contre le droit à la santé. Tuer des journalistes est une attaque contre la liberté d'expression. Selon les lois de la guerre, les attaques délibérées contre les civils sont des crimes de guerre. Se faire passer pour un journaliste – donc un civil – pour mener une autre attaque est un acte perfide qui constitue également un crime de guerre.

Cela fait longtemps que les journalistes couvrant le conflit armé en Afghanistan payent un lourd tribut pour leur travail. Au moins 21 journalistes et professionnels des médias ont été tués en Afghanistan en 2017, dans certains cas  lors d’attentats-suicides qui ont aussi tué ou blessé 2 295 civils l'année dernière. De tels meurtres de masse ont un effet dévastateur sur les familles et les communautés, et pour les blessés et les personnes endeuillées, la douleur physique et émotionnelle continue longtemps après la disparition des nouvelles de la une des journaux.

« Je ne vois pas d'issue », écrivait Shah Marai, deux ans avant sa mort prématurée. « C'est le temps de l'angoisse », ajoutait-il.  En reprenant leur travail demain, les journalistes afghans partageront sûrement ce sentiment qu’avait exprimé leur collègue disparu.

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